mercredi 18 novembre 2009

Laissez les morts enterrer le morts et vivez!

Suite à la parution du Cahier Michel Henry chez l'Age d'Homme et en relation avec notre actuelle exposition à l'église des Minimes, intitulée Face de Dieu Face de l'Homme, je poursuis la publication de courts extraits de textes de et autour de Michel Henry.



Extrait de Michel Henry, Phénoménologie de la vie Tome IV , PUF - pages 181 et suivantes.

Que dit la parole du monde de l'ego ?
Cette parole veut faire voir l'ego en le posant devant, en l'installant dans la lumière d'une évidence, en le représentant. Mais si en son ipséité l'ego expulse de soi toute extériorité concevable et ainsi sa lumière, l'apparaître devant soi de l'ego ne peut signifier que son propre disparaître. Ainsi Lacan, réduit le sujet au fait de se dire à l'intention d'un autre et le cogito à son énonciation. Estimant, à la suite de Kojève et de Hegel, qu'en vertu de sa négativité constitutive le sujet ne peut se poser qu'en se niant lui-même, Lacan trouve en effet dans le dire de la parole du monde une illustration exemplaire de ses thèses, ou peut-être leur fondement. Le sujet qui se dit dans le langage en abolissant tout référant réel s'y abolit lui-même. Dire "je" c'est dire " je ne suis pas", c'est comme toujours dire "je suis mort" ou bien "je suis rien". L'auto énonciation du sujet est l'énonciation de ce rien. Ou encore "le sujet de l'énonciation disparaît en apparaissant dans le sujet de l'énoncé" -Jacobsen, Le lien affectif, 1991- Il n'apparaît que dans ce disparaître, happé par lui, en sorte que son acte de naissance est identiquement le faire part de son décès. (...)
Que disent de cet ego, que disent de nous, les Évangiles?
Ils disent que nous sommes les Fils. Or en fait de Fils et de filiation il n'y en a que dans la Vie. Dans le monde au contraire rien de tel qu'une naissance n'est possible. Les choses ne naissent pas et, pour cette raison, ne meurent pas non plus, sinon métaphoriquement. Dans le monde les choses apparaissent et disparaissent sans que jamais rien de vivant ne puisse advenir de leur apparition ni disparaître dans leur disparition.
Seuls les Fils ont une naissance, ils naissent dans la Vie, engendrés par elle, n'étant des vivants qu'à ce titre, en tant que Fils. La Vie est la parole de Dieu. Comprendre la Vie comme la parole même de Dieu n'est possible cependant que si ce sous ce terme de parole nous cessons d'entendre quoi que ce soit qui ressemble à la parole que parlent les hommes. ... la parole divine est une révélation. Mais comment révèle la parole divine, en quelle sorte d'apparaître délivre-t-elle et ainsi que nous dit-elle ? ... La parole de Dieu révèle, parle, en tant que la Vie. La Vie, c'est-à-dire le Verbe originel, est l'Archi-Révélation en tant qu'une auto-révélation, en tant qu'auto-affectation. C'est-à-dire que la vie révèle de telle façon que ce qu'elle révèle c'est elle-même et rien d'autre. Elle affecte de telle façon que le contenu de son affectation, c'est elle et rien d'autre. À la différence de la parole du monde qui détourne d'elle-même et parle toujours d'autre chose, d'autre chose qui dans cette parole se trouve déporté hors de soi, déjeté, privé de sa propre réalité, réduit à une image, à une contenu sans contenu, à la fois opaque et cependant vide - la Parole de la Vie donne la vie. Parole de Vie parce que son Logos est la Vie, à savoir, l'auto-donation, la jouissance de soi.



Or il se trouve que, donnant de cette façon, parlant ce Logos, la Vie engendre en elle ses Fils. La naissance transcendantale des Fils, de ceux qui, dans la Parole du monde seront appelés ego, moi, hommes, individus, personnes, etc.- cette naissance est intelligible dans la vie et en elle seulement. Et cela parce qu'il n'est d'autre voie pour parvenir dans la vie que la vie elle-même. Dans le procès de sa venue incessante en soi, qui est son auto-affectation éternelle, la vie s'éprouve soi-même de telle façon qu'un Soi résulte à chaque fois de cette épreuve comme identique à son pur "s'éprouver soi-même". Une telle épreuve est par singulière, éprouvant ce qu'elle éprouve, définie phénoméno-logiquement par le contenu de cette épreuve. La vie est l'essence de l'ipséité, elle s'accomplit en donnant naissance à celle-ci, en lui donnant naissance en elle et sans jamais sortir d'elle-même. Toute ipséité, en tant que vivante, est un Soi singulier... en tant que ce Soi que je suis moi-même. La vie s'auto-affecte comme moi-même. Si avec Eckhart on appelle la vie "Dieu", alors on dira avec lui :" Dieu s'engendre comme moi-même." et "Dieu m'engendre comme lui-même".

Illustrations: Oeuvres de Robert Empain : Laissez les morts enterrer les morts Assemblage d'objets divers dans un carton, 2008 60x80x40 ; Je suis dehors et dedans huile sur toile 1996 180x250

lundi 16 novembre 2009

Persée ou la destruction du leurre

Extrait de mes Carnets de voyage, ce texte de ma rencontre avec le Persée de Celini à Florence en 1982, une entrevue qui a alimenté ma réflexion sur la morbidité des images...



En passant, j’entre sous la Loggia dei Lanzi dont les arcades s’ouvrent sur la Place de la Seigneurie et où campe une petite troupe de dieux, de sabines, de centaures et de lions sculptés. Un atelier d’artiste idéal.
Comme toujours en Italie le temps manque au voyageur pour admirer tous les chef-d’œuvres. L’une des sculptures, à la fois sublime et horrifiante, se dresse dans cette Loggia et me fascine plus que les autres: Persée, un bronze vert et luisant de Celini. Je lui tourne autour et la regarde longuement. Je m’assieds. J’ouvre mon carnet. Je m’ouvre et je dessine Persée.
Persée est nu, debout, grandeur nature. L’air sombre, coiffé d’un casque, ses ailes légendaires aux pieds, sa tête baissée, ses muscles bandés bien détaillés, son sabre à la main, il se dresse sur la dépouille sanglante de Méduse et il exhibe, aux yeux de tous les passants, sa tête, grouillante de serpents, qu’il vient de trancher.
Le mythe nous dit que Persée est fils de Zeus et que Méduse est une Gorgone dont le regard a le pouvoir de pétrifier ceux qui la regardent en face.
Premier trouble : la tête de Persée et celle Méduse se ressemblent, leurs figures sont les mêmes, ils sont comme frères et soeurs. C’est alors la tête tranchée de son double que Persée et exhibe aux yeux de tous sur la Place de la Seigneurie à Florence. Mais si Méduse est le double irregardable et monstrueux de Persée, le combat meurtrier dont il est sorti victorieux n’était autre alors qu’un combat avec son double monstrueux. Ce que Persée exhibe c’est sa victoire sur son double, sa soeur monstrueuse, son autre lui-même.
Ce qui fascine ensuite dans cette statue de bronze c’est son réalisme pathétique et la persistance du geste qui exhibe cette tête coupée. On ressent physiquement le mouvement musculaire de tout le corps de Persée qui se redresse, l’effort constant de son bras tendu, de son geste qui maintient, qui ne cesse de maintenir, à bout de bras, la lourde tête sanguinolente de Méduse…
Persée, se dit-on, va baisser le bras d’un instant à l’autre.
Le pouvoir médusant de cette statue vient de son illusionnisme, de son réalisme extrême, parfaitement maîtrisée par Celini, qui réussit à nous faire croire que c’est Persée en personne, le Persée vivant, en chair et en sang, le vrai vainqueur de Méduse, qui est ici figé dans son geste. Dans le Kouros, rencontré hier, le corps de pierre semblait vouloir se lever dans la vie, ici c’est la vie qui semble se figer perpétuellement.
On reste pétrifié par ces jeux inextricable de doubles et de dupes on veut en sortir. Si on se met réfléchir à ces jeux on se dit: cette statue géniale n’est évidemment pas Persée en personne, elle n’est que son double fictif, une illusion, un bronze trompeur et infernal d’un certain Celini, un objet mort ! De même, ce qu’elle exhibe, la tête tranchée de Méduse n’est pas la tête de Méduse, pas plus que celle de Persée, mais une tête modelée et coulée dans le même bronze, oxydé, un objet mort… C’est en somme une sculpture qui exhibe une autre sculpture. Un double mort qui exhibe son double mort, un montage, une mise en scène, qui ne cesse d’exhiber cette exhibition aux yeux des aveugles crédules et médusés que nous sommes, voilà ce que j’ai en face de moi sous cette Loggia au cœur de la cité des images, la ville de Florence.



C’est alors que se révèle le sens subtil de ce génial dispositif en miroirs. Un dispositif qui exhibe réellement ce qu’il veut détruire et qui du même coup peut détruire réellement ce qu’il exhibe: Méduse! Méduse qui n’est autre que le pouvoir magique et médusant du double. Un pouvoir qui est le pouvoir secret du monde. Un monde fait de la projection de nos désirs qui en se dédoublant le fondent et se confondent avec lui, avec ses apparences extérieures sur lesquelles se figent nos désirs pour en faire des objets, des objets de nos désirs, des objets qui nous happent, nous fascinent et nous paralysent. Le secret du monde est celui de la pensée magique qui pétrifie la vie dans des images mortes dont les hommes s'éprennent et dont ils font des idoles médusantes.
Ce secret peut pourtant se révéler à l'homme qui comme Persée livre le combat avec la statue imaginaire et morte de lui-même qu’il ne cesse d’ériger et d’adorer dans le monde. Mais encore faut-il qu’il soit capable avant sa pétrification définitive de trancher sa propre tête dans le miroir illusoire du monde.


Illustrations de cet article : Le Persée de Celini - Un Dessin au crayon réalisé en 1982 sur ce thème de Persée et du double

dimanche 15 novembre 2009

Un chrétien du deuxième siècle nous écrit

La lettre à Diognète, dont je publie ici un extrait, est l’oeuvre d’un auteur anonyme. Ecrite vers 160-200, et adressée à un païen, elle présente les chrétiens comme des hommes semblables aux autres mais avec la particularité d'être dans le monde ce que l’âme est pour le corps, un guide et un soutien.
Les chrétiens y sont appelés à être "l’âme du monde".
L'artiste chrétien se reconnaîtra dans cet appel qui est toujours d'actualité; il est celui qui témoigne dans le monde que l'art, comme l'homme lui-même, est spirituel en son essence, et qu'à défaut de l'être il n'est rien d'autre qu'un produit culturel et marchand.

