lundi 27 décembre 2010

Nous écrivons ces choses afin que votre joie soit parfaite

Aujourd'hui nous fêtons et prions saint Jean l'évangéliste. Jean est le disciple que Jésus aimait et qui reposa au soir de la Cène "dans le sein" du Verbe de Dieu pour y recevoir les secrets du coeur du Christ et sa soif que le feu de l'amour s'empare de tous et de tout.
Voici le commencement de sa première lettre.


Triptyque photographique, " En Lui est la Vie..." 2009


" Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché, concernant la parole de vie, car la vie a été manifestée, et nous l'avons vue et nous lui rendons témoignage, et nous vous annonçons la vie éternelle, qui était auprès du Père et qui nous a été manifestée, ce que nous avons vu et entendu, nous vous l'annonçons, à vous aussi, afin que vous aussi vous soyez en communion avec nous. Or, notre communion est avec le Père et avec son Fils Jésus Christ. Et nous écrivons ces choses, afin que notre joie soit parfaite. La nouvelle que nous avons apprise de lui, et que nous vous annonçons, c'est que Dieu est lumière, et qu'il n'y a point en lui de ténèbres. Si nous disons que nous sommes en communion avec lui, et que nous marchions dans les ténèbres, nous mentons, et nous ne pratiquons pas la vérité. Mais si nous marchons dans la lumière, comme il est lui-même dans la lumière, nous sommes mutuellement en communion, et le sang de Jésus son Fils nous purifie de tout péché. Si nous disons que nous n'avons pas de péché, nous nous séduisons nous-mêmes, et la vérité n'est point en nous. Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous les pardonner, et pour nous purifier de toute iniquité. Si nous disons que nous n'avons pas péché, nous le faisons menteur, et sa parole n'est point en nous." 1- Jean, 1 

Triptyque photographique, " Et la lumière luit dans les ténèbres..." 2009
Texte : Première Épître de Jean, 1 
Illustrations : Photographies de Robert Empain réalisées pour l'exposition "Paroles du Christ" à l'église des Minimes en 2009. Ces deux triptyques donnent deux Paroles de l'évangile de Jean.

vendredi 24 décembre 2010

Noël, la Toute Puissance de l'Amour qui vient



"Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu.
Elle était au commencement avec Dieu.
Toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a été fait n'a été fait sans elle.
En elle était la vie, et la vie était la lumière des hommes.
La lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont point reçue.
Il y eut un homme envoyé de Dieu: son nom était Jean.
Il vint pour servir de témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous crussent par lui.
Il n'était pas la lumière, mais il parut pour rendre témoignage à la lumière.
Cette lumière était la véritable lumière, qui, en venant dans le monde, éclaire tout homme.
Elle était dans le monde, et le monde a été fait par elle, et le monde ne l'a point connue.
Elle est venue chez les siens, et les siens ne l'ont point reçue.
Mais à tous ceux qui l'ont reçue, à ceux qui croient en son nom, elle a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, lesquels sont nés, non du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l'homme, mais de Dieu.
Et la parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité; et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme la gloire du Fils unique venu du Père." Jean 1.1-14



N'oublions pas Celui que nous fêtons : ce Nouveau né qui se livre à nous nu et fragile alors qu'Il est le Tout Puissant, alors qu'Il est le Créateur de l'Univers visible et invisible - comme dit le Credo chrétien. Le Tout Puissant qui nous révèle alors que la Toute Puissance absolue est celle de l'Amour, la Toute Puissance faite humilité.
Le Tout Amour voilà Celui qui peut naître en nous à Noël. Voilà le cadeau du Vivant Amour déposé dans nos coeurs. Ne nous trompons pas, recevons le.

