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| Femme assise dans un fauteuil rouge, 1939 |
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| La femme qui pleure, 1937 |
Ce qui compte pour lui ce n'est pas le tableau fini, ni même l'acte de peindre mais le moment où le tissu du monde est troué : « la réalité doit être transpercée », dit-il, et « l'acte plastique n’est que secondaire, ce qui compte c’est le drame de l’acte lui-même, le moment où l’univers échappe pour rencontrer sa propre destruction.» L’acte délectable de peindre et le tableau fini doivent rester secondaires parce qu'ils risquent de devenir toxiques. Si le peintre cède à leur poison, à leur magie il est foutu, pris au piège, ensorcelé il en a fait un fétiche, un écran, une idole, une gorgone qui le pétrifie, un mur qui l'arrête, une montagne qui lui rit au nez et crie Victoire !
Picasso pourtant n'a pas échappé à cette magie à laquelle nul n'échappe ! C'est pourquoi, enragé, il recommence sans cesse à briser ses idoles, à tisser et à détisser une dix-millième autre toile qui bien vite pourtant le tiendra sous son regard de Méduse, sous son aura de phénomène, sous son incompréhensible apparition disparaissante, sous sa mystérieuse venue dans le retrait, sous sa magique présence absence, sous sa fascinante béance de trou flottant, voilé, aspirant, semblable en cela à la femme et à son énigme. Car Picasso comprend que l'énigme de la femme est semblable à l'énigme de la peinture, semblable à l'énigme du voir, semblable à l'énigme du monde et à celle du désir et de l'amour, semblable à l'énigme de l'origine, à celle de l'homme donc, semblable à l'énigme de son âme et à celle de son corps créés mâle et femelle, à l'image et à la ressemblance de Dieu ! Picasso dessinera, peindra, sculptera cent mille fois cette énigme sur tous les tons et tous les supports : toile, papier, carton, béton, tuile, cruche, métal. Et il dira « Je ne cherche pas je trouve ».
Il a trouvé la joie de créer qui est aussi la joie de vivre ! La joie d'une vie donnée par Dieu à ceux qui Le désire et le trouve.
Illustrations : oeuvres de Pablo Picasso
Texte : extrait des Carnets de 1988 de Robert Empain



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