mercredi 16 décembre 2009

Naître de nouveau

Troisième temps de l'exposition Vivre d'Amour dédiée à Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face à l'église des Minimes à Bruxelles Cet hiver 2009-2010, je présente dans l’église trois oeuvres nouvelles, trois Grâces, sur le thème de la seconde naissance, de l’enfance spirituelle. La Fête de Noël illumine le début de ce troisième cheminement avec Sainte Thérèse qui avait joint le Nom de l’Enfant Jésus et celui de la Sainte Face au sien.




THÉRÈSE ET LE VIVRE D’AMOUR
Ce cycle de trois expositions intitulé Vivre d’amour déroule sur neuf mois, du 21 juin 2009 au 20 mars 2010, trois temps essentiels de la vie de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face.
Le premier temps est celui du Voile, le temps du retrait nécessaire du monde pour qui veut rencontrer le Dieu d’Amour là où il vit : au coeur de lui-même.
Le paradoxe du voile est celui de notre condition humaine éprouvée dans un monde d'où Dieu s’est apparemment retiré sous des voiles épais qu’il nous faut traverser un à un : nos corps, nos idées, nos doutes, nos peurs, nos ressentiments, nos rivalités, nos images, nos objets...
Ce paradoxe du voile, de l’apparent et du caché, du visible et de l’invisible, l’art et les artistes ont pour vocation de nous y introduire.
Le 21 juin, s’inspirant de Thérèse, les artistes de Grâce, Robert Empain et Saskia Weyts, font tomber une pluie de pétales de roses de la coupole de l'église de Minimes, un voile de fleurs à recueillir pour recevoir l’Esprit d’Amour à travers les signes les plus humbles. Ensuite, Robert Empain place un voile blanc transparent sur la statue de Thérèse, un voile qui, paradoxalement, nous la rend plus présente et ouvre nos coeurs à l’Enfant de Dieu qui doit naître en nous ; huit voiles en papiers de soie tissés des paroles de Thérèse nous confient les secrets spirituels de la Sainte et sa dévotion aux visages du Seigneur, en outre il projette dans le Baptistère une vidéo intitulée Mille grâces mille larmes de joie pour Sainte Thérèse, un film qu'il publie sur divers sites comme Croire.com, You Tube, Gloria TV et qui est visionné par des milliers de personne (voir lien ci dessous) ; Alain Cavalier se joint amicalement pour l'été au groupe Grâce et lève le voile du plus beau cinéma sur la «Petite voie» d’humilité de Thérèse et le psychanalyste Denis Vasse soulève celui de la toute petite enfance de Thérèse Martin dans un film de Michel Farin ; enfin les tableaux de Saskia Weyts dévoilent délicatement la Parole du Seigneur : « Laissez venir à moi les petits enfants.»



Le second temps ajoute au premier une oeuvre intitulée Face à de Dieu Face de l’Homme. Présentée dans le baptistère, cet ensemble de quarante visages christiques ouvre un temps de la dévotion pour la Sainte Face du Seigneur à laquelle Thérèse a voué sa vie.
La Passion du Christ est le mystère chrétien le plus profond pour les croyants et de plus difficile à saisir pour les incroyants. Comment comprendre en effet que Dieu qui serait le Créateur de tout ce qui est et tout ce qui vit, le Dieu Tout Puissant se soit fait homme et ait souffert ici-bas comme un paria, comme un misérable ? Pourquoi Dieu s'est-il laissé rejeter, arrêter, juger, condamner, torturer, clouer sur une croix, transpercer et tuer ? Et quel sens a sa Parole prononcée sur la croix : « Père ! Pourquoi m'as-tu abandonné ? » À toutes ces questions la Résurrection de Jésus est la réponse absolue, et sans elle le Christianisme ne serait pas ! La Toute Puissance du Tout-Puissant s’atteint et se dépasse elle-même dans la Toute Puissance de son humilité et de son amour. De même, seul le surpassement de notre volonté de puissance par une volonté d'humilité et d’amour est le Passage, la Pâques pour chacun de nous, comme le comprend dans son jeune coeur Thérèse. La Résurrection du Christ est celle de l'Homme, de toute l'Humanité, elle est la victoire de la Vie sur la mort, du oui sur le non, de la joie sur la souffrance et la peur, de l'Amour absolu sur la haine et le ressentiment, de la Vérité sur le mensonge et les illusions du monde, de la Lumière sur les Ténèbres.