Illustrations : Nativité et Adoration des Mages par Fra Angélico

mercredi 22 décembre 2010

Magnifique est mon âme remplie du Vivant

Le Magnificat désigne le cantique de la Vierge Marie dont il est question dans l’Évangile de Luc au chapitre 1, versets 46 à 56 (visite de Marie à Elisabeth ou visitation). Une lecture qui est celle de ce jour 22 décembre. Il est aussi appelé Cantique de Marie. Magnificat est le premier mot de la traduction latine de ce chant de louange qui fait partie des liturgies romaines et byzantine, et qui a inspiré de nombreuses oeuvres musicales et picturales. Ce chant ayant été inspiré du cantique d’Anne, la mère du prophète Samuel, il traduit le lien profond entre l'espérance et la foi d'Israël et celle des chrétiens. Je publie ici le texte du Magnificat en latin et en français ainsi que le texte de Luc qui fait le récit des événements précédents la naissance de L'Enfant Jésus, et dans lequel Marie, visitant sa parente déjà âgée Élisabeth, enceinte de Jean, qui adulte deviendra Jean le Baptiste, chante l'Esprit Vivant qui  a remplit son âme et son corps de la Lumière de Vie qui sauve ;  ainsi que la version musicale que je préfère du Magnificat par Marc-Antoine Charpentier. Une version où trois voix enlacées et amoureuses nous élèvent vers la splendeur ineffable de cet Événement... Grâce 



Magnificat anima mea Dominum  / Mon âme exalte le Seigneur
et exsultatis spiritus meus in Deo salutari meo. / et mon esprit a exulté en Dieu, mon sauveur.
Quia respexit humilitatem ancilae suae.  /Car il a jeté les yeux sur l’humilité de sa servante.
Ecce enim ex hos beatam me dicent omnes generationes. / Et voici que désormais on me dira bienheureuse de génération en génération.
Quia fecit mihi magna qui potens est / Car il fit pour moi de grandes choses, celui qui est puissant
Et sanctum nomen ejus./ Et saint est son nom.
Et misericordia ejus a progenie in progenies timentibus eum. / Et son pardon s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent.
Fecit potentiam in brachios suo. / Il a placé la puissance dans son bras.
Dispersit superbos mente cordis sui. / Il a dispersé ceux dont le coeur était orgueilleux.
Deposuit potentes se sede, et exaltavit humilies. / Il a renversé les puissants de leurs trônes, et élevé les humbles
Esurientes implevit bonis, et divites dimisit inanes. / Il a comblé de biens les affamés, et a renvoyé les riches les mains vides.
Suscepit Israël puerum suum, recordatus misericordiae suae. / Il a secouru Israël, son enfant, il s’est souvenu du pardon qu’il avait promis.
Sicut locutus est ad patres nostros, Abraham et semini ejus in saecula. /Ainsi avait-il parlé à nos pères, à Abraham et à sa descendance, pour les siècles.
Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit...

