mercredi 12 octobre 2011

Ramassis de déchets merveilleux


Ramassis 1 à Volterra, 2009

Comme l'a rappelé Marcel Duchamp, après Kandinsky et Maître Eckhart, la beauté comme l'art se trouvent dans l'oeil du regardeur, plus particulièrement encore selon Duchamp, dans l'oeil de l'artiste, celui qu'il fut certes  mais qui s'attribuait ainsi à la fois la qualité d'artiste et le droit de décider ce qui est de l'art ou pas. J'ai publié ici récemment une petite analyse (Tout-est-il art ?) des conséquences et des abus qu'ont autorisé cette affirmation détournée de son sens initial, ce qui a permis aux instances de l'art du XX° siècle, artistes, marchés et institutions acoquinés, de s'approprier ce tour de passe passe inespéré capable de transformer n'importe quoi, sans valeur de préférence, en or ... pourvu, et c'est là un point capital, que ce n'importe quoi fut placé simultanément dans le Musée à savoir dans l'oeil de l'histoire officielle de l'art qui est la seule capable en réalité de consacrer aux yeux des sots n'importe quoi en oeuvre d'art et donc une babiole en profits juteux et délectables, pour un certain temps du moins. C'est d'ailleurs cette illusion d'optique, ce faux en étiquetage artistique historique que voulait dénoncer par l'absurde Marcel Duchamp mais qui se voyant à son tour consacré par les institutions qu'il avait voulu ridiculiser, se retrouva trop heureux, sinon enrichi, des conséquences ubuesques de son coup. L'arroseur se trouvait donc arrosé !  Il reste cependant que l'affirmation première de Duchamp est vraie : l'art est bel et bien dans l'oeil du regardeur mais seulement là - et non pas dans l'oeil du musée ni dans celui de l'histoire, qui ne sont pas, du fait que musée et histoire sont des choses mortes, munis d'un oeil vivant capable de voir, ni surtout d'un coeur capable d'aimer et de se réjouir d'une oeuvre d'art ou d'une fleur, ou d'un visage, ou d'un nuage, ou de tout ce qui se présente dans la vie d'un vivant comme par exemple de minuscules déchets trouvés par terre dans un jardin à Volterra ramassés et rassemblés pour un instant seulement, selon la nécessité des matières, des formes et des couleurs sur un panneau de chantier sali, trouvé là lui aussi, et qui deviennent tout à coup pour le vivant qui regarde ce qu'il fait une petite merveille de beauté qui n'a et n'aura jamais aucune valeur pour le monde ni pour les musées ni pour les sots qui cherchent à y faire des placements, mais qui a pour lui une valeur incalculable puisque voyant ces choses infimes et tant d'autres données et renouvelées sans cesse, il se sent infiniment riche du miracle qui lui permet à chaque seconde de s'éprouver vivant et de pouvoir aimer le Donateur de sa vie, de toutes les vies et de toutes les choses qui l'entourent.
  
 
Ramassis 2 à Volterra, 2009


Photographies, assemblages éphémères de 2009,  texte de Robert Empain