Par sa Résurrection le Christ nous retourne sur nous-mêmes et avec nous le monde et le temps dans lesquels nous serions jetés pour la mort par un destin absurde et aveugle. Par lui notre être au monde est traversé de part en part et reconduit à sa Source oubliée : la Vie absolue qui seule peut se donner la Vie à elle-même, nous la donner et la rendre à ceux qui l'ont perdue et qui veulent la retrouver en s'abandonnant comme le Christ Jésus, corps, âme et esprit à la Vie, ici nommée Père par le Fils. Car la Vie veut vivre et non mourir ! Folie ! pour les sages et les savants. Mais pour les chrétiens, la folie est celle des vivants qui se croient nés pour le néant et la mort. Certes, comme le montre la brève vie de Thérèse, l’abandon de notre corps terrestre, l'abandon total de notre âme et notre esprit à la Vie, qui est la Foi même, nous font passer. Seulement ce passage n’est pas accordé aux négateurs qui vivront dans le monde créé par leur négation, à savoir l'Enfer, un monde où ils demanderont la mort sans pouvoir l’obtenir.



Le troisième temps de cette exposition Vivre d’amour commence avec la Fête de Noël, se prolonge jusqu’au printemps et s’intitule Naître de nouveau, selon la Parole de Jésus adressée à Nicodème et à chacun de nous en Jean 3,1-21 : « Mais il y eut un homme d'entre les pharisiens, nommé Nicodème, un chef des Juifs, qui vint, lui, auprès de Jésus, de nuit, et lui dit : Rabbi, nous savons que tu es un docteur venu de Dieu ; car personne ne peut faire ces miracles que tu fais, si Dieu n'est avec lui.
Jésus lui répondit : En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu. Nicodème lui dit : Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? Peut-il rentrer dans le sein de sa mère et naître ?
Jésus répondit : En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît d'eau et d'Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l'Esprit est Esprit. Ne t'étonne pas que je t'aie dit : Il faut que vous naissiez de nouveau. Le vent souffle où il veut, et tu en entends le bruit ; mais tu ne sais d'où il vient, ni où il va. Il en est ainsi de tout homme qui est né de l'Esprit.
Nicodème lui dit : Comment cela peut-il se faire ?
Jésus lui répondit : Tu es le docteur d'Israël, et tu ne sais pas ces choses ! En vérité, en vérité, je te le dis, nous disons ce que nous savons, et nous rendons témoignage de ce que nous avons vu ; et vous ne recevez pas notre témoignage. Si vous ne croyez pas quand je vous ai parlé des choses terrestres, comment croirez-vous quand je vous parlerai des choses célestes ? Personne n'est monté au ciel, si ce n'est celui qui est descendu du ciel, le Fils de l'homme qui est dans le ciel. Et comme Moïse éleva le serpent dans le désert, il faut de même que le Fils de l'homme soit élevé, afin que quiconque croit en lui ait la vie éternelle. Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle. Dieu, en effet, n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour qu'il juge le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. Celui qui croit en lui n'est point jugé ; mais celui qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu'il n'a pas cru au nom du Fils unique de Dieu. Et ce jugement c'est que, la lumière étant venue dans le monde, les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs oeuvres étaient mauvaises. Car quiconque fait le mal hait la lumière, et ne vient point à la lumière, de peur que ses oeuvres ne soient dévoilées ; mais celui qui agit selon la vérité vient à la lumière, afin que ses oeuvres soient manifestées, parce qu'elles sont faites en Dieu.»
Jésus porte ici sa parole jusqu’à l’accomplissement de toute révélation : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son fils unique pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle.» Nous sommes introduits avec Nicodème au cœur du mystère du Salut. Et notre foi ouvre au mystère de la Trinité en même temps qu’elle ouvre le chemin de l’Espérance infinie : la vie éternelle dans la filiation divine. Confiance ! Allons à la rencontre du Seigneur, il fait encore et toujours le premier pas. Il est Amour et nous avons à devenir fils et filles de Dieu. Vivre en enfants de Dieu, tout est là ! Redevenir enfant est la condition absolue pour avoir accès au Royaume. Redevenir des enfants spirituellement c’est la mystique de Thérèse de l’Enfant Jésus : « être dans les mains de Dieu comme un tout petit enfant » une « petite voie », mais le secret de toute vie spirituelle.