Luc 1
Plusieurs ayant entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous, suivant ce que nous ont transmis ceux qui ont été des témoins oculaires dès le commencement et sont devenus des ministres de la parole, il m'a aussi semblé bon, après avoir fait des recherches exactes sur toutes ces choses depuis leur origine, de te les exposer par écrit d'une manière suivie, excellent Théophile, afin que tu reconnaisses la certitude des enseignements que tu as reçus.
Du temps d'Hérode, roi de Judée, il y avait un sacrificateur, nommé Zacharie, de la classe d'Abia ; sa femme était d'entre les filles d'Aaron, et s'appelait Élisabeth. 
Tous deux étaient justes devant Dieu, observant d'une manière irréprochable tous les commandements et toutes les ordonnances du Seigneur. 
Ils n'avaient point d'enfants, parce qu'Élisabeth était stérile ; et ils étaient l'un et l'autre avancés en âge. 
Or, pendant qu'il s'acquittait de ses fonctions devant Dieu, selon le tour de sa classe, il fut appelé par le sort, d'après la règle du sacerdoce, à entrer dans le temple du Seigneur pour offrir le parfum.
Toute la multitude du peuple était dehors en prière, à l'heure du parfum. Alors un ange du Seigneur apparut à Zacharie, et se tint debout à droite de l'autel des parfums. Zacharie fut troublé en le voyant, et la frayeur s'empara de lui. 
Mais l'ange lui dit : Ne crains point, Zacharie; car ta prière a été exaucée. Ta femme Élisabeth t'enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jean.  Il sera pour toi un sujet de joie et d'allégresse, et plusieurs se réjouiront de sa naissance.  Car il sera grand devant le Seigneur. Il ne boira ni vin, ni liqueur enivrante, et il sera rempli de l'Esprit Saint dès le sein de sa mère ; il ramènera plusieurs des fils d'Israël au Seigneur, leur Dieu ; il marchera devant Dieu avec l'esprit et la puissance d'Élie, pour ramener les coeurs des pères vers les enfants, et les rebelles à la sagesse des justes, afin de préparer au Seigneur un peuple bien disposé. 
Zacharie dit à l'ange : A quoi reconnaîtrai-je cela ? Car je suis vieux, et ma femme est avancée en âge.
L'ange lui répondit : Je suis Gabriel, je me tiens devant Dieu ; j'ai été envoyé pour te parler, et pour t'annoncer cette bonne nouvelle. Et voici, tu seras muet, et tu ne pourras parler jusqu'au jour où ces choses arriveront, parce que tu n'as pas cru à mes paroles, qui s'accompliront en leur temps.
Cependant, le peuple attendait Zacharie, s'étonnant de ce qu'il restait si longtemps dans le temple. 
Quand il sortit, il ne put leur parler, et ils comprirent qu'il avait eu une vision dans le temple ; il leur faisait des signes, et il resta muet.
Lorsque ses jours de service furent écoulés, il s'en alla chez lui.
Quelque temps après, Élisabeth, sa femme, devint enceinte. Elle se cacha pendant cinq mois, disant : C'est la grâce que le Seigneur m'a faite, quand il a jeté les yeux sur moi pour ôter mon opprobre parmi les hommes.


Annonciation, vue par Fra Angelico, 1440

Au sixième mois, l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, auprès d'une vierge fiancée à un homme de la maison de David, nommé Joseph. Le nom de la vierge était Marie.
L'ange entra chez elle, et dit : Je te salue, toi à qui une grâce a été faite; le Seigneur est avec toi.
Troublée par cette parole, Marie se demandait ce que pouvait signifier une telle salutation.
L'ange lui dit: Ne crains point, Marie; car tu as trouvé grâce devant Dieu.
Et voici, tu deviendras enceinte, et tu enfanteras un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé Fils du Très Haut, et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père.Il régnera sur la maison de Jacob éternellement, et son règne n'aura point de fin.
Marie dit à l'ange : Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d'homme?
L'ange lui répondit : Le Saint Esprit viendra sur toi, et la puissance du Très Haut te couvrira de son ombre. C'est pourquoi le saint enfant qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu.
Voici, Élisabeth, ta parente, a conçu, elle aussi, un fils en sa vieillesse, et celle qui était appelée stérile est dans son sixième mois. Car rien n'est impossible à Dieu.
Marie dit: Je suis la servante du Seigneur ; qu'il me soit fait selon ta parole! Et l'ange la quitta.
Dans ce même temps, Marie se leva, et s'en alla en hâte vers les montagnes, dans une ville de Juda.
Elle entra dans la maison de Zacharie, et salua Élisabeth.
Dès qu'Élisabeth entendit la salutation de Marie, son enfant tressaillit dans son sein, et elle fut remplie du Saint Esprit.
Elle s'écria d'une voix forte : Tu es bénie entre les femmes, et le fruit de ton sein est béni.
Comment m'est-il accordé que la mère de mon Seigneur vienne auprès de moi ?
Car voici, aussitôt que la voix de ta salutation a frappé mon oreille, l'enfant a tressailli d'allégresse dans mon sein.
Heureuse celle qui a cru, parce que les choses qui lui ont été dites de la part du Seigneur auront leur accomplissement.