Si comme je le crois, l'Homme est créé corps, âme et esprit, un art qui ne cherche pas à toucher l'esprit dans l'âme de l'homme ne peut que le couper de sa racine spirituelle et l'égarer davantage dans ce que le Christ a appellé le monde.
Toucher l'âme vivante et faire croître en elle l'esprit, c'est le propre des oeuvres d'art véritables au sens chrétien.
Une oeuvre d'art véritable, comme toute oeuvre humaine véritable, est une oeuvre qui aide l'homme à s'élever vers l'amour; l'amour de lui-même et l'amour de l'autre homme qui ont leur source unique dans l'amour de la Vie, qui est Dieu






« Les chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les vêtements. Ils n’habitent pas de villes qui leur soient propres, ils ne se servent pas de quelque dialecte extraordinaire, leur genre de vie n’a rien de singulier. Ce n’est pas à l’imagination ni aux rêveries d’esprits agités que leur doctrine doit sa découverte ; ils ne se font pas, comme tant d’autres, les champions d’une doctrine humaine. Ils se répartissent dans les cités grecques et barbares suivant le lot échu à chacun ; il se conforment aux usages locaux pour les vêtements, la nourriture et la manière de vivre, tout en manifestant les lois extraordinaires et vraiment paradoxales de leur république spirituelle.
Ils résident chacun dans sa propre patrie, mais comme des étrangers domiciliés. Ils s’acquittent de tous leurs devoirs de citoyens, et supportent toutes les charges comme des étrangers. Toute terre étrangère leur est une patrie et toute patrie une terre étrangère. Ils se marient comme tout le monde, ils ont des enfants, mais ils n’abandonnent pas leurs nouveau-nés. Ils partagent tous la même table, mais non la même couche.
Ils sont dans la chair, mais ne vivent pas selon la chair. Ils passent leur vie sur la terre, mais sont citoyens du ciel. Ils obéissent aux lois établies et leur manière de vivre l’emporte en perfection sur les lois.
Ils aiment tous les hommes et tous les persécutent. On les méconnaît, on les condamne ; on les tue et par là ils gagnent la vie. Ils sont pauvres et enrichissent un grand nombre. Ils manquent de tout et ils surabondent en toutes choses. On les méprise et dans ce mépris ils trouvent leur gloire. On les calomnie et ils sont justifiés. On les insulte et ils bénissent ; on les outrage et ils honorent. Ne faisant que le bien, ils sont châtiés comme des scélérats. Châtiés, ils sont dans la joie comme s’ils naissaient à la vie. Les juifs leur font la guerre comme à des étrangers ; ils sont persécutés par les Grecs et ceux qui les détestent ne sauraient dire la cause de leur haine.
En un mot, ce que l’âme est dans le corps, les chrétiens le sont dans le monde. L’âme est répandue dans tous les membres du corps comme les Chrétiens dans les cités du monde. L’âme habite dans le corps et pourtant elle n’est pas du corps, comme les chrétiens habitent dans le monde mais ne sont pas du monde. Invisible, l’âme est retenue prisonnière dans un corps visible ; ainsi les chrétiens, on voit bien qu’ils sont dans le monde mais le culte qu’ils rendent à Dieu demeure invisible. La chair déteste l’âme et lui fait la guerre, sans en avoir reçu de tort, parce qu’elle l’empêche de jouir des plaisirs : de même le monde déteste les chrétiens qui ne lui font aucun tort, parce qu’ils s’opposent à ses plaisirs. L’âme aime cette chair qui la déteste, et ses membres, comme les chrétiens aiment ceux qui les détestent. L’âme est enfermée dans le corps : c’est elle pourtant qui maintient le corps ; les chrétiens sont comme détenus dans le monde : ce sont eux pourtant qui maintiennent le monde. Immortelle, l’âme habite une tente mortelle : ainsi les chrétiens campent dans le corruptible, en attendant l’incorruptibilité céleste. L’âme devient meilleure en se mortifiant par la faim et la soif : persécutés, les chrétiens de jour en jour se multiplient toujours plus. Si noble est le poste que Dieu leur a assigné, qu’il ne leur est pas permis de déserter. »

Epître à Diognète. 5-6
Pour lire toute la lettre cliquez sur le titre de cet article.

Illustration de cette article : "Tu m'as aimé avant le création du monde", Collage, 2006, 100x70 cm

vendredi 6 novembre 2009

Grâce 13082009 - Mes enfants à la rivière

Un petit tableau vivant, un bain de jouvence en ce début d'hiver.


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jeudi 29 octobre 2009

L'Ami qui vient à ta rencontre

L'artiste cherche à ouvrir les sentiers de l'intériorité.
Ces sentiers retrouvés le conduisent vers l'inconnu qu'il est à lui-même, vers l'invisible et l'infini qu'il pressent en lui.
Chemin faisant il rencontrera tôt ou tard l'Ami.
L' Ami qui vient à sa rencontre et qui cheminait vers lui bien avant qu'il se soit mis en route.




Cet Ami est Celui qui l'appelle et qui vit en lui depuis toujours, depuis des temps immémoriaux, des temps hors du temps, puisqu'ils sont ceux de la Vie et ceux non du monde.
Un des Noms de l'Ami est le Vivant - un Nom caché qui devient Toi et que Tu deviens.
Un Nom qui t'éblouira sur le chemin que tu fais vers Lui, vers sa lumière, vers son Amour et sa connaissance.
L'ayant rencontré tu voudras aller toujours plus près de Lui et ainsi de Toi et tu voudras partager avec d'autres son amitié, sa source de vie et de joie.
Porté par cet amour tu te mettras à l'oeuvre sans relâche et tu seras rempli de forces et de lueurs nouvelles.
Tu découvriras bientôt que peu d'hommes cheminent avec toi que beaucoup se moquent de toi et de ton chemin.
Un chemin que les sots cherchent leur vie durant sur les cartes du monde.
Tu comprendras que tes oeuvres, comme celles de tous ceux qui t'ont ouvert la voie, comme les Paroles même de Celui qui est le Chemin personnifié, ne leur servent à rien, qu'elles restent de minuscules trous d'épingles dans leur nuit, dans le voile de leur oubli, de leur sottise et de leur négation. Car le paradoxe diabolique de la nuit des hommes c'est qu'elle est faite de ce qu'ils pensent être la lumière. Et celui qui pense être né et vivre dans le monde et sa lumière ne peut trouver la lumière qu'il a en lui et qui éclairerait le chemin vers le Soi Vivant qu'il est en amont du monde et de sa nuit.

Illustration : Pèlerin priant Marie 1993 Aquarelle sur papier

lundi 19 octobre 2009

Votre Face, Seigneur...

par Paul Claudel


Le texte qui suit a été écrit en 1935 par Paul Claudel, écrivain français, exprimant ses sentiments à l'égard du Saint Suaire de Turin. Il se réfère au travail de M.Gérard Cordonnier, Ingénieur du Génie Maritime, membre de la Commission du saint Suaire. Ce texte décrit bien ce que plusieurs « voient » dans cette image et qu'aucun test scientifique ne peut vérifier ou encore moins confirmer. C'est donc dire que Claudel n'entre pas dans un débat scientifique ni ne conteste les positions des sceptiques. Ce qui n'empêche pas qu'il en est bien conscient et évoque à ce propos sa propre expérience personnelle de son jeune âge qui baignait dans un scepticisme à l'égard de la divinité de Jésus. À lire pour mieux connaître les perceptions de cet homme qui a connu à la fois le scepticisme et l'expérience mystique de la présence divine