Trois nouvelles Grâces

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Une première Grâce vidéo, placée près la Crèche pendant le période de Noël et ensuite près de la Vierge Marie, projette sur le corps et le coeur de celui qui s'approche l’image animée d’un nouveau né. Cette oeuvre veut nous rappeler notre vocation de Fils, d'Enfant de Dieu, qui ne peut naître que dans notre coeur par un chemin de conversions, de mutations intérieures.



La seconde Grâce projette dans la coupole de l'église de simples fleurs des champs. Cette Grâce renvoie vers le Ciel la pluie de roses faite 6 mois plus tôt, le 21 juin à 21 heures, au même endroit, en hommage à Sainte Thérèse. Elle traduit aussi la respiration lumineuse des solstices qui sont eux aussi à accomplir au dedans de nous comme autant de descentes et de montées de l'Esprit Vivant dans nos âmes.



Au sujet des fleurs Thérèse écrit : « Jésus a daigné m'instruire de ce mystère. Il m'a mis devant les yeux le livre de la nature ... et j'ai compris que que si toutes les petites fleurs voulaient être des roses, la nature perdrait sa parure printanière, les champs ne seraient plus émaillés de fleurettes..
Ainsi en est-il dans le monde des âmes qui est le jardin de Jésus. Il a voulu créer les grands saints qui peuvent être comparés aux lys et aux roses, mais il en a aussi créés de plus petits et ceux-ci doivent se contenter d'être des pâquerettes ou des violettes destinées à réjouir les regards du bon Dieu lorsqu'il les abaisse à ses pieds. La perfection consiste à faire sa volonté, à être ce qu'il veut que nous soyons ... J'ai compris que l'amour de Notre Seigneur se révèle aussi bien dans l'âme la plus simple qui ne résiste en rien à sa grâce que dans l'âme la plus sublime. En effet le propre de l'amour étant de s'abaisser, si toutes les âmes ressemblaient à celles des Saints Docteurs qui ont illuminés l'Église par la clarté de leur doctrine, il semble que le bon Dieu ne descendrait pas assez bas en venant jusqu'à leur coeur, mais il a créé l'enfant qui ne sait rien et ne fait entendre que de faibles cris. Il a créé le pauvre sauvage n'ayant pour se conduire que la loi naturelle et c'est jusqu'à leur coeur qu'il daigne s'abaisser, ce sont là les fleurs des champs dont la simplicité le ravit ... En descendant ainsi, le bon Dieu montre sa grandeur infinie. De même que le soleil éclaire en même temps les cèdres et chaque petite fleur comme si elle était seule sur terre, de même Notre Seigneur s'occupe aussi particulièrement de chaque âme que si elle n'avait pas de semblables et comme dans la nature toutes les saisons sont arrangées de manière à faire éclore au jour marqué la plus humble pâquerette, de même tout correspond au lieu de chaque âme.»



La troisième Grâce projette sur un mur de l’église un geste quotidien et vital : le pétrissage du pain.
Le pain eucharistique est la Chair vivante du Christ donnée pour nous et redonnée à chaque célébration, il est aussi le symbole de nos âmes vivantes et matricielles dans lesquelles nous avons à faire naître et croître en nous le Germe du Fils divin et cela par la grâce d’un Naître dans l'amour. Grâce



Illustrations : Installation Visage du Christ voilé par une mantille en dentelle ; Photographie d’une statue de Thérèse en Berry ; Mille grâces pour Sainte Thérèse, vidéo projetée cet été et publié sur YouTube ; autres images extraites de mes Grâces vidéos

vendredi 11 décembre 2009

Grâce et voile à Erice

ERICE est l'antique cité de Vénus. Elle domine la mer perchée sur une montagne à 750 mètres  d'altitude, à l'ouest de la Sicile.  Le jardin est celui d'une petite église perdue sur cette montagne enveloppée de brume où j'étais en novembre avec les 25 jeunes artistes de l'atelier de ma compagne Saskia. Une grâce, un voile de grâce, que je dédie à sainte Thérèse de Lisieux. Les grâces nous sont données à chaque instant par la Vie pour être reçues et pour lui être rendues. C'est ainsi que le Vivant nous apprend à prier, à nous relier à Lui qui vit en nous comme en toutes choses et par qui nous sommes ressuscités à chaque souffle.