La visite de Marie à Élisabeth vue par Giotto, 1303

Et Marie dit : Mon âme exalte le Seigneur,
Et mon esprit se réjouit en Dieu, mon Sauveur,
Parce qu'il a jeté les yeux sur la bassesse de sa servante. 
Car voici, désormais toutes les générations me diront bienheureuse,
Parce que le Tout Puissant a fait pour moi de grandes choses. 
Son nom est saint, Et sa miséricorde s'étend d'âge en âge 
Sur ceux qui le craignent.
Il a déployé la force de son bras ; 
Il a dispersé ceux qui avaient dans le coeur des pensées orgueilleuses.
Il a renversé les puissants de leurs trônes, 
Et il a élevé les humbles.
Il a rassasié de biens les affamés, 
Et il a renvoyé les riches à vide.
Il a secouru Israël, son serviteur, 
Et il s'est souvenu de sa miséricorde, -
Comme il l'avait dit à nos pères, 
Envers Abraham et sa postérité pour toujours.
Marie demeura avec Élisabeth environ trois mois. Puis elle retourna chez elle.
Le temps où Élisabeth devait accoucher arriva, et elle enfanta un fils.
Ses voisins et ses parents apprirent que le Seigneur avait fait éclater envers elle sa miséricorde, et ils se réjouirent avec elle.
Le huitième jour, ils vinrent pour circoncire l'enfant, et ils l'appelaient Zacharie, du nom de son père. Mais sa mère prit la parole, et dit: Non, il sera appelé Jean.
Ils lui dirent: Il n'y a dans ta parenté personne qui soit appelé de ce nom.
Et ils firent des signes à son père pour savoir comment il voulait qu'on l'appelle.
Zacharie demanda des tablettes, et il écrivit : Jean est son nom. Et tous furent dans l'étonnement. Au même instant, sa bouche s'ouvrit, sa langue se délia, et il parlait, bénissant Dieu.
La crainte s'empara de tous les habitants d'alentour, et, dans toutes les montagnes de la Judée, on s'entretenait de toutes ces choses.
Tous ceux qui les apprirent les gardèrent dans leur coeur, en disant : Que sera donc cet enfant ? Et la main du Seigneur était avec lui.
Zacharie, son père, fut rempli du Saint Esprit, et il prophétisa, en ces mots:
Béni soit le Seigneur, le Dieu d'Israël, De ce qu'il a visité et racheté son peuple, Et nous a suscité un puissant Sauveur Dans la maison de David, son serviteur comme il l'avait annoncé par la bouche de ses saints prophètes des temps anciens, -
Un Sauveur qui nous délivre de nos ennemis et de la main de tous ceux qui nous haïssent!
C'est ainsi qu'il manifeste sa miséricorde envers nos pères, Et se souvient de sa sainte alliance,
Selon le serment par lequel il avait juré à Abraham, notre père,
De nous permettre, après que nous serions délivrés de la main de nos ennemis, De le servir sans crainte,
En marchant devant lui dans la sainteté et dans la justice tous les jours de notre vie.
Et toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très Haut ; Car tu marcheras devant la face du Seigneur, pour préparer ses voies,
Afin de donner à son peuple la connaissance du salut Par le pardon de ses péchés, Grâce aux entrailles de la miséricorde de notre Dieu, En vertu de laquelle le soleil levant nous a visités d'en haut,
Pour éclairer ceux qui sont assis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort, Pour diriger nos pas dans le chemin de la paix.
Or, l'enfant croissait, et se fortifiait en esprit. Et il demeura dans les déserts, jusqu'au jour où il se présenta devant Israël.


