lundi 9 janvier 2012

L'Éternel aujourd'hui


Ce petit film dédié à Thérèse de Lisieux fut réalisé au printemps 2009 et projeté dans le baptistère de l'église des Minimes à Bruxelles pour l'exposition Vivre d'Amour consacrée à sainte Thérèse durant l'été ; il fut vu par quelques dizaines de personnes tout au plus. Je le mis en ligne peu après, sur Mobileme, Youtube, Croire.com et GloriaTv, avec un texte de présentation que je reprends ci dessous. Or, en ce début 2012, près de douze mille personnes semblent avoir regardé ce film sur ces sites. Cela montre la dévotion extraordinaire que suscite encore Thérèse de Lisieux ; je la remercie donc de ses bonnes grâces ainsi que ceux qui en suivant sa "Petite voie" ont pris le temps de regarder ce chapelet d'images simples comme le jour. Un film qui se voulait aussi une méditation sur le voilé et le dévoilé.   



 Cette vidéo, intitulée Grâce 4562009, est un fragment infime du film infini qui se déroule sans cesse sous nos yeux dans le monde sans que nous y prêtions attention. Mais ce miracle qu'est l'apparition du visible ne se déroule pas seulement hors de nous dans le dehors comme un spectacle sur un écran, mais en vérité en nous, car c'est en nous que tout ce que nous voyons est vu, entendu, éprouvé. En nous cela veut dire dans et par notre corps vivant et absolument réel auquel pourtant on ne croit plus, un corps il est vrai invisible aux yeux du monde et de ses instruments, un corps éternel mais oublié, un corps nié et sans cesse bafoué, exploité, manipulé et meurtri et qui n'est autre que notre âme. Oui, notre âme éternelle et invisible, réceptacle de la vie et de sa Lumière, de l'écoute du Verbe et de l'Esprit qui font vivre et croître, notre âme se trouve voilée par la visibilité même de l'apparaître du monde et par sa copie spectaculaire, par des images de corps apparents animées par des techniques nées avec le  cinéma qui nous fascinent au point de nous fait croire que la vie et le voir ont lieu dans le monde et ses écrans, là où pourtant aucune vie véritable n'anime ces images, là où rien n'est jamais vu, ni vécu !

Ces questions sur le voir, sur l'âme et son oubli, sont au coeur de la praxis des artistes et des arts visuels qui ont pour tâche première de réanimer nos corps affectifs, très endommagés par le spectacle, sa laideur et sa morbidité, d'ouvrir les yeux de l'âme et du coeur afin de ressusciter en nous la vie invisible, jetée et perdue dans le néant du monde. 

Ce film fut réalisé pour une exposition du groupe Grâce à Bruxelles dédiée à Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face, plus connue sous le nom de Thérèse de Lisieux. Cette jeune carmélite, morte à 24 ans, qui vécut à la fin du 19° siècle, avait compris toutes ces choses dans son coeur alors que commençait pour le monde le règne de l'aveuglement universel par l'image, à savoir celui de la barbarie de la technique, dans lequel nous serons encore plongés longtemps. La jeune Thérèse comprend que tous nos savoirs et tous nos pouvoirs sont vanités car, aussi puissants que nous pensions être, nous sommes incapables de nous donner la vie à nous mêmes et que c'est de la Vie que nous recevons tous nos pouvoirs... Thérèse comprend cette vérité première que la vie nous vient de la Vie - et pour elle comme pour tous les chrétiens la Vie est le Nom même de Jésus, de Dieu. 

Pour aller vers la Vie, elle décide donc de l'aimer comme son Bien le plus précieux, son Bien-Aimé. Pour cela elle se retire du monde, un monde qui toujours nous voile la Vie, pour prendre le voile de la religieuse. Ce voile de la carmélite à deux côtés, du côté extérieur il protège du monde apparent, de ses regards malveillants et de ses illusions, de l'autre, intérieur, il est tourné vers la vie cachée de l'âme sur lequel peut venir rayonner la Lumière de la Vie véritable du Bien Aimé. Thérèse comprend encore que la vie nous est donnée gratuite-ment par Amour, dans le seul but que nous l'aimions librement. Elle comprend que c'est par l'amour de la Vie, par le don total d'elle même à Celui qui nous la donne que la vie devient éternelle, se fait Éternel aujourd'hui, éternel paradis, éternelle jouissance. Elle connaît par le coeur alors le Principe qui est venu retourner le monde et les hommes sur eux--mêmes pour les sauver : l'Amour est plus fort que la mort. Thérèse passe au travers des voiles et par le Saint Nom devient Sainte Thérèse 

À suivre...

Grâce vidéo et texte de Robert Empain, 2009