mardi 8 décembre 2009

Entre tes mains je remets mon esprit

EXPOSITION FACE DE DIEU FACE DE L'HOMME AUX MINIMES

J'ai plusieurs fois évoqué ici l'installation Face de Dieu Face de l'Homme que j'expose en ce moment dans le Baptistère de l'église des Minimes à Bruxelles. Cette oeuvre est à la fois une oeuvre et une prière, elle rassemble une quarantaine de Faces christiques, toutes réalisées en monotype, par empreinte donc d'une peinture réalisée au préalable par moi au départ de modèles issus des représentations du Christ dans l'art chrétien. Toutes ces Faces de Dieu trouvent leur source et s'autorisent de la Vera Icona, qui est l'image vraie du visage du Dieu fait Homme, une image non faite de main d'homme mais par empreinte directe du visage du Christ Jésus montant au Golgota.
Mon accrochage vient s'ajouter aux autres dans l'exposition actuelle intitulée Vivre d'Amour et dédiée à Sainte Thérèse. La Face souffrante du Christ, la Sainte Face, était au centre de la vie spirituelle de Thérèse, c'est pourquoi elle a ajouté son Nom au sien et à celui de l'Enfant Jésus. Pour les amis qui ne peuvent se rendre sur place j'ai publié différentes vues de cette installation ici et sur mon site Ad imaginem Dei. J'y ajoute aujourd'hui cette succession de visages divins qui se fondent les uns dans les autres et espèrent faire éprouver à la fois l'Humanité de Dieu et la divinité de l'Homme


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La Passion du Christ est le mystère chrétien le plus profond pour les croyants et de plus difficile à saisir pour les non-croyants. Comment comprendre que le Dieu qui serait le Créateur de tout ce qui est et tout ce qui vit, le Dieu Tout Puissant se soit fait homme et ait souffert ici bas comme un paria, comme un misérable ? Pourquoi ce Dieu s'est-il laissé rejeter, arrêter, juger, condamner, torturer, clouer sur une croix, transpercer et tuer ? Et quel sens à l'une de ses Sept Paroles prononcées sur la croix : " Père ! Pourquoi m'as-tu abandonné ? "
À toutes ces questions la Résurrection de Jésus est la réponse absolue: et sans elle le Christianisme ne serait pas !
La Toute Puissance du Tout Puissant se dépasse elle-même dans la Toute Puissance de l'Humilité et de l'Amour.Et seul le surpassement de la Volonté de Puissance par une Volonté d'Humilité est le Passage, la seule Pâques pour chaque homme.
La Résurrection du Christ est celle de l'Homme, de toute l'Humanité ; elle est la victoire de la Vie sur la mort, du oui sur le non, de la joie sur la souffrance et la peur, de l'Amour absolu sur la haine et le ressentiment, de la Vérité sur le mensonge et les illusions du monde, de la Lumière sur les Ténèbres. Par Sa Résurrection le Christ nous retourne sur nous-mêmes et avec lui le monde et le temps dans lesquels nous serions jetés pour la mort par un destin absurde et aveugle. Par Lui notre être au monde est traversé de part en part et reconduit à sa Source oubliée: la Vie absolue qui seule peut se donner la Vie à elle-même, nous la donner et la rendre à ceux qui l'ont perdue et qui veulent la retrouver en s'abandonnant comme le Christ Lui-même, corps âme et esprit à Elle la Vie, ici nommée Père par le Christ. Car la Vie veut vivre et ne jamais mourir.
Folie ! pour les sages et les savants. Mais pour les chrétiens, la folie est celle des vivants qui niant la Vie qui surabonde en eux s'imaginent créés pour la mort.
Certes, la mort de notre corps et l'abandon total de notre âme et notre esprit à la Vie, qui est la Foi, font le Passage, mais autant prévenir, la mort de l'âme et de l'esprit ne sera pas accordée aux négateurs qui vivront dans le monde créé par leur négation, à savoir l'Enfer - dont le monde présent prend la forme vérifiable.


