mardi 25 octobre 2011

Tuer son frère humain c'est se tuer soi-même.

Nos démons intérieurs nous dominent si nous les dominons pas, ils nous dévorent si nous ne les dévorons pas avant, c'est une loi ontologique que révèle la Genèse et avec elle la plupart des mythes - qui ne nous révèlent d’ailleurs que ce que nous sommes sur le point de découvrir à force de l’avoir cherché en nous. 
Autre loi du Vivant !


Jeune homme au Serpent, 2010

Ainsi en est-il du meurtre de Abel par Caïn, meurtre initial et principiel ne cessant de se répéter dans le cercle vicieux et mimétique du meurtre et de sa vengeance, confirmant que l'homme est le meurtrier en série qui commence par se tuer lui-même (spirituellement) avant de tuer l’autre homme. Là est l’essentiel de ce que révèle ce passage de la Genèse traduite par Annick de Souzenelle, qui nous offre un mine de lumière à Ciel ouvert. 
La Genèse est un mythe et Caïn et Abel sont les Noms de potentialités vivantes en nous dont les affrontements destructeurs sont vécus au présent et plus ou moins inconsciemment. 
Le Nom Caïn, nous dit Annick de Souzenelle, signifie la «lance». Ce nom Caïn contient encore le «Yod»  - ï dans le mot français Caïn - qu’il couve en son «nid», en son coeur. Yod est la première Lettre du Nom divin Yod-Hé-Waw-Hé, signifiant  Je Suis qui je serai, Je Suis en devenir, le Verbe de Vie donc, dont Caïn reçoit le pouvoir vivant (le je peux biranien) dont il peut user comme d'une lance, d’une arme qui vise, un désir donc, qu’'il peut tourner vers l'extériorité ou l'intériorité. 
Abel est nommé d'abord «frère» de Caïn. Frère s'écrit A H en hébreux - lettre Aleph = Elohim et Lettre Het = barrière : le frère est ainsi en chaque homme Elohim se faisant une barrière qu'il lui faudra reconnaître comme tel pour la passer et devenir Fils. Le nom Abel (Habel) signifie lui vanité, vide.
Mais Caïn, à l'instar de l'Adam, tourne le désir de sa vie vers les conquêtes extérieures et ne fait pas face à la Vie et à sa loi d'accomplissement. Incapable de faire face à l'inconnu qu'il est encore à lui même, incapable de faire Face à Dieu donc, Caïn n'’est plus qu'un Moi enflé, un ego, un dieu pour lui-même.

L'Inconnu est l'Autre, l'Altérité en nous, la Vie reçue, Dieu même, c'est aussi le Frère non reconnu que nous sommes pour nous-mêmes et que nous ne voyons plus en l'autre homme et le Fils de Dieu que nous sommes, sans vouloir le faire naître, le connaître. Le Christ nous le rappelle en nous donnant ce commandement :  « Aime ton prochain comme toi-même ».

Règlement de comptes, 1975

Le Verbe de Vie qui nous crée - nous génère plutôt - à son Image, vivants et libres, mais aussi distincts et autres que Lui, nous laisse libres d'accomplir la Ressemblance, de devenir ses Fils.
Mais Caïn tout au dehors, s’imaginant petit dieu d’un monde vide de Dieu est vide et étranger à lui-même. Et son double intérieur, son frère Abel, est aussi vide et étranger que lui pour n'’être plus que l'’objectivation du vide intérieur de son âme vivante et inconnue. C’est pourquoi le frère objectivé en l'autre homme compte pour rien aux yeux de Caïn, comme aux yeux des Caïn que nous sommes encore. C'est pourquoi nous tuons sans cesse nos frères  sans plus savoir que tuer son frère c'est tuer l’Altérité divine en soi, c'est tuer la Vie en soi et se pétrifier en ce monde en un moi stérile. Tuer son frère humain c'est se tuer soi-même (spirituellement).
Voilà donc où nous en sommes arrivés de notre accomplissement d’'homme, oubliant qui nous sommes nous avons chosifié la vie et les vivants pour constituer un monde d’'objets à posséder - notre corps et celui des autres en premier - dont nous désirons jouir à volonté.
Mais par amour la Vie envoie aux hommes qui l'écoutent la nostalgie de ce qu’ils sont. La nostalgie amoureuse de quelques fils pour le Père, de quelques fiancées pour leur Époux divin et de quelques frères et soeurs pour leurs frères et soeurs. Car Dieu se souvient de nous et nous donne son Fils qui se fait homme, ne cessant d'accomplir l’homme pour nous. 
Combien de temps encore les Caïn que nous sommes continueront-ils à tuer leurs Frère et le Fils en eux ? 
Combien de temps les Judas par millions parmi les hommes refuseront-ils de croire qu’il est un Dieu Vivant qui puisse les aimer assez pour pardonner leurs meurtres et qui se suicident ou se damnent de ne pas le croire ?

Texte de Robert Empain tiré d'une correspondance récente avec Thierry Berlanda - grâce à lui. 
Illustrations : oeuvres de Robert Empain