Texte : Évangile de Luc 1 - Louis Segond

dimanche 19 décembre 2010

Un simple flocon de neige est une preuve de l'amour de Dieu




Cette vidéo fait partie d'un ensemble de petits films, que je nomme des Grâces, rassemblés pour l'exposition "Vivre d'Amour" dédiée à sainte Thérèse de l'Enfant Jésus par les artistes de notre groupe Grâce et qui fut présentée à l'église des Minimes à Bruxelles durant l'été 2009. Thérèse Martin aimait les roses, elle les soignait les effeuillait et jetait leurs pétales aux statues de Jésus et de Marie. Elle faisait de ce geste - que l'on appellerait dans le monde de l'art contemporain une performance - une prière. Que l'art redevienne une prière voilà qui est étranger aux préoccupations de la plupart des artistes et des marchands d'art actuels mais qui est au coeur des nôtres - les lecteurs de ce blog le savent bien. La rose rouge et parfumée est un symbole du coeur, de la passion, de l'amour et de la vie ; l'offrir à l'être aimé ou la lui jeter est un témoignage d'amour, de don de soi ou d'admiration. Dans ma petite enfance, lors des processions on nous faisait jeter des pétales sur le passage du Saint Sacrement. Je le faisais mais avec  une tristesse au coeur de voir tant de fleurs jetées pas terre et foulées du pied. Je me consolais en me disant que le Seigneur allait les réparer sans tarder mais ma grand-mère Marie me dit qu'Il en recréerait plutôt dix mille pour une que l'on avait lancée pour Lui... 
C'est en me rappelant ces mots que l'idée me vint en juin 2009, alors que je préparais cette exposition pour sainte Thérèse, de montrer, par l'artifice du film à l'envers, que recréer une seule rose effeuillée serait une chose impossible pour nos sciences, autant que d'en créer une ex nihilo, je veux dire sans recopier génétiquement une rose existante.


Statues de sainte Thérèse et du Sacré Coeur 
dans une petite église du Berry

La rose loin d'être sans pourquoi existe en vérité par amour pour nous, comme tout ce qui est créé sur la terre et dans le ciel, du plus humble flocon de neige aux myriades d'étoiles. Le Seigneur Lui-même répandant partout sur notre passage toutes ses oeuvres comme autant de preuves de son amour, comme autant de dons et de grâces pour faire de notre vie une procession vers Lui.

Texte, vidéo et photographie, Robert Empain juin 2009

samedi 18 décembre 2010

Les mots qu'on nous a laissés écrits sur la vie criés dans les cris


L'amour n'a pas d'âge Et la mer étale Là-bas sur la plage Non plus n'a pas d'âge
Les mots sont les mots Toujours mal criés Pourtant, il faut bien Se servir des mots 
Qu'on nous a laissés Écrits sur la vie Criés dans les cris Des amants lassés
L'amour n'a pas d'âge Et la mer étale Là-bas sur la plage Non plus n'a pas d'âge




Frères humains qui après nous vivez,
N'ayez les coeurs contre nous endurcis, 
Car, si pitié de nous pauvres avez, 
Dieu en aura plus tôt de vous merci.
Vous nous voyez ci attachés cinq, six :
Quant à la chair que trop avons nourrie,
Elle est piéça dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poudre.
De notre mal, personne ne s'en rie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !
Si frères vous clamons, pas n'en devez
Avoir dédain, quoique fûmes occis
Par justice. Toutefois, vous savez
Que tous hommes n'ont pas bon sens rassis ;
Excusez-nous puisque somme transis,
Envers le fils de la Vierge Marie,
Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
Nous préservant de l'infernale foudre.
Nous sommes morts, âme ne nous harie,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !
La pluie nous a débués et lavés,
Et le soleil desséchés et noircis ;
Pies, corbeaux nous ont les yeux cavés,
Et arraché la barbe et les sourcils.
Jamais nul temps nous ne sommes assis ;
Puis çà, puis là, comme le vent varie,
A son plaisir sans cesser nous charrie,
Plus becquetés d'oiseaux que dés à coudre.
Ne soyez donc de notre confrérie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !
Prince Jésus, qui sur tous a maistrie, 
Garde qu'Enfer n'ait de nous seigneurie :
A lui n'ayons que faire ni que soudre.
Hommes, ici n'a point de moquerie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuillent absoudre !

Le grand couac - à l'ami Delrez, 2002

Vidéo : Léo Ferré chante Frères humains de François Villon 
Illustration : Aquarelle de Robert Empain à la mémoire de Guy Delrez  artiste, poète qui s'est donné la mort en 2002

vendredi 10 décembre 2010

La beauté est révélatrice de Dieu et arrache à l'égoïsme

A Barcelone dans l'église de la Sainte Famille d'Antonio Gaudi, Benoît XVI célèbre la beauté comme nécessité humaine et révélatrice de Dieu.