Face de Dieu Face de l'Homme, 2009 ; vue générale de l'installation de Robert Empain

lundi 7 décembre 2009

Étant soi-même et voulant l'être, plonger en Dieu à travers sa propre transparence


La mort n'existe que dans nos imaginations de vivants agités pas la peur de perdre cette vie que nous recevons gratuitement et dont nous avons oublié la Source et le Sens ; nous imaginant alors qu'elle vient d'un hasard aveugle ou de nulle part, comme ce monde et les corps qui s'y meuvent et qui ne seraient alors jetés là que pour un temps et pour la mort.
Mais nous ne sommes pas jetés pour la mort dans ce monde, nous sommes sans cesse renouvelés dans la vie par la Force invisible qui est la Vie absolue. Et dans cette vie renouvelée il y a des mutations, des passages, des croissances et des accomplissements, mais pas de mort. Car toujours la Vie nous appelle à Elle-même, à la connaissance de la Source éternelle qui est l'Amour qui nous désire pour toujours. Et toutes nos tentatives de lui échapper sont vaines. Comme l'écrit Michel Henry à propos de Kierkegaard : " ... la tentative de la vie de se détruire elle-même en se séparant de soi, de se détruire ou de se connaître ( par l'extériorité ), ne détruit pas plus la vie qu'elle ne la connaît, et n'est qu'un nouveau mode de cette vie, une forme de désespoir..." (1) Et pourtant " le désespoir est la maladie que le pire des malheurs est de n'avoir pas eue" Il est la maladie; l'extrême souffrance qui s'achève en son contraire, dans la béatitude que Kierkegaard appelle encore " la foi " et qu'il définit ainsi " étant soi-même et voulant l'être, plonger en Dieu à travers sa propre transparence.(1) (2)"
(1) Michel Henry, L'essence de la manifestation, page 855 et suivantes ; (2) Kierkegaard, Tratié du désespoir

Illustration : Prière de l'Homme Prière de Dieu, Aquarelle Robert Empain 2005

mardi 1 décembre 2009

L'essence de la manifestation par Michel Henry

Le salut de l'homme ne peut lui venir du monde, de ses représentations, de ses abstractions et de ses idéalités qui ne subsistent que sur le Fond d'une immanence radicale qui ne se tient jamais à distance : d'une vie s'éprouvant dans le subir, le souffrir et le jouir de son propre pathos. Parce que, avant que se lève le monde, une Affectivité transcendantale accomplit en nous son Archi-Révélation en même temps qu'elle engendre notre ipséité.
Si, selon la formule de Heidegger, seul un dieu peut nous sauver son Nom est la Vie...
Voilà ce que soutenait Michel Henry dans son livre incontournable et capital pour notre devenir : L'essence de la manifestation, dont je reproduis ici les premières lignes de la présentation qui en est faite sur le site Michel Henry.