Brangues, par Morestel (Isère) Le 16 août 1935
Cher Monsieur,
J'ai lu avec le plus vif intérêt, l'opuscule que vous avez eu l'aimable pensée de m'envoyer: Le Christ dans sa passion révélée par le saint Suaire de Turin (1). J'ai longuement considéré les saisissantes images qui l'accompagnent. Je souhaite qu'il atteigne le grand public et qu'il aide la chrétienté de France à réaliser l'importance de cet événement religieux qu'est la découverte photographique du saint Suaire de Turin. Une importance si grande que je ne puis la comparer qu'à une seconde résurrection
Je me reporte par la pensée à cette sinistre période qui va de 1880 à 1910, où s'est écoulée ma jeunesse et mon âge mûr, période de matérialisme et de scepticisme agressifs et triomphants et que domine la figure d'Ernest Renan. Que d'efforts alors pour obscurcir la divinité du Christ, pour voiler ce visage insoutenable, pour aplatir le fait chrétien pour en effacer les contours sous les bandelettes entrecroisées de l'érudition et du doute! L'Evangile mis en petits morceaux ne constituait plus qu'un amas de matériaux incohérents et suspects où chaque amateur allait rechercher les éléments d'une construction aussi prétentieuse que provisoire. La figure de Jésus était noyée jusqu'à disparaître dans un brouillard de littérature historique, mystagogique et romanesque. Enfin, on avait réussi! Jésus-Christ, ce n'était plus qu'un pâle contour, quelques linéaments fluides et tout prêts à s'effacer. Madeleine pouvait maintenant aller au tombeau. On lui avait enlevé son Seigneur.
Et voilà qu'après les siècles écoulés l'image oblitérée reparaît tout à coup sous le tissu avec une véracité épouvantable, avec l'authenticité non plus seulement d'un document irréfragable, mais d'un fait actuel. L'intervalle des dix-neuf siècles est anéanti d'un seul coup, le passé est transféré dans l'immédiat. Ce que nos yeux ont vu, dit saint Jean, ce que nous avons à loisir considéré, ce que nos mains ont manié du Verbe de vie.
Ce n'est pas simplement une pièce officielle, comme serait par exemple un procès-verbal, une grosse de jugement dûment signée et paraphée : c'est un décalque, c'est une image portant avec elle sa propre caution. Plus qu'une image, c'est une présence! Plus qu'une présence, c'est une photographie, quelque chose d'imprimé et d'inaltérable. Et plus qu'une photographie, c'est un négatif, c'est-à-dire une activité cachée (un peu comme la Sainte Écriture elle-même, prendrai-je la liberté de suggérer) et capable sous l'objectif de réaliser en positif une évidence! Tout à coup, en 1898, après Strauss, après Renan, au temps même de Loisy, et comme un couronnement de ce travail prodigieux de fouille et d'exégèse réalisé par le siècle qui va finir, nous sommes en possession de la photographie du Christ! Comme cela!
C'est Lui! C'est Son visage! Ce visage que tant de saints et de prophètes ont été consumés du désir de contempler, suivant cette parole du psaume: Ma face t'a recherché : Seigneur, je rechercherai Ta face. Il est à nous! Dès cette vie, il nous est permis tant que nous voulons de considérer le Fils de Dieu face à face! Car une photographie, ce n'est pas un portrait fait de main d'homme. Entre ce visage et nous il n'y a pas eu d'intermédiaire humain. C'est lui matériellement qui a imprégné cette plaque, et c'est cette plaque à son tour qui vient prendre possession de notre esprit.
Quel visage ! On comprend ces bourreaux qui ne pouvaient le supporter et qui, pour en venir à bout, essayent encore aujourd'hui, comme ils peuvent, de le cacher. J'exprimerai ma pensée en disant que ce que nous apporte cette apparition formidable, c'est encore moins une vision de majesté écrasante que le sentiment en nous, par-dessous le péché, de notre indignité complète et radicale, la conscience exterminatrice de notre néant. Il y a dans ces yeux fermés, dans cette figure définitive et comme empreinte d'éternité, quelque chose de destructeur. Comme un coup d'épée en plein coeur qui apporte la mort, elle apporte la conscience. Quelque chose de si horrible et de si beau qu'il n'y a moyen de lui échapper que par l'adoration. C'est le moment de se souvenir du magnifique verset d'Isaïe (VI, 10): Ingredere in petram, et abscondere in fossa humo a facie timoris Domini a gloria Majestatis Ejus.
Mais les présentes lignes ne sont pas écrites pour enregistrer une impression personnelle. L'inquisiteur le plus froid ne saurait contester que la personnalité dont l'image a été si étrangement conservée sur le suaire de Turin avait dans son aspect quelque chose d'extraordinaire et de saisissant. Nous trouvons d'emblée une convenance entre les visages de Baudelaire et de Beethoven et l'impression que nous procure l'oeuvre de ces artistes. Qui nierait qu'entre le ressuscité (2) de 1898 et le personnage dont les quatre évangiles relatent les faits, gestes et discours, il y a la même convenance incontestable ? Cet aveu va bien loin. Le document écrit et le document graphique s'adaptent, ils collent parfaitement ensemble. Nous sentons que nous avons devant nous un original dont toutes les interprétations par le fait de l'art n'ont que la valeur sincère sans doute, mais combien partiale et maladroite, des travaux de seconde main. Le Christ de Vinci, celui de Dürer et de Rembrandt va avec certaines parties de l'Evangile, mais celui-ci va avec toutes. Bien plus, il les domine.
Voilà pour la convenance subjective. Mais que dire de la coïncidence matérielle et de la superposition minutieuse et détaillée du document ainsi placé entre nos mains et du quadruple récit de la Passion ? Tous les traits en sont là inscrits, ineffaçables : les plaies des mains, celles des pieds, celle du côté jusqu'au coeur, celle de l'épaule ; la couronne d'épines, qui nous rappelle l'interrogation de Pilate : Ergo tu Rex es ? et ces traces de la flagellation, si réelles que la vue encore aujourd'hui nous en fait frémir. La photographie nous a rendu ce corps que les plus grands mystiques ont à peine osé envisager, martyrisé littéralement depuis la plante des pieds jusqu'à la cime, tout enveloppe de coups de fouet, tout habillé de blessures, en sorte que pas un pouce de cette chair sacrée n'a échappé à l'atroce inquisition de la Justice, ces lanières armés de plombs et de crochets sur elle déchaînées !... Ce ne sont point des phrases que nous déchiffrons ligne à ligne : c'est toute la Passion d'un seul coup qu'on nous livre en pleine figure. L'heure même est écrite : c'est le soir, il fallait se presser ; la hâte avec laquelle on a roulé ce corps souillé dans un linge, sans prendre le temps de le nettoyer, pour obéir aux prescriptions du Sabbat immédiat. Le temps pendant lequel cet enveloppement a duré et qui est indiqué par l'avancement du travail destructeur sur le cadavre. L'obligation clairement imposée aux amis du Christ de procéder à ce supplément de toilette funèbre que l'intervention du Sabbat les avait obligés d'ajourner. La disponibilité elle-même de cette carapace rejetée ainsi qu'une dépouille d'insecte après la mue ; enfin, malgré les explications ingénieuses des savants qui se sont occupés du St-Suaire, il est bien difficile de voir dans cette impression détaillée du corps du Christ en négatif sur une toile non préparée et grâce uniquement à quelques aromates disposés au hasard, un phénomène purement naturel. Il n'a, dans la vaste expérience que nous possédons des ensevelissement antiques, aucun analogue. Une vertu est sortie de Lui et a laissé cette trace prodigieuse. Il n'est pas moins remarquable que pendant toute cette suite de siècles et d'événements, les différents incendies qui ont attaqué le Suaire aient respecté l'image sacrée et que leurs vestiges ne constituent autour d'elle qu'une espèce d'encadrement !
Aussi quelle reconnaissance devons-nous aux autorités civiles et religieuses qui ont enfin permis l'examen minutieux de l'insigne relique et aux hommes de science qui l'ont étudiée avec tant d'ingéniosité et de bonne foi, tels que M. Paul Vignon ? Le moment est venu des vulgarisations, et c'est à ce titre que je salue avec joie le travail si remarquable que vous m'avez envoyé et auquel je souhaite la plus large diffusion.

(1) En dépôt à la Permanence du saint Suaire Tertiaire Carmélites de l'action de Grâces, 117, rue Notre-Dame-des-Champs, Paris. 
(2) « Apparu » depuis à un grand nombre en 1931, puis en 1933. - C.G.



Illustrations: Négatif photographique du suaire de Turin ;
Affiche de notre exposition actuelle

Publié sur : http://www.iro.umontreal.ca/~latendre/suaire/claudel.htm

mercredi 14 octobre 2009

La foi de Michel Henry


"La Foi n'est pas on ne sait quelle sous-connaissance privée de tout site assignable et ainsi de toute justification possible (Heidegger) , mais seulement un nom pour la certitude invincible que la vie a de vivre et pour son hyper savoir. La Foi ne vient pas de ce que nous croyons, elle vient de ce que nous sommes des vivants dans la vie.

Si le Soi ne se rapporte à lui-même que dans la vie, on peut dire qu'il n'y a pas de Soi ailleurs qu'en Dieu. Plus précisément " En lui nous avons la Vie" , Paul, Actes 17,28.

L'affirmation que nous sommes les Fils - des vivants dans la vie - n'est pas une simple tautologie, elle bouleverse à peu près tout ce qu'on a dit sur l'homme depuis qu'en parle la Parole du Monde."

In Phénoménologie de la vie Tome IV Sur l'éthique et la religion Parole et religion : la Parole de Dieu, pages 188,193, 194


En Illustration ; Transfiguration par Béato Angélico

lundi 12 octobre 2009

L'enfer c'est de ne pas aimer

Le drame de l'Adam que raconte le mythe de la Genèse peut, écrit Annick de Souzenelle, se résumer ainsi : "Elle s'est laissée séduire". (1) "Elle" dans ce mythe ne désigne pas la femme, comme les hommes on voulu le comprendre et le faire croire, mais l'Homme ontologique, l'Humanité dans son ensemble. Or, Freud l'a rappelé au monde moderne, les mythes nous racontent ce qui se passe dans nos âmes.

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Ce que raconte le mythe de la Genèse c'est alors que l'Homme, l'Adam, créé mâle et femelle en son intériorité, en son âme, s'est laissé séduire et tromper et l'a ensuite oublié. Séduire et tromper cela veut dire pour la Genèse qu'à la Ressemblance divine pour laquelle elle est faite notre âme a préféré et préfère encore les semblants du monde; cela veut dire encore que l'humanité a cru pouvoir devenir dieu sans Dieu. La Ressemblance divine est la libre possibilité donnée à l'Homme d'aimer comme Dieu aime, d'accomplir ainsi sa filiation divine, de devenir celui qu'il est appelé à devenir, le Nom divin YHWH, JE SUIS QUI JE SERAI.


Comment peut-on croire à de telles choses?
Simplement en nous regardant nous-mêmes.
Car ne voyons-nous pas que depuis toujours l'homme se prend pour Dieu et convoite de s'en approprier tous les pouvoirs? Par exemple, ne nous conduisons-nous pas en propriétaires de la Terre et de son contenu? Ne disons-nous pas que nos corps et nos vies nous appartiennent? Nierons-nous que nous nous tuons les uns les autres depuis toujours pour nous arracher les uns aux autres la jouissance de la terre et des corps et que nous répétons nos crimes indéfiniment sous prétexte de venger nos crimes précédents? Pourrions-nous nier que nous faisons cela alors que nous sommes incapables de nous donner la vie à nous-mêmes comme à la moindre créature vivante et de la rendre à celui à qui nous l'aurions enlevée?
N'est-il pas temps d'admettre que nous nous trompons et qu'au lieu de devenir des dieux sans Dieu nous sommes devenus des diables sans Dieu? N'est-il pas urgent de comprendre que la ruse du Diable consiste à nous tromper au point de nous faire croire qu'il n'existe pas, alors que depuis que nous nous sommes laissés séduire par sa promesse - devenir dieu sans Dieu - c'est lui qui règne dans nos âmes inconscientes et nous pousse à accomplir les actes insensés qui nous font nous détruire les uns les autres? Car le Diable qui est en nous veut la mort de l'Homme. Freud lorsqu'il redécouvrira cette instance diabolique inconsciente l'appellera "la pulsion de mort " (2). Des diables qui s'ignorent et se prennent pour des dieux voilà donc ce que nous sommes devenus, comme nous le raconte encore la Genèse.

Qui niera que ce mythe se réalise dans l'histoire des hommes? Les hommes peuvent-ils demeurer inconscients de ce qu'ils sont et de ce qu'ils font alors que par vanité ils sont en train de détruire industrielle- ment l'humanité, la terre et la vie humaine pour y installer l'enfer. N'est-ce-pas ce que montre chaque jour un peu plus nettement tous les écrans du monde?



Seulement ce péril infernal qui se réalise sous nos yeux ne sera pas le néant, ni le repos éternel de la mort, ni la non-vie minérale dont parle Freud, car nous vivrons dans cet enfer comme les survivants. Survivant! voilà ce que chacun de nous dans sa folie espère être en son égoïsme aveugle, un survivant dans un monde dépeuplé, dévasté. D'ailleurs, certains hommes conçoivent dors et déjà une post humanité et pensent que de toutes façons il y a trop d'hommes sur cette terre et que ce trop pourrait bien disparaître pour laisser la place aux post-humains survivants qui se seront adaptés. Et ceux la rêvent pas posséder les formules de la vie pour la dupliquer et la reproduire sans fin dans une vie répétitive qui sera l'enfer éternel réalisé par les pseudo-post-hommes - ceux que la tradition appelle les damnés. Car que ferons-nous des formules de la vie biologique sinon fabriquer des pseudo-hommes dont l'âme sera encore plus éloignée de la Ressemblance divine, de la capacité d'aimer donc, et ainsi encore plus diaboliques que nous et condamnés à vivre perpétuellement dans l'enfer qu'ils auront réalisé et éternisé sur la terre?
Si ce cauchemar infernal devait se produire, ces hommes seraient tellement prisonniers de leurs souffrances répétitives qu'ils imploreront la mort pour y échapper. Mais ils ne l'obtiendront pas, comme le racontera la suite de la Genèse à ceux qui la liront avec Annick de Souzenelle...

Le titre de cet article est dû à Bernanos
Illustrations : Vidéo : Grâce 1306201-Jeune-fille au serpent à Le Blanc - Adam en prière, huile sur toile 2005 - Seul Lui peut redonner Vie aux pierres que nous sommes devenus. Aquarelle 2008

(1) Lire la traduction de la Genèse commentée lettre à lettre par Annick de Souzenelle, in Alliance de Feu I & II.
(2) L'organisme aspire à être délivré de ses tensions internes douloureuses, au poids de la vie et de son désir...
À ce sujet on peut lire Michel Henry : Généalogie de la psychanalyse et Annick de Souzenelle qui, avec Jung et la Bible, ne parle pas de mort mais de mutations, de passages d'un état de conscience à un autre...

vendredi 25 septembre 2009

Face de de Dieu Face de l'Homme

L'exposition de cet automne 2009 à l'église des Minimes s’intitule Face de Dieu Face de l'Homme. Elle prolonge l'exposition Vivre d'Amour dédiée à Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face présentée tout l’été par les artistes du groupe Grâce. Je présente dans le baptistère une oeuvre nouvelle, une méditation, une prière adressée au Dieu fait Homme à travers l’image de sa Sainte Face. Une image sainte vénérée par Thérèse qui avait joint son Nom et celui de l’Enfant Jésus au sien.