« Antonio Gaudì voulait porter l’Evangile à tout le peuple. C’est pourquoi il a conçu les trois portiques extérieurs comme une catéchèse sur Jésus-Christ, comme un grand rosaire, qui est la prière des simples ». C’est en ces termes que le Pape a encore une fois évoqué l’histoire de l’église de la Sagrada Familia, juste après sa consécration et avant l’Angélus récité à la porte de la Nativité.  Cette église, qui vient d’être élevée au rang de « basilique mineure »,  a été transformée par Gaudi en une « louange à Dieu faite de pierre », dont les protagonistes étaient les personnes les plus humbles et les plus simples », a dit le Pape avant de rappeler que « dans le silence de la maison de Nazareth, Jésus nous a enseigné que toute l’Église, en écoutant et mettant en pratique sa Parole, se transforme en sa Famille ».

Barcelonne, la Basilique de la Sainte Famille, de Gaudi

Gaudí est généralement considéré comme le grand maître du Modernisme catalan mais son œuvre va au-delà d'un quelconque style ou de toute tentative de classification. C'est une œuvre personnelle et imaginative, qui trouve sa source principale d'inspiration dans la nature. Gaudí a étudié en profondeur les formes organiques et anarchiquement géométriques de la nature, à la recherche d'un langage pour pouvoir refléter ces formes dans l'architecture. Quelques-unes de ses inspirations majeures viennent de la montagne de Montserrat, des grottes de Majorque, des grottes du Salnitre  Collbato, les rochers escarpés de Fra Guerau, dans la Montagne de Prades, près de Reus, la Montagne de Pareis, au nord de Majorque, ou encore Sant Miquel del Fai, à Bigues i Reis, autant de lieux visités par Gaudí.

L'étude de la nature se traduit par l'emploi de formes géométriques réglées comme le paraboloïde hyperbolique, l'hélicoïde et le conoïde qui reflètent exactement les formes que Gaudí rencontre dans la nature. Les surfaces réglées sont des formes générées par une droite nommée génératrice lorsqu'elle se déplace sur une ou plusieurs lignes nommées directrices. Gaudí les a trouvées en abondance dans la nature, par exemple dans les joncs, les roseaux, les os; il disait qu'il n'existe pas de meilleure structure que celle d'un tronc d'arbre ou d'un squelette humain. Ces formes sont à la fois fonctionnelles et esthétiques, et Gaudí les emploie très savamment, sachant adapter le langage de la nature aux formes structurales de l'architecture. Gaudí assimilait la forme hélicoïde au mouvement, et la forme hyperboloïde à la lumière. Au sujet des surfaces réglées, il disait : « "Les paraboloïdes, hyperboloïdes et hélicoïdes, variant constamment l'incidence de la lumière, ont une richesse de nuances qui leur est propre, qui rend l'ornementation, et même le modelage superflus" » Un autre des éléments employés à profusion par Gaudí est la chaînette ou caténaire. Gaudí avait étudié en profondeur la géométrie quand il était jeune, lisant de nombreux traités sur l'ingénierie  qui louaient les vertus de l'utilisation de cette courbe comme profil mécanique, alors qu'elle n'était jusqu'ici utilisée que dans la construction de ponts suspendus; Gaudí fut le premier à utiliser cet élément dans l'architecture commune. L'utilisation d'arcs caténairesdans des œuvres comme la Casa Milà, Le Colegio de las Teresianas, la Crypte de la Colonia Güell ou la Sagrada Famillia permet à Gaudí de doter ses structures d'un élément de grande résistance, dans la mesure où la caténaire distribue uniformément poids qu'elle supporte, le matériau ne subissant alors qu'une compression.