Entrepris en 1946 avec pour but la constitution d’« une phénoménologie de l’ego », intitulé ensuite « L’essence de la révélation », puis « de la manifestation », achevé en janvier 1961, publié début 1963, vu les délais alors exigés par la soutenance de deux thèses éditées, cet essai majeur répond à la question que M.H. s’était posée quand il a décidé d’être philosophe : « Je voulais savoir qui j’étais ». Les circonstances extérieures – interruption de ses études pour son engagement dans la Résistance – l’ont mis sur la voie de sa réponse en avivant son sentiment de soi. Sa vie d’alors, danger, risque constant de délation mais aussi générosité de ceux qui le cachaient lui avait fait comprendre qu’il n’est de relation que secrète et d’homme à homme et que « le salut de l’individu ne peut lui venir du monde » (cf. Entretien de M.H. avec R. Vaschalde in M.H., l’épreuve de la vie, Actes du colloque de Cerisy, Le Cerf 2000).
D’autre part, pendant ses mois de clandestinité à Lyon, il avait été marqué par sa lecture de Maître Eckhart, de Kafka, de Kierkegaard, dont les vues sur l’existence avaient pour contre-exemple La critique de la raison pure, le seul ouvrage qu’à son départ pour le maquis du Haut Jura il avait pu emporter dans son sac à dos et dont il avait pu mesurer le caractère spéculatif qui laisse brillamment de côté les vrais problèmes de l’existence. C’est après 1945 que s’est effectuée sa réflexion sur Maine de Biran qui l’a orienté vers l’immanence en même temps qu’il découvrait, a-t-il dit, « des philosophies alors portées sur le devant de la scène par le succès de L’être et le néant (1943), Hegel, Heidegger et surtout Husserl » – ces deux derniers non encore traduits - , Husserl dont il a reconnu que sa méthode phénoménologique l’a aidé à définir le cadre de son travail, même s’il l’a infléchie dans un tout autre sens, initiative consacrée, après des années d’investigation, par L’essence de la manifestation qui traite le problème de l’ego dans sa relation avec l’essence de ce qu’il appelle déjà « la vie ».
Ce renversement capital à l’intérieur d’une branche alors neuve de la spéculation mais qui met également en question toute la philosophie antérieure exigeait de repenser la quasi-totalité de l’œuvre de ses prédécesseurs. Conscient d’aller à contre-courant mais aussi par respect d’une éthique intellectuelle, il a donc exposé son refus d’une philosophie de la transcendance à partir des grands systèmes qui lui ont servi d’antithèses – « les savoirs sont liés », disait-il – en exhibant leurs failles : oubli de l’ipséité du sujet , quand ce n’est pas de l’ego lui-même ; construction d’édifices sans sol où la réalité humaine n’est pensée que dans le vide abstrait de l’opposition du sujet à l’objet ; prise en compte abusive du pouvoir de la raison comme faculté de l’universel ; exigence d’une manifestation dans la lumière du dehors etc. Cette traversée de l’histoire de la philosophie dégage pour la rejeter la continuité inaperçue d’une tradition d’abstraction jamais contestée, dans l’idéalisme en particulier, aussi bien que dans le courant contemporain issu de Heidegger (Sartre, Merleau-Ponty).

Coffret " Te souviens-tu de l'oubli ", assemblage, 2008


En notre époque où la philosophie s’est souvent coupée de la réalité pour se griser d’acrobaties, il importe de souligner l’originalité et le sérieux d’une réflexion passionnée qui s’est constamment confrontée à l’épreuve du soi : phénoménologie de l’immanence, édifiée dans le souci de sauvegarder le sujet au lieu de livrer son essence à l’extériorité du monde. Ses principes ont fourni leur armature à ses essais ultérieurs qui dénoncent les errements de l’époque contemporaine - méconnaissance du travail vivant et des valeurs individuelles, dictature des savoirs objectifs et de ce qu’ils engendrent etc. – mais aussi à ceux qui traitent de la positivité de la vie : réflexion sur l’art, la communauté humaine, l’éthique et surtout la reconduction de l’ontologie à sa source véritable dans ses trois derniers ouvrages.
C’est ainsi qu’il a « renouvelé de fond en comble l’idée même de phénoménologie », comme l’a écrit un critique.
Son essai Philosophie et phénoménologie du corps, dont le texte était achevé dès 1949, devant être présenté comme thèse secondaire indépendante, M.H. n’a pas explicitement désigné l’endroit où ses analyses devaient rejoindre celles de L’Essence de la Manifestation. Mais la lecture de ce premier travail avant celle du second est conseillée au lecteur : elle éclaire les intentions de la démarche critique et surtout confère un caractère concret à la relation qu’il institue entre transcendance et immanence ainsi qu’aux attributs de celle-ci, immédiateté, passivité, autonomie, non-liberté etc.
Cette philosophie de l’immanence exigeait un vocabulaire nouveau. M.H. n’a pas caché la difficulté de ses choix. De cette émancipation, créatrice d’un autre type d’écriture, la phénoménologie antérieure avait donné l’exemple. Combattant les abstractions de la philosophie de la conscience comme celles de l’être, il se devait de respecter leur lexique mais aussi de maintenir pour l’ensemble du livre le même niveau technique. La parution prochaine d’un Vocabulaire de M.H. par J.F. Lavigne aidera les débutants...

On lira la suite de la présentation de ce livre par Michel Henry lui-même sur le site qui lui est consacré ; cliquez sur le titre de cet article.

Coffret " Te souviens-tu de l'oubli ? ", ouvert.
Objets et papiers divers écrits de mots formant une phrase
commençant par " Te souviens-tu de... 
Illustration : Coffret, Assemblage de Robert Empain 2008