La face perdue de l’homme
Nos regards tournés vers le monde, égarés dans nos calculs, rivés à nos écrans, noyés dans nos miroirs, accrochés à nos objets, obsédés par notre apparence, épris de nos images, angoissés par la perte de nos pouvoirs, nous les hommes, nous nous sommes perdus en perdant la face, notre face tournée vers le Ciel et créée à l’image de Dieu. Nous ne savons plus qui nous sommes, ni à qui ni à quoi nous identifier, et nous persistons à chercher au dehors une identité, une origine, une vie qui se trouvent au dedans de nous. Avides de renommée, nous avons oublié notre Nom, inscrit au fond de nous avant la création du monde. Incapables de nous donner la vie à nous-mêmes, nous cherchons à nous en approprier les formules et nous la singeons dans nos machines inhumaines Coupés de notre intériorité vivante nous n’entendons plus la Parole de l’Esprit dans nos coeurs. Imbus de nos pouvoirs, que nous recevons pourtant de la Vie, nous les utilisons à nous détruire et nous ne ressentons plus en nous la Parole de la Vie nous étreindre, nous aimer et souffrir de notre souffrance, de notre cruauté et de notre entêtement à la nier. De la Terre nous faisons un enfer et du Ciel un au-delà abstrait, irréel, illusoire. Insensés, incrédules, pour des semblants nous avons perdus la Ressemblance.

La lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont point reçue. Jean 1,6

La Face révélée de Dieu
Si nous désirons retrouver en nous la Face divine, il nous faut suivre Thérèse et tous les épris de la Vie sur la seule voie qui y mène: l’Amour! Vivre d’Amour c’est prier humblement pour demander l’Amour et la force de nous mettre en retrait de ce monde pour nous retourner sur nous-mêmes, pour aller vers nous, vers notre autre côté, inconnu, celui de notre âme voilée par la nuit de nos aveuglements et de nos ressentiments, pour nous rendre à la Vie. Là se trouve notre Face vivante, invisible dans le monde et si lumineuse pourtant, la Face de l’Homme créée à la Ressemblance de la Face de Dieu. Une Face couverte des larmes de nos souffrances mais qui bientôt se changeront en larmes de joie de nos retrouvailles. Sous le voile de nos ténèbres intérieures luit la Lumière de la Face divine, celle l’Amour de Celui qui ne nous a pas oubliés et qui nous attend au coeur de nous-mêmes.

La Sainte Face

Pour nous guider dans notre cheminement intérieur vers Lui, la Vie et la Vérité, le Seigneur nous a donné une image de son visage, une trace de sa venue incessante en nous. Cette Image est une empreinte de sa Face sanglante qu’il laissa sur le voile que lui tendit une femme prise de compassion, alors qu’il montait au Golgotha. Elle est appelée vera icon ou Sainte Face car elle montre l’Image de Dieu fait Homme. Cette Image de Jésus Christ constitue la première icône de tout l’art chrétien et l’image Source de chaque visage humain. Sa représentation présente fut restituée suite à un prodige qui fit apparaître à la vue des fidèles, sur le Voile de Véronique, conservé et vénéré à Rome, le visage de Jésus.

Si nous regardons cette Image de la Sainte Face, si avec elle nous fermons les yeux, nous retrouvons le chemin de l’intériorité, de la compassion. Si nous regardons ce visage pour y reconnaître celui d’un être aimé, d’un proche, de notre père, de notre mère, de notre frère, de notre ami, de notre enfant, celui de l’étranger, celui de tout homme, alors c’est la Face de l’Homme qui nous regarde, c’est le Fils de Dieu en personne qui nous enseigne la prière du coeur, c’est sa Vie qui s’éprouve en nous, et nous dévoile son vrai visage, celui qui souffre en nous, qui aime avec nous à cet instant même et qui avec nous se réjouit qu'enfin nous vivions d’Amour.



Ainsi, par la grâce de l’Amour de Dieu qui vit en nous, nous rejoignons-nous et entrons-nous au coeur de nous-mêmes, là où, hors du monde, nous entendons et comprenons les Paroles que nous dit le Christ vivant, notre ami, notre frère : « le Royaume de Dieu est au dedans de vous» Jean 17,36 ; et «Je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la fin du monde.» Matthieu 28.20 ; «Père Saint, garde en ton Nom ceux que tu m'as donnés, afin qu'ils soient un comme nous» Jean 17,11 ; «Je vous le dis en vérité, tout que vous faites à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous le faites.» Matthieu 25,40 ; « Je suis le pain vivant qui est descendu du ciel. Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement; et le pain que je donnerai, c'est ma chair, que je donnerai pour la vie du monde.» Jean 6,51.



Illustrations de cet article ; Chrsit couronné d'épines, Beato Angelico, Tempera sur bois, Livourne ; Vue de mon installation Face de Dieu Face de l'Homme, 2009, ensemble de monotypes sur papier de visages du christ, dimensions variables, ici dans le baptistère de l'église des Minimes à Bruxelles ; Sainte Face gravure du prodige de l'apparition de la Face de Jésus sur le Voile de Véronique ; Installation, détail et monotype sur calque 30x50 cm.

lundi 21 septembre 2009

Grâce aux artistes anonymes du XXI° siècle

Ci dessous quatre photographies d'oeuvres involontaires, anonymes et éphémères que l'on peut trouver partout dans le monde si l'on veut bien regarder. Je les photographie ou les filme depuis une dizaine d'années sans jamais les modifier. Je publie sur mon site Ad imaginem Dei quelques unes de ces photographes d'oeuvres faites sans artiste, sans marchand, sans commissaire et sans prétention de faire de l'art ; des oeuvres d'art pourtant qui sont, pour ces raisons mêmes, sans prix, c'est-à-dire aussi précieuses que gratuites. Cliquez sur le titre pour en voir d'autres...


Hall à Erice 2009

Ancien magasin à Renaix 2009

Eglise en Berry 2008

Enseigne désaffectée à Anvers

à suivre...

mardi 15 septembre 2009

La Parole du Christ selon Michel Henry

Suite à la parution récente du Cahier Michel Henry chez l'Age d'Homme et en relation avec ma prochaine exposition à l'église des Minimes, intitulée Face de Dieu Face de l'Homme, je publierai ici tout l'automne des textes de et autour de Michel Henry.




"Tout soubassement sacré étant retiré à la nature humaine comme au monde qui repose sur elle, l'homme se trouve livré à la facticité matérielle, à un réseau de processus aveugles dépourvus de toute justification intérieure. La réciprocité des relations naturelles n'est plus celle de l'amour mais celle de la rivalité, de la lutte pour les biens matériels, l'argent, le pouvoir, le prestige - et ainsi le règne de la feinte, de la fourberie, du mensonge, de l'adultère, de l'envie, de la haine, de la violence, finalement la lutte de tous contre tous, tempérée par la formation de clans en dehors desquels l'individu ne peut survivre dans la jungle de la modernité. Voilà donc ce qui se advient dès que perd son pouvoir la parole paradoxale du Christ d'aimer ceux qui vous font du mal. Elle seule peut empêcher l'engrenage de la vengeance et de la haine. Ainsi, la vérité de la parole du Christ s'adressant aux hommes au sujet d'eux-mêmes surgit-elle inévitablement dès qu'elle est entendue dans sa vérité : " Je vous laisse ma paix, je vous donne ma paix.". L'expérience humaine se profile alors comme la preuve de cette vérité."
Michel Henry Paroles du Christ p.72

Illustration : Meurtres à la chaîne, Robert Empain crayon sur papier 24x30, 1970

jeudi 10 septembre 2009

La Face voilée de l'Homme

L'exposition d'automne que je présenterai prochainement à l'église de Minimes à Bruxelles se tournera, avec l'aide gracieuse de Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face, vers la Face oubliée de chacun de nous, notre vraie Face, faite par Dieu à son Image et à sa Ressemblance.




Au printemps, alors que je travaillais autour et avec sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face à Vivre d'Amour, l'exposition d’été que nous lui avons dédiée, avec les rares amis du groupe Grâce, à l'église des Minimes à Bruxelles, je trouvai dans un livre une peinture, une grisaille de la Sainte Face peinte avec amour par Céline Martin, la soeur de Thérèse, qui était elle aussi carmélite, et portait le nom de soeur Geneviève de la Sainte Face. Cette peinture fut réalisée en 1904, sept ans après la mort de Thérèse, d'après les images étonnantes que révélèrent les photographies faites en 1898 du Suaire de Turin.(1)



Je photographiai à mon tour la reproduction de cette peinture et l'imprimai sur un calque à la taille d'un visage humain avec l'intention de la placer en face de la statue de Thérèse que j’avais voilée pour l’exposition à l’église des Minimes. En séchant, cette épreuve sur calque se macula et se recroquevilla sur elle-même aux quatre coins ce qui accentua la troublante présence qui en émanait. Je regardai longtemps l’icône spontanée de cette face mystérieuse enroulée dans sa frêle capuche de papier et je fus frappé par son aura particulière, son rayonnement paradoxal, tout orienté vers l’intérieur, inclinant quiconque la regarderait à entrer semblablement en lui, le guidant au plus profond de son âme, dans son humanité enfouie, pour y sentir une parenté, une ressemblance obscurcie dans sa nuit, semblable pourtant à la sienne, afin d’ y reconnaître sa Face véritable, la vraie image de Soi, vivante, invisible et lumineuse, et à laquelle pourtant chacun peut dire Tu...

Le désir de travailler et d’approfondir le mystère de la Sainte Face de l’Homme s’imposa à moi tout l’été.
C’est ainsi que l’exposition d’été Vivre d’Amour, dédiée à Sainte Thérèse, se voit prolongée et sera enrichie pour l’automne par des oeuvres inspirées par la Sainte Face du Dieu fait Homme.

J’invite naturellement les artistes qui se sentiraient touchés pas cette source unique d’inspiration à se joindre à moi pour cette exposition.

L’exposition s’intitulera Face de l'Homme Face de Dieu.



Je rappelle que ce sont deux images du Christ, dites achéropoiètes, à savoir non faites de main d’homme : le Mandylion et le Voile de Véronique, vera icon, deux empreintes directes donc du visage du Christ, qui lèvent pour les chrétiens l’interdit biblique de la fabrication des images et, tout en constituant les premières icônes véritables du Christ, fondent tout l’art chrétien et la vénération des images à certaines conditions très discutées ; l’une de ces empreintes est faite par le Christ lui-même qui la confie à un peintre (et oui!) qui était venu l'implorer de guérir son Roi lépreux, Agbar, et l’autre, recueillie par une femme, appelée par la tradition Véronique, qui, prise de compassion, essuya le visage ensanglanté de Jésus alors qu’Il montait au Golgotha.
À ces deux images s’ajoute en s'y confondant parfois le Saint Suaire de Turin(1).
Je reviendrai plus en détail sur ces questions ici même au cours des prochains mois.
Grâce




((1) Le Suaire de Turin serait celui dans lequel aurait été enveloppé le Christ à sa mise au tombeau. Les images étonnantes de vérité furent révélées par le négatif des photographies réalisées en 1898 et donnent à voir le corps et le visage d’un homme meurtri semblables en tous points à celui que la tradition nous a transmis du Christ.