La Basilique de la Sainte Famille

Avec tous ces éléments, Gaudí est passé de la  géométrie plane à la géométrie dans l'espace, la géométrie réglée. En outre, ces formes constructives s'accordaient bien avec un type de construction simple, avec des matériaux peu onéreux comme la brique : Gaudí l'a utilisée très fréquemment, jointe au mortier en couches superposées, comme dans la voûte cloisonnée catalane traditionnelle. Cette recherche de nouvelles solutions structurales a atteint son apogée entre les années 1910 et les années 1920, lorsqu'il a expérimenté la mise en pratique de toutes ses recherches dans son œuvre maîtresse : la Sagrada Familia. Gaudí a conçu ledit temple comme si la structure était celle d'une forêt avec un ensemble de colonnes arborescentes divisées en plusieurs branches pour soutenir une structure de voûtes d'hyperboloïdes entrelacées. Il a incliné les colonnes, pour mieux supporter les pressions perpendiculaires à leur section ; en outre, il leur a donné une forme hélicoïdale à double hélice, comme dans les branches et les troncs d'arbres. Cette ramification crée une structure aujourd'hui nommée fractale ; qui, conjointement avec la modulation de l'espace, divisé en petits modules indépendants et autoportants, crée une structure tolérant parfaitement les efforts mécaniques de compression, sans la nécessité d'utiliser des contreforts  comme le requérait le style gothique. De cette manière, Gaudí est parvenu à une solution rationnelle et structurée, parfaitement logique car inspirée de la nature, créant en même temps un nouveau style architectonique, original et simple, pratique et esthétique.
Cette nouvelle technique de construction permet à Gaudí de réaliser son plus grand dessein architectonique, perfectionner et dépasser le style gothique : les voûtes d'hyperboles ont leur centre là où les voûtes gothiques avaient leur clef sauf que l'hyperboloïde permet de créer une ouverture dans cet espace, un vide qui laisse passer la lumière naturelle. Ainsi, à l'intersection des voûtes, là où les structures gothiques avaient les nervures, l'hyperboloïde permet désormais l'ouverture de petites baies, que Gaudí utilise pour donner la sensation d'un ciel étoilé.


 La Sainte Famille

Cette vision organique de l'architecture est complétée chez Gaudí par une vision spatiale singulière, qui lui permettait de concevoir ses projets architecturaux sous une forme tridimensionnelle, contrairement à la bi-dimensionnalité du dessin sur plan de l'architecture traditionnelle. Gaudí disait qu'il avait acquis ce sens spécial quand il était enfant, en regardant les dessins que faisait son père pour les chaudrons et les alambics qu'il fabriquait.  En raison de cette conception spatiale, Gaudí a toujours préféré travailler sur des moulages et des maquettes allant parfois jusqu'à improviser sur le terrain à mesure que l'œuvre avançait. Réticent à dessiner des plans, il a, en de rares occasions, réalisé des croquis de ses œuvres, mais seulement quand les instances officielles le réclamaient.


Maquette polyfuniculaire pour l'église de la Colonia Güell,
Musée de la Sagrada Família


L'une de ses nombreuses innovations sur le terrain technique est l'utilisation d'une maquette pour le calcul de structures : pour l'église de la Colonia Güell, il avait construit dans un abri près du chantier une maquette à grande échelle (1:10), de quatre mètres de haut, où il avait installé un montage de ficelles, d'où pendaient des petits sacs remplis de plombs de chasse. Sur un plateau de bois fixé au toit, il avait dessiné le plan de l'église et, aux points de soutien de l'édifice (colonnes, intersections de murs), il avait accroché les ficelles (pour les funiculaires) avec les sacs de plombs (pour les charges) : ainsi suspendues, elles donnaient la courbe caténaire résultante, arcs et voûtes. Il en avait fait une photographie qui, une fois inversée, donnait la structure des colonnes et arcs que Gaudí cherchait. Sur ces photographies, Gaudí peignait, à la gouache ou au pastel, le contour déjà défini de l'église, notant jusqu'au dernier détail de l'édifice, tant architectonique que stylistique ou décoratif.


La position de Gaudí dans l'Histoire de l'Architecture est celle d'un grand génie créateur qui, en s'inspirant de la nature, a créé un style propre, d'une grande perfection technique, et en même temps très soucieux de la valeur esthétique, un style marqué par sa forte personnalité. Ses innovations structurales supposent, dans une certaine mesure, le dépassement des styles antérieurs, depuis le dorique jusqu'au baroque, en passant par le gothique, principale source d'inspiration de l'architecte. On pourrait considérer qu'elles représentent l'aboutissement des styles classiques, que Gaudí réinterprète et perfectionne. Ainsi Gaudí dépasse l'historicisme et l'éclectisme de sa génération, mais sans parvenir à une connexion avec les autres courants de l'architecture du XXe siècle. Avec ses postulats rationalistes dérivés de l'École du Bauhaus, l'architecture du XXe siècle représente une évolution antithétique de celle initiée par Gaudí, ce qui engendre le mépris et l'incompréhension initiale envers l'œuvre de l'architecte moderniste.
L'artiste-artisan catalan est tombé dans l'oubli au début du XXe siècle également pour une autre raison : bien que ses œuvres aient été exécutées par de nombreux assistants et disciples, Gaudí n'a pas créé d'école propre, car il ne s'est jamais consacré à l'enseignement et n'a pratiquement pas laissé d'écrit. Malgré tout Gaudí a laissé une profonde empreinte dans l'architecture du XXe siècle...


Textes : Benoît XXVI,  Le Jour du Seigneur , Wikipédia
Vidéo : Le Jour du Seigneur

mardi 7 décembre 2010

Un Fleuve qui coule en nous et ne s'échappe pas entre nos doigts

Celui qui cherche est au dehors, celui qui trouve est au dedans.
Si l'homme est créateur, s'il se laisse inspirer par l'Esprit, le Verbe Créateur, c'est l'amour qui en lui est créateur et il s'est rendu semblable à Dieu. Seul l'amour peut créer des oeuvres vivantes et nouvelles, des oeuvres d’amour venant de la vie et y allant, des oeuvres nécessaires à la vie, qui sont la vie même qui se renouvelle et qui vit par ses propres oeuvres.


Le Fleuve d'Amour, collage à Porto, 2010
La vie est l’oeuvre divine renouvelée continuellement que nous éprouvons toujours à nouveau. Vécue comme un don constant, notre vie se connaît reçue de Dieu, comme l'oeuvre divine suprême et elle nous fait entrer, par le coeur, dans le mystère de la Trinité, qui est la Prière continuelle de Dieu en Lui-même, se priant et s'aimant Lui-même tout en aimant et en générant son Fils et en nous générant en Lui. Cette Prière divine est le Temps du Dieu Vivant, le Temps de la Vie. Un Temps qui n’est pas comme le temps du monde, qui est comme l'eau qui coule et s'échappe entre nos doigts et qui n'est que le souvenir, l’ombre, le vestige, le mirage du Temps de la Vie qui s'éprouve et se féconde au Présent perpétuel, dans la jouissance d'Elle-même.

Texte : extrait des carnets 2007 de Robert Empain  
Illustration : collage de papiers réalisé à Porto, 100 cm x 300 cm, par Robert Empain 


mercredi 1 décembre 2010

Regarder cela veut dire prendre garde

J'ai filmé ces images au grand marché d'animaux vivants des Hérolles, un village de l'Indre en France profonde où des milliers de gens de toutes sortes viennent tous les 29 du mois vendre et acheter toutes sortes d'animaux. 





Des indiens costumés en indiens étaient là ce jour d'août 2009. Ils vendaient des vêtements, des fourrures, des amulettes et des grands foulards à motifs indiens... Ils avaient aussi acheté une poule, le père la tenait tandis que la mère lui attachait doucement les pattes pour pouvoir l'emporter et que la petite fille la caressait pour la consoler. Ce n'est rien et c'est tout.  C'est une grâce infime comme il y en a partout à chaque instant devant nous sans que nous y prenions garde. Car regarder cela veut dire prendre garde. à suivre...

Vidéo et texte de Robert Empain