Illustrations de cet article : Sainte Face, 2009 - imprimé sur calque de la grisaille peinte par Soeur Geneviève d'après le Saint Suaire de Turin. Négatif photographique du Saint Suaire de Turin. Voile de Véronique par Hans Memling. Icône du Mandylion de la Sainte Face.

Grâce à Jacques Van der Biest qui nous accueille pour cette troisième exposition dans son église des Minimes.

mercredi 26 août 2009

Voir Manet en son Grand Palais

Je feuillette avec bonheur le catalogue de la rétrospective Manet au Grand Palais à Paris en 1983.
Ci dessous une page double et un petit texte que j'avais écrit lors de ma visite de cette exposition dans mon carnet de l'époque.




Manet est un joueur et un tricheur magnifique. Il possède la palette de Franz Hals, les pinceaux, la vitesse et l'humour de Vélasquez. Pour vaincre sa maladresse initiale, Manet a réinventé la peinture, mieux, il a laissé la peinture le réinventer, car la vérité lui est venue par la peinture.
La main de Manet jette alors des taches de peintures qui ont envie de devenir Victorine, pivoine, liseuse, café-concert, Mallarmé, Grand Canal, asperge, coq, chapeau, herbe, fleur, Jeanne, ou printemps… La peinture lui fait faire ce qu’elle veut à Manet, comme plus tard à Picasso. Pour Manet le monde n'existe que pour être peint ; mieux, le monde est déjà une peinture. Dès lors, puisque les choses se peignent d'elles mêmes dans le monde, il suffit de peindre le plaisir qu'ont les choses et les êtres de surgir dans le tableau vivant qu'est la réalité.

Je dessine à mon tour tant ce plaisir est contagieux, est la contagion.



Dans son autoportrait de 1879 tout ceci est éblouissant de vérité, Manet peint la peinture en train de le peindre, le tableau se peignant lui même en forme de Manet devenu peinture. Idem pour l’asperge qui s’asperge asperge et qui en bande de bonheur.




Quels gris de toutes les couleurs, quel abandon, quel don, quelle volupté, que d’humour et d’amour.
Nous émergeons au monde comme Manet nous le souffle, comme un air de flûte, comme une bulle de savon, comme un coup de brosse heureux, comme une fleur, comme une femme, comme le rire d'un enfant, par amour, par miracle, par bonheur !

Mais bon sang ! quelle foule tout à coup, quelle bousculade autour de toi Manet !

Une chose encore en sortant, ton portrait photographique par Nadar, qui est accroché dans l'escalier, est d’une drôlerie proprement surréaliste. Tu es assis à califourchon sur une petite chaise d’église capitonnée. L’air grave, tu saisis de la main droite le dossier lourdement passementé de cette chaise ce qui lui donne l’aspect incongru d’une énorme brosse. Du balais ! sembles-tu dire.



Illustrations de cet article : deux pages de mon carnet 1983 ; deux tableaux de Manet : Autoportrait et Asperge à l'huile , portrait de Manet par Nadar

jeudi 20 août 2009

Grâce au vivant Michel Henry

Ci dessous, deux extraits de mon carnet de l'année 2007 que je publie (quand j'ai le temps) sur le site D'où je vis". Lien via le titre de cet article.



La seule réponse au mal-être est la charité.
Le mal-être c'est le mal-vivre d'une vie qui souffre d'être mal vécue, d'être niée de mille façons par le monde et ses sujets, une vie qui se retourne alors contre elle-même et qui voudrait se fuir mais qui ne le peut pas. La charité ce n'est pas l'aumône, mais l'amour qui traverse les apparences de l'autre, du proche, du prochain, pour aller droit au coeur, pour toucher et aimer et rallumer la braise vivante qui couve sous la cendre, la vie qui jamais ne cesse de nous étreindre et par laquelle souffre notre chair commune en mal de vivre, en mal d'amour, en mal de Vie. La cause du mal-être de l'homme, comme le dit l'ambigu Lacan, est de céder sur son désir - céder voulant dire ici ne pas céder à son désir, ne pas être fidèle à son désir. Tout le problème pour l'homme étant alors de reconnaître son véritable désir travestit et mêlé aux désirs autres que le sien, ceux des autres, ses parents, la société, le monde, l'Autre ! Or, notre Désir véritable ne nous vient pas de l'extérieur, pas plus des autres que du monde, ou de cet Autre qui désigne tout ce qui n'est pas moi ; notre Désir véritable vient au coeur de nous-mêmes, il est nous, il nous veut, il est donné pleinement par le Désir de la Vie qui nous génère sans cesse en Elle. Et ce désir de la Vie est la Vie même. La Vie se désire et s'aime elle-même en chaque vivant et elle désire que nous la désirions et l'aimions en nous et en chacun de nous, voilà la clé du jardin perdu de la joie de vivre et la cause de mal-vivre. Voilà le sens du commandement «Aime le Seigneur ton Dieu et aime ton prochain comme toi-même» un sens qui échappait à Freud et à Lacan, comme leur échappait la Vie véritable.



Qu'est-ce qu'une oeuvre d'art contemporain ? Non pas une oeuvre contemporaine de ce temps historique, mais une oeuvre contemporaine de ma vie ou de la tienne. Une oeuvre que je vis et qui me donne à vivre davantage, par laquelle la vie se connaît, s'aime et se fait aimer en moi, par laquelle elle croît et me fait croître, une oeuvre qui me fait contemporain de son auteur, avec lequel je forme alors, comme le dit le génial Michel Henry, une communauté charnelle pathétique. C'est en cela que l'art est charité. L'oeuvre n'est plus objet elle devient verbe, elle oeuvre dans le Verbe de la Vie. L'oeuvre issue de la vie d'un vivant lui-même issu de la Vie, devient l'ensemble de son oeuvre vivante invisible et intemporelle dans les vies invisibles des vivants qui l'ont vécue ! Et l'on peut dire alors de l'oeuvre d'art ce que Michel Henry écrit de la rencontre des personnes : " Ce n'est pas un hasard que les êtres se rencontrent. Ce n'est pas le trajet qu'ils font dans l'espace qui les fait se rejoindre, mais celui qu'ils ont fait en eux-mêmes ; c'est pourquoi leur rencontre peut avoir lieu ailleurs que sur la terre, au fond de l'esprit qui connaît." in L'amour les yeux fermés, page 182.

à suivre...

Illustrations : Le baiser intérieur, aquarelle et collage 2007 & Le Christ de la Passion entre la Vierge et saint Jean, Détrempe sur bois. Héraklion, Crête.
Lien avec mon site D'où je vis via le titre de cet article

mercredi 12 août 2009

La vie retrouvée

Je lis cet été l'opulent dossier Michel Henry parut chez l’Age d’Homme.
Je reviendrai à la rentrée sur cet ensemble de textes essentiels et sur mes notes de lectures. En attendant, je publie ici l'excellent article de présentation de Benoît Kanabus publié par Actu Philosophia.
À suivre donc...




Les éditions l’Age d’Homme viennent de mettre à disposition des études henryennes un dossier précieux conçu et dirigé par Jean-Marie Brohm et Jean Leclercq [1]. L’ouvrage, d’une taille importante (format 27x21, 542 pp.), se subdivise en quatre parties : un long entretien avec Anne Henry ; un recueil de textes de Michel Henry ; une importante série de contributions ; enfin, plus anecdotique, quelques évocations de l’homme qu’était le philosophe. On y trouvera également une utile bibliographie exhaustive de l’œuvre.
Un tel dossier ne se prête évidemment pas à un compte-rendu qui suivrait le fil d’un développement philosophique. Je passerai donc ici en revue les différentes parties de l’ouvrage pour en souligner les mérites et les intérêts.
Entretien en manière de biographie
L’ouvrage s’ouvre sur un entretien entre Anne Henry, elle-même Professeur de littérature et spécialiste reconnue de Proust, et Jean Leclercq, directeur scientifique du Fonds Michel Henry déposé à l’Université catholique de Louvain. Un enchaînement subtil de questions permet à Anne Henry de partager sa maîtrise de la pensée de son époux. Ce long entretien (50 pages) apporte des renseignements appréciables sur le contexte du développement de l’œuvre. Par ailleurs, il fournit certainement une introduction solide et raisonnée pour un étudiant désireux d’en avoir une vue d’ensemble. Faute de temps, je ne m’arrêterai que sur les premières pages qui offrent des informations philosophiques inédites.
L’entretien prend en effet pour point de départ un Journal de jeunesse récemment découvert par Anne Henry. Ce Journal couvre une période allant de 1942 à 1948 et laisse entendre l’existence de notes antérieures sans doute à jamais perdues. Ecrit sur « le mauvais papier de la guerre et de l’après guerre », ils se composent de réflexions philosophiques rapides et denses, souvent jetées sur le papier dans l’urgence. Parfois interrompu, il témoigne de la naissance d’une pensée précoce, originale avant même de s’exposer. On a régulièrement souligné la remarquable continuité de l’œuvre henryenne en-deça de ses moments de radicalisation ou d’applications thématiques concrètes (économie, culture, art, psychanalyse…). Cette continuité devient proprement saisissante lorsque l’on prend connaissance de ces notes. La révélation de ce Journal – on espère sa publication prochaine – est donc un outil précieux pour tracer avec davantage de précision la genèse de la philosophie henryenne.

Henry n’appréciait guère les épanchements biographiques. Son « entretien biographique » avec Roland Vaschalde – en marge du colloque de Cerisy en 1996 – débute par cette réplique mémorable : « Permettez-moi une remarque philosophique au seuil de cet entretien. Je voudrais dire combien je me sens démuni devant l’idée même d’une biographie. Pour celui qui pense que le Soi véritable, celui de chacun, est un Soi non mondain, étranger à toute détermination objective ou empirique, la tentative de venir à lui à partir de repères de ce genre paraît problématique. L’histoire d’un homme, les circonstances qui l’entourent, est-elle autre chose qu’une sorte de masque, plus ou moins flatteur, que lui-même et les autres s’accordent à poser sur son visage – lui qui, au fond, n’a aucun visage » [2]. François-Xavier Ajavon, qui publie régulièrement sur ce site des chroniques sur le rapport de la philosophie et des philosophes à la sphère médiatique, ne manquera certainement pas d’intérêt pour une telle entrée en matière. Quoi qu’il en soit, le contexte vaut ici au moins d’être rappelé minimalement pour prendre la mesure de la densité des propositions philosophiques d’un jeune homme de vingt ans. Le frère de Henry fut l’un des vingt premiers free-french à rejoindre De Gaule à Londres. Henry, son mémoire sur Spinoza à peine soutenu en Sorbonne, rejoint lui-même le maquis du Haut Jura en juin 1943. N’emportant dans son bagage que la Critique de la Raison pure, il recevra pour nom de code celui de « Kant » ; la vie a parfois de douces ironies… Il sera ensuite commis au renseignement. Il vit sous une fausse identité à Paris, à Lyon où il se cache dans une mansarde pour échapper au sinistre Barbie et à la milice. Quand il le peut, il entre dans une bibliothèque pour découvrir fugitivement Husserl, Boehme… C’est dans ce contexte fait de clandestinité, de faim, de peur objective, mais également de compagnonnage, de geste gratuit, qu’il prend des notes qui, pour n’être pas déjà échafaudées en système, constituent néanmoins la source décisive et la direction de l’œuvre en gestation.
Dans ce même entretien de 1996, Henry avait déjà pudiquement confié combien le maquis avait profondément influencé sa conception de la vie. « La clandestinité m’a donné quotidiennement et de manière aigüe le sens de l’incognito. Pendant toute cette période, il a fallu dissimuler ce que l’on pensait et, plus encore, ce que l’on faisait. Grâce à cette hypocrisie permanente, l’essence de la vie se révélait en moi, à savoir qu’elle est invisible. Dans les pires moments, quand le monde se faisait atroce, je l’éprouvais en moi comme un secret à protéger et qui me protégeait. Une manifestation plus profonde, plus ancienne que celle du monde déterminait notre condition d’homme » [3]. Voici en regard un texte d’époque qui marque la fidélité jamais démentie à cette expérience : « Malgré ce temps de guerre, [mes compagnons] faisaient la découverte de la vie pas seulement de la réalité politique. Il arrive qu’une époque s’identifie à une attitude spirituelle et alors elle existe ; ce qui arrive n’a plus le goût fade de l’actualité et de ce qui recommence indéfiniment. Le monde devenait un théâtre dont nous étions les acteurs. Quelle est cette attitude ? Résistance ? Autre chose peut-être. Un moment où la vie s’est retrouvée, a coïncidé avec la vie au lieu de s’évanouir dans les choses : solitude, silence, peur, dévouement. Tout vous rappelait à vous-mêmes, tout vous recommandait d’être. En même temps, notre tâche à nous, homme de vingt à trente ans, est effrayante ; car il ne nous a été demandé rien d’autre que ceci : détruire l’amour en nous – tuer aussi des ennemis – les idéologies de la haine. Nous sommes d’éternels célibataires […] nous n’avons pas eu de jeunesse. Jankélévitch ne disait-il pas dans son Schelling, ‘‘Toute liberté porte sa tragédie intérieure’’ ? Nous n’étions ni préparés, ni préservés, on nous faisait croire n’importe quoi. Mais il y avait en nous une sorte d’instinct qui était encore une parole de vie et qui, même sur le plan de l’habileté, fut plus efficace que des leçons prises dans les camps d’entraînements » [4].
Au milieu de pages franchement émouvantes (l’effroi métaphysique devant un cadavre de soldat gisant dans un ruisseau [5] ; un carnage opéré par les Allemands un petit matin calme et ensoleillé [6] ; la faim sublimée à partir de Eckart [7] …), un rapide florilège de petites propositions théoriques montre la fixation immédiate de sa détermination philosophique et l’intérêt de ce Journal pour saisir la genèse de l’œuvre. Leur sens explicite pour tous ceux qui connaissent la philosophie de Henry n’appelle pas de commentaire : « Nous ne voyons pas les choses, nous ne voyons que notre propre regard » ; « Le sentiment maintient la pensée en continuité avec la vie – ou plutôt fait qu’elles sont une même chose » ; « Pourquoi ce paysage m’émeut-il, sinon parce qu’il est ma chair » ; « Spinoza est moins perspicace que Schopenhauer qui a vu que le désir n’est pas seulement de persévérer dans son être mais d’être plus, d’être toujours plus » ; « Ecrire une thèse sur les prémisses de l’existence » ; « La structure du monde est la subjectivité » ; « La subjectivité est le sens du monde » ; « Une philosophie de l’immanence n’est possible que si elle est une philosophie de la transcendance ».
Textes de Michel Henry
La deuxième partie de l’ouvrage recueille onze textes qui n’avaient pas encore été édités ou réédités. L’effort d’édition est louable et s’inscrit dans une démarche initiée peu après la mort de Henry par la collection Epiméthée des Presses Universitaires de France [8]. En termes de compréhension de l’œuvre, disons-le, le gain est évidemment faible ; on n’y trouvera ni thèse inconnue ni domaine qui ne fut par ailleurs exploré. Néanmoins, dans une perspective spécialisante, ces textes permettent de saisir avec plus de subtilité l’évolution de la formulation d’une idée ou d’une proposition en la montrant en train de se chercher entre deux publications majeures.
Dans ce point de vue, je souligne l’intérêt des deux premiers textes. Il s’agit de textes rédigés en 1956-7, destinés soit à ses directeurs de thèse (Jean Wahl et Jean Hyppolite), soit à une commission CNRS. Le premier est un « Résumé analytique de Phénoménologie du corps », travail précise Henry « achevé en 1949 » [9] et qui devait être à l’origine un chapitre de la thèse. Son important déploiement l’a finalement détaché comme thèse secondaire. C’est par convention d’édition qu’il sera publié après L’essence de la manifestation. Le second texte est cette fois le « résumé analytique » d’une thèse alors intitulée « L’essence de la révélation » – qui deviendra, on le sait, L’essence de la manifestation –, travail entrepris dès 1946. Henry l’expose dans un enchaînement concis de 77 § (et d’un Appendice déjà dédié à Hegel) qui rappelle que la longue rédaction de L’essence fut guidée depuis ses prémisses par une thèse propre et un schéma argumentatif d’emblée fixé [10].
Un autre texte à mentionner est « Intersubjectivité pathétique » [11]. Il s’agit d’un essai commencé en 1991 sur la question de la communauté et dont le but affiché était d’approfondir les thèses posées dans la dernière partie de Phénoménologie matérielle publiée en 1990. Après en avoir rédigé une matrice épistémologique et méthodologique d’une grande clarté, Henry abandonnera ce projet et entamera la rédaction de la trilogie dont la première publication, C’est moi la vérité, date de 1996. Il ne reprendra spécifiquement cette question de l’intersubjectivité et de la communauté que dans Incarnation publié en 2000. C’est donc dire que le texte « Intersubjectivité pathétique » permet de mieux évaluer la radicalisation conceptuelle que Henry opère dans la décennie 90.
Contributions
Suivent rien moins que trente-huit contributions réparties en cinq approches de l’œuvre : vie et immanence ; Michel Henry devant l’histoire ; Sur Marx ; Savoirs de la vie ; Absolu et religion. Aux cotés de commentateurs avisés de Henry, parfois moins connus hors des cercles de la phénoménologie radicale, se succèdent une suite impressionnante de professeurs réputés. On y trouvera donc des contributions de Raul Ballbé, Sergio Benvenuto, Jean-Marie Brohm, François Calori, Jean-Louis Chrétien, Conor Cunningham, Alain David, Christophe Dejours, Natalie Depraz, Michel Dupuis, Jean-Pierre Fabre, Eric Faÿ, Michel Fichant, Guy Florès, Emmanuel Galactéros, Miguel Garcia Baró, Jean Greisch, Karl Hefty, Marc Herceg, Gabrielle Dufour-Kowalska, Rolf Kühn, Jean-François Lavigne, Jean Leclercq, Mario Lipsitz, Jean-Luc Marion, Florinda Martins, Yukio Naka, Adriaan Peperzac, Pierre Piret, Eric Rhode, Giuliano Sansonetti, François-David Sebbah, Carole Talon-Hugon, Karol Tanowski, Jerôme Thélot, Roland Vaschalde, Antoine Vidalin, Ruud Welten, Yorihiro Yamaga
Je ne puis rendre compte de toutes ces contributions, même des plus prestigieuses. A contre cœur, je n’attirerai l’attention que sur l’une d’entre elles, choix, me semble-t-il, au moins exemplatif du foisonnement de biais de lecture que la phénoménologie radicale est aujourd’hui susceptible de recevoir ou de générer, – caractéristique que les directeurs de l’ouvrage ont été soucieux de rencontrer dans leur demande de contributions. Si je n’en présente qu’une, c’est aussi pour lui faire droit plus en détail.
Cette contribution est celle de Christophe Dejours, psychiatre, professeur au Conservatoire nationale des Arts et métiers, auteur d’un livre retentissant Souffrance en France en 2006. Son texte ne s’articule pas autour d’une lecture serrée de Henry, et c’est justement là son intérêt et son intelligence. Il vient au contraire à la fois appuyer et tester les thèses de Henry sur le travail à partir de remarques cliniques issues du terrain.
Pour le clinicien, rappelle d’entrée Christophe Dejours, « le travail n’est pas en première instance le rapport salarial ni l’emploi, c’est le ‘‘travailler’’, c’est-à-dire un certain mode d’engagement de la personnalité pour faire face à une tâche encadrée par des contraintes (matérielles et sociales) » [12]. Christophe Dejours propose sur cette base une ‘‘typographie’’ du travail qu’il dégage à partir de ses expériences thérapeutiques et théoriques. Un travail, même si son organisation est rigoureusement circonscrite par un cahier des charges, ne peut être véritablement de qualité si l’on se borne justement à en exécuter scrupuleusement les tâches. Un simple travail d’exécution n’est d’ailleurs rien d’autre qu’une « grève du zèle ». Tout travail appelle par conséquent une créativité. Car « travailler, c’est combler l’écart entre le prescrit et l’effectif » [13]. Si une telle créativité, même minimale, est niée ou récusée, c’est à la fois la qualité du travail qui est amoindrie et la subjectivité du travailleur qui est atrophiée. Les travaux de Henry sur Marx sont évidemment un lieu privilégié pour de telles analyses.
Tout travail implique donc une véritable « intelligence inventive » par laquelle le travailleur fait face au réel et le surmonte, trouve une réponse à un problème dont la solution n’était pas connue. Cette intelligence qui passe du prescrit à l’effectif est trop souvent recouverte. « Si j’insiste sur ce point, explique Christophe Dejours, c’est parce que précisément, en même temps que l’on méconnaît l’écart entre le prescrit et l’effectif, on méconnaît que tous ceux qui travaillent doivent mobiliser une intelligence inventive qui fait partie intégrante du travail ordinaire. Même les savants, en psychologie, en particulier en psychologie cognitive, méconnaissent cette intelligence, parce qu’ils n’étudient pas le travail, mais des situations artificielles. Ils n’étudient pas l’intelligence confrontée au réel, ils s’en tiennent à ce qu’on appelle la ‘‘résolution de problème’’ dont précisément on connaît déjà la solution » [14]. Or, Christophe Dejours identifie dans la phénoménologie radicale de la vie une méthodologie permettant de tenir compte de cette intelligence, de l’élucider, peut-être même de l’intensifier. Il se réfère aux recherches de Henry sur le corps, plus exactement – il ne le dit pas – sur le thème de la mémoire du corps que Henry reprend à Nietzsche. « L’habileté, la dextérité, la virtuosité et la sensibilité technique, passent par le corps, se capitalisent et se mémorisent dans le corps et se déploient à partir du corps » [15].
L’article de Christophe Dejours devient à ce moment – sans doute à son insu car telle n’est pas son ambition – du plus haut intérêt pour la réception théorique de l’œuvre de Henry. En partant du concept de « corpropriation » qu’il applique à la relation qui s’instaure entre le travailleur et sa machine, Christophe Dejours rappelle en fait combien on continue de lire la phénoménologie radicale selon un cadre qu’elle ne cesse pourtant de déconstruire en opposant l’immanence à la transcendance, l’épreuve pathétique de la vie à son expérience pratique et concrète dans le monde, bref en la taxant de philosophie éthérée [16]. « Böhle Milkau (1991) proposent de cette clinique du travail une théorisation à partir de Merleau-Ponty et de Lévy-Strauss. L’analyse diffère quand on prend appui sur Michel Henry. Comment acquiert-on cette sensibilité extraordinaire que les auteurs américains appellent ‘‘tacit skills’’, que d’autres caractérisent par le terme de ‘‘sens technique’’ ou de ‘‘sixième sens’’ ? Il faut se familiariser avec la machine, pour ‘‘devenir la machine’’ – c’est ce que l’on appelle ‘‘faire corps’’ avec la machine » [17]. Travailler avec une machine, c’est l’habiter avec son corps, c’est sentir sa machine dans son corps, c’est faire en sorte que la machine devienne le prolongement du corps. Le travail est donc bien ce milieu où le corps du travailleur tend à se transformer, à accroître sa sensibilité, sa subjectivité. Un passage de Henry complète remarquablement l’analyse proposée : « Le système d’ensemble formé par mon corps en mouvement et faisant effort, mon Corps immanent absolument subjectif et absolument vivant – par le corps organique qui se creuse et se ploie sous son effort – par la Terre enfin qui refuse de plier à son tour et s’oppose à l’effort, se donnant en lui comme ce qu’il ne peut plus vaincre ni faire céder, telle est l’essence originelle de la tekhnè. […] L’instrument n’est originellement rien d’autre que le prolongement du Corps subjectif immanent et ainsi comme une partie du corps organique lui-même, à savoir ce qui cède à l’effort et se donne comme tel et seulement de cette façon. […] C’est pourquoi l’instrument est détaché de la nature pour être livré à l’initiative du corps et mis à sa disposition » [18].
Christophe Dejours relie finalement ses dernières analyses avec sa première thèse. « Ce que suggère la clinique rapidement évoquée ci-dessus, c’est que le travail est toujours une lutte avec le réel, avec cela même qui résiste à la connaissance et à la maîtrise. Et pour surmonter cette épreuve, il faut user d’une intelligence qui procède de la mobilisation et de l’implication du corps tout entier engagé dans un corps-à-corps avec le réel : la ‘‘corpropriation’’ du monde confine à une familiarisation qui s’offre comme une réconciliation avec soi lorsque la vie l’a emporté sur la résistance du réel » [19]. Seulement, ajoute-t-il dans une dernière page dense et bouleversante pour autant que l’on entende la réalité qu’elle décrit, une telle clinique du travail révèle en même temps à rebours la souffrance, les « ravages » que le travail peut identiquement provoquer lorsqu’il se « clive » de la vie et dénie la subjectivité qui s’y réalise. « Lorsque tournant le dos à la culture, le travail déshonore la vie, lorsque le travail se retourne contre ‘‘l’être générique de l’homme’’ pour reprendre ici une expression marxienne des ‘‘manuscrits parisiens’’, se profile le spectre de la psychopathologie voire de la mort sous la forme incroyable des hommes et des femmes qui viennent aujourd’hui se suicider sur le lieu même de leur travail » [20]. On ne peut s’empêcher de repenser à quelques lignes annonciatrices de La Barbarie que Christophe Dejours ne cite pas mais qu’il n’ignore certainement pas : « Dès le début de la première révolution industrielle et comme le simple effet du remplacement progressif de la ‘‘force de travail’’ par des énergies naturelles, il était possible de pressentir la réduction de l’activité des travailleurs à un travail de surveillance, lequel signifie l’atrophie de la quasi-totalité des potentialités subjectives de l’individu et ainsi un malaise et une insatisfaction croissante » [21].
Je laisserai le denier mot à Christophe Dejours parce qu’il conclut son propos sur une invitation intelligente à relire Henry. « Cette évolution désastreuse et ruineuse n’a rien d’inéluctable. Elle dépend d’abord et avant tout du consentement de nos contemporains à apporter leur concours à des organisations du travail qui déshonorent la vie, et sont fondés sur des contresens aberrants quant aux rapports entre le travail et la vie. Mais beaucoup d’entre eux s’exécutent sans y penser […] Les rapports entre le travail, la technique et la vie dont les lignes de forces ont été dégagées par Michel Henry, ne sont pas suffisamment repris, commentés, approfondis par les philosophes après Michel Henry. De sorte qu’ils sont aussi insuffisamment connus et pensés par nos contemporains. Il se pourrait que ce défaut de pensée soit en cause dans la résignation caractéristique de notre temps » [22].
Notes
[1] J.-M. BROHM et J. LECLERCQ (dir.), Michel Henry, Lausanne, L’Age d’homme, coll. « Les dossiers H », 2009, 552 pp.
[2] J. GREISCH et A. DAVID (dir.), Michel Henry, l’épreuve de la vie, Paris, Cerf, coll. « La nuit surveillée », 2001, p. 489.
[3] Ibid., p. 491.
[4] Michel Henry, op. cit., p. 13.
[5] Ibid., p. 15.
[6] Ibid., p. 16
[7] Ibid., p. 19.
[8] M. HENRY, Phénoménologie de la vie, 4 t., Paris, PUF, coll. « Epiméthée », 2003-2004 ; ID., Auto-donation, Paris, Beauchesne, coll. « Prétentaine », 2002 ; ID., Entretiens, Arles, Sulliver, 2005.
[9] Michel Henry, op. cit., p. 53.
[10] Ibid., pp. 55-60.
[11] Ibid., pp. 124-147
[12] Ibid., p. 353
[13] Ibid.
[14] Michel Henry, op. cit., pp. 353-354.
[15] Ibid., p. 354
[16] Sur cette question, on se référa par exemple à l’interview de Renaud Barbaras publiée sur ce site : http://www.actu-philosophia.com/spip.php ?article69
[17] Michel Henry, op. cit., p. 354.
[18] M. HENRY, La Barbarie, Paris, Grasset, 1987, 2004, pp. 81-83.
[19] Michel Henry, op. cit., pp. 353-354.
[20] Ibid., p. 354.
[21] M. HENRY, La Barbarie, que nous citons dans l’édition Paris, PUF, coll. « Quadrige », 2004, p. 92.
[22] Michel Henry, op. cit., pp. 353-354.
Un article de Benoît Kanabus
Belge de Picardie wallonne, Benoît Ghislain Kanabus est Aspirant du Fonds National de la Recherche Scientifique (FNRS), rattaché au Centre de Philosophie du Droit (CPDR) à l’Université catholique de Louvain (UCL). Il prépare une thèse dans le domaine de la philosophie de la religion à partir des travaux de Michel Henry, sous la direction de Marc Maesschalck.

Lien vers le site Actu Philsophia via le titre de cet article

mardi 4 août 2009

Le Réel voilé

Je prolonge la méditation sur le voile engagée pour l'exposition Vivre d'Amour avec Sainte Thérèse de Lisieux avec un texte très dense de Annick de Souzenelle sur ce thème du voile.
Annick de Souzenelle a consacré sa vie à dévoiler le sens ontologique de la Genèse, un sens qui nous est resté voilé par des siècles de traductions erronées, superficielles, rigidifiées, opérées par des hommes très sages et savants aux yeux du monde, mais qui n'avaient pas atteint la connaissance intérieure susceptible d'ouvrir leurs âmes et leurs coeurs à l'Écoute de ce sens profond qui leur resta caché. Il arrive que ce sens se révèle aux petits et aux humbles, à ceux qui, comme Thérèse, se reconnaissant incapables de se donner la vie à eux-mêmes, se connaissent alors vivant par la grâce de Celui qui leur donne sa Vie par Amour. Ces petits et ces humbles traversent le voile de la vanité humaine et naissent une seconde fois dans la Vérité qui est la Vie. Ils la connaissent et se réjouissent de vivre de cette Vie ; ils lisent, éprouvent, écrivent, créent, aiment... au Nom de l'Amour Vivant qu'ils ont épousé. Thérèse s'était voilée au regards du monde pour s'en libérer afin d'ouvrir son coeur à l'Écoute pour que se dévoile à elle Celui dont elle désirait devenir l'Épouse.




Voici le texte intitulé Des vêtements sombres de nos soeur orientales.
"Aujourd’hui, Burqa et Niqab ont fait irruption dans nos pays occidentaux et font la une de nos journaux. Les uns s’indignent, les autres tolèrent, des lois se dressent, interdisant ici, posant des limites là, provoquant des réactions plus ou moins violentes. Bref, un problème se pose avec lequel on est mal à l’aise et qui, surtout, comme beaucoup d’autres, est traité dans les limites de sa réalité observable, sans que l’on se donne la peine d’entrer au cœur de ce qu’il signifie. Car tout évènement insolite dans la vie de chacun est un face à face qui renvoie à une problématique intérieure et demande à être traité par l’intérieur.
Il en est de même pour le collectif. Nous sommes devant un évènement qui nous parle. Ces femmes voilées, voire revêtues de vêtements les plus sombres même si elles ne le savent pas, nous parlent. Elles sont l’expression d’un inconscient collectif, le féminin de nos profondeurs, totalement bloqué, non « épousé », qui hurle la souffrance de sa stérilité.
Les physiciens de physique quantique connaissent aujourd’hui l’existence du « Réel voilé » de toute chose.
En l’Homme il est admirablement décrit dans les mythes qui ne parlent que de l’Homme intérieur et donc de son autre « côté » qui n’a jamais été une « côte » de laquelle est créé la femme, mais de ce côté de nous encore inconnu, mystérieux, riche d’un potentiel inouï et lourd du noyau informateur de son devenir.
Cette information invite l’Homme – tout être humain – à pénétrer cet autre côté de lui, à « épouser » ce féminin voilé, intérieur à lui, pour en intégrer les énergies et le conduire à un autre niveau de conscience, c'est-à-dire à faire émerger en lui et à l’extérieur de lui, un autre niveau du Réél, une autre dimension de la vie.
Ces énergies non épousées se retournent en violences entre nous : maladies, meutres, accidents, tragédies. Ignorant ce « plus être », nous compensons par une accumulation de l’avoir, mortifère.
Nos sœurs orientales posent un problème qui, bien sûr, en lui-même, relève d’une culture qui devra, comme la notre s’approfondir, mais ce qui nous est demandé à nous, c’est de l’appréhender avec un regard autre que celui de la culture.
Il s’agit du regard qui voit en la femme orientale l’objectivation du féminin situé à l’orient de notre intériorité ; et dans les voiles obscures qui la recouvrent, l’opacité de ce pôle de notre être tenu prisonnier au fond de sa geôle, incapable de délivrer sa richesse.
Ces vêtements sombres tomberont d’eux-mêmes le jour où nous nous retournerons vers cet autre « côté » de nous, celui qui détient la réponse à nos misérables problèmes d’aujourd’hui et la promesse de notre royauté !"

Annick de Souzenelle.

Pour accéder à son site cliquez sur le lien sur ce blog

Illustration : mon tableau de 1997 intitulé Voile, huile sur toile

lundi 13 juillet 2009

Grâce 4562009 pour Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face



Cette vidéo, intitulée Grâce 4562009 pour Sainte Thérèse, est un fragment infime du film infini qui se déroule sans cesse sous nos yeux dans le monde sans que nous y prêtions attention. Ce miracle qu'est l'apparition du visible ne se déroule pas seulement hors de nous mais en vérité en nous, car c'est en nous que tout ce que nous voyons, entendons et éprouvons est vu, entendu et éprouvé. En nous cela veut dire dans et par notre corps vivant, notre corps affectif, un corps à tout jamais invisible aux yeux du monde, un corps tellement oublié et meurtri de nos jours que l'on pense même qu'il n'existe pas : notre âme. Notre âme invisible, qui est le réceptacle de la vie et de sa Lumière, le lieu de l'écoute du Verbe et de l'Esprit qui fait croître, se trouve voilée par la visibilité même de l'apparaître du monde et par sa copie spectaculaire, continuellement agitée et non animée par une âme, qui nous fascine au point de nous fait croire à cette folie que le voir a lieu dans le monde et ses écrans, là où rien pourtant n'est jamais vu, ni vécu !
Ces questions sur le voir, sur l'âme et son oubli, devraient être au coeur de la praxis des artistes et des arts visuels qui ont pour tâche première de réanimer nos corps affectifs, très endommagés par le spectacle, sa laideur et sa morbidité, d'ouvrir les yeux de l'âme et du coeur afin de ressusciter en nous la vie invisible, jetée et perdue dans le néant du monde.
Ce petit film a été réalisé pour l'exposition Vivre d'Amour du groupe Grâce présentée à Bruxelles en l'Église des Minimes et dédiée à Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face, plus connue sous le nom de Thérèse de Lisieux. Cette jeune carmélite, morte à 24 ans, qui vécut à la fin du 19° siècle, avait compris toutes ces choses dans son coeur alors que commençait pour le monde le règne de l'aveuglement universel par l'image, à savoir celui de la barbarie de la technique, dans lequel nous serons encore plongés longtemps. La jeune Thérèse comprend que tous nos savoirs et tous nos pouvoirs sont vanités car, aussi puissants que nous pensions être, nous sommes incapables de nous donner la vie à nous mêmes et que c'est de la Vie que nous recevons tous nos pouvoirs... Thérèse comprend cette vérité première que la vie nous vient de la Vie - et pour elle comme pour tous les chrétiens la Vie est le Nom même de Jésus, de Dieu.
Pour aller vers la Vie, elle décide donc de l'aimer comme son Bien le plus précieux, son Bien-Aimé. Pour cela elle se retire du monde, un monde qui toujours nous voile la Vie, pour prendre le voile de la vie religieuse, le voile de l'épouse du Vivant. Ce voile de la carmélite a deux côtés, du côté extérieur il protège du monde apparent, de ses regards malveillants et de ses illusions ; de l'autre, intérieur, il est tourné vers la vie cachée de l'âme sur lequel peut venir rayonner la Lumière de la Vie véritable, celle de l'Époux divin. Thérèse comprend ainsi que la vie nous est donnée gratuitement par Amour, dans le seul but que nous l'aimions librement. Elle comprend que c'est par l'amour absolu de la Vie, par le don total d'elle même à Celui qui nous la donne que la vie devient éternelle, se fait l'Éternel aujourd'hui, éternel paradis, éternelle jouissance. Elle connaît alors par le coeur le Principe qui est venu retourner le monde et les hommes sur eux-mêmes pour les sauver : l'Amour qui est plus fort que la mort ! Thérèse passe ainsi à travers tous les voiles et par le Saint Nom Vivant elle devient Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face, l'Épousée de la Vie.
À suivre...

mardi 7 juillet 2009

Tout est grâce pour Thérèse

Quelques nouvelles de notre Exposition d'été, intitulée Vivre d'Amour, dédiée à Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face et présentée à l'Église des Minimes à Bruxelles, avec les artistes Alain Cavalier, Michel Farin & Denis Vasse, Louis Georges, Saskia Weyts, Luigi Guerra, Robert Empain...



Tout est grâce ! nous dit Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face. Oui. Tout est grâce ! Tout ce dont nous pouvons jouir sur cette terre et au delà. Cependant, avant les grâces de ce tout il y a la grâce initiale sans laquelle ce tout, et nous avec lui, ne serions que néant : la Vie. Thérèse comprend cette vérité première, simple et fulgurante, qui est à la fois le dessein divin pour les hommes : Dieu, qui est la Vie et l'Amour, nous donne gratuitement la vie sans rien exiger de nous, hormis que nous donnant la vie il aspire à ce que nous accédions librement à l'Amour, que nous nous rendions ainsi capables d’aimer, comme Lui nous aime, de devenir ses enfants, de nous connaître et de renaître alors comme ses fils dans l'Amour et la Vie infinies.
Mais Thérèse comprend encore que tout comme nous recevons la vie de Dieu c'est aussi de Lui que nous recevons l'amour, la capacité d'aimer. Il n'est plus alors pour elle qu'une voie directe et courte pour accomplir le dessein divin, celle de l'Abandon total d’elle même à l'Amour de Dieu. C'est sa petite voie, celle des humbles, celle de ceux qui se savent et se font petits et faibles comme des enfants, celle de l'Enfance spirituelle. C'est la Voie de l'Amour qui est celle de la connaissance de la Vie et de la Vérité.

Thérèse offre une voie toute tracée à ceux qui voudraient la suivre dans une époque mourant de sa vanité, de sa cupidité et de sa mécréance. Grâce à Dieu, nombreux sont ceux qui l'ont trouvée et s'y sont engagés.

Vivre d'Amour est le titre d'un poème de Thérèse dans lequel elle confirme sa petite voie, sa vocation de carmélite : Ma vocation c'est l'amour ! dit-elle lors de sa prise du voile, de ses voeux.
Vivre d'Amour c'est aussi le titre que nous avons choisi pour l'exposition d'été de notre petit groupe d'artistes, Grâce, consacrée à Sainte Thérèse dans l'Église des Minimes à Bruxelles qui nous accueille avec amitié.
Pour mémoire, Grâce est le nom d’un groupe informel d'artistes, plasticiens, cinéastes, musiciens, écrivains, poètes, qui, depuis 2002, s'exposent librement et gracieusement autour de thèmes spirituels et qui cherchent ainsi à propager un peu de grâce, de gratuité, d'amitié et de sens dans ce monde de plus en plus lourdement frappé par la disgrâce, le calcul, le rejet et l'absurdité.

Peu de temps avant de quitter ce monde pour rejoindre son Bien-Aimé, Thérèse dit à ses proches : je ne meurs pas, j'entre dans la vie. Elle ajoute : je veux passer mon ciel à faire du bien sur la terre et après ma mort, je ferai tomber une pluie de roses...



Une pluie de roses et de notes par Grâce
Un départ joyeux et lumineux de cette exposition a été donné le 21 juin à 21h où nous avons vécu ce moment mémorable durant lequel un rayon de soleil traverse à l'horizontale, d'Ouest en Est, l'Église des Minimes et vient illuminer le Nom Christus inscrit en haut du coeur. Ce moment fut accompagné d'une longue pluie de pétales de roses tombant du ciel de la coupole et d'un récital d'orgues. Les artistes à l'oeuvre pour la pluie de roses étaient Robert Empain, Saskia Weyts et Luigi Guerra. Louis Georges était à l'oeuvre pour le récital d'orgues. Une vidéo de cette Grâce 21062009 sera projetée durant l’été dans le Baptistère, la petite chapelle latérale gauche de l'église.



Thérèse un film d'Alain Cavalier
Simple et radical, ce film est un pur moment de grâce. Il questionne la sainteté à travers la brève vie de Thérèse Martin, la jeune carmélite. Ce film fut ovationné au Festival de Cannes 1986 où il reçut le Prix du Jury. Il fut plébiscité aux Césars l'année suivante avec six récompenses dont celles du meilleur film, meilleur réalisateur et du meilleur scénario. Alain Cavalier parlant de Thérèse dit "c'est l'histoire d'une âme nue face à un Dieu nu." Grâce soit rendue ici à Alain Cavalier qui a accepté que nous projetions son film pour cette exposition. Son regard dépouillé et aimant sur Thérèse est montré tous les matins dans le Baptistère, situé dans la petite chapelle latérale.


Voile 07091896. Jésus n'a pas besoin de nos oeuvres mais seulement de notre amour. Il trouve hélas peu de coeurs qui comprennent la tendresse de son Amour infini. Dévoilé à Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face.

Voiles, installation et papiers de soie de Robert Empain
Il n'est pas nécessaire de faire des oeuvres éclatantes, mais de se cacher, écrit Thérèse. En Amour change toutes mes oeuvres demande-t-elle au Seigneur. J'ai compris que sans l'amour toutes les oeuvres ne sont que néant, même les plus éclatantes, comme de ressusciter les morts ou convertir les peuples, ose-t-elle écrire avec Saint Paul. Ces paroles de Thérèse s'adressent à tout homme qui désire faire une oeuvre de sa vie. Les artistes sont de ceux la. Thérèse nous pose à tous les questions essentielles : où nos oeuvres doivent-elles avoir lieu, dans l'éclat du monde visible ou dans l'invisible lumière de la Vie? Que visons-nous par nos oeuvres, l'éphémère renommée dans la société des hommes ou la naissance secrète et éternelle dans l'Amour de Dieu? Par ces paroles et ses actes, Thérèse nous montre sa petite voie et la réponse à ces questions, celle du don et de l'Abandon à l'Amour, une voie paradoxale qui restera incompréhensible dans la logique du monde, une voie qui dit que c'est en se cachant sous le voile de l'humilité, de la simplicité et de la charité, c'est-à-dire en rendant toutes nos oeuvres à Dieu qui est Source de Tout, que nous oeuvrons véritablement.
L'auteur de ces lignes vous invite à méditer cette voie paradoxale du voile au travers un simple voile blanc posé devant l’alcôve où se trouve la statue de Sainte Thérèse. Un voile qui cache mais qui espère pourtant nous faire ressentir le mystère de l’Abandon à l’Amour duquel nait en notre coeur l’Enfant de Dieu que nous sommes tous appelés à devenir. Ici et là dans l’église, il a accroché des paroles magnifiques de Thérèse transcrites sur de fragiles papiers de soie. Elles laisseront transparaître à nos coeurs leurs sens cachés. Il propose également dans la chapelle latérale de nouvelles séquences de son film infini, Mille grâces mille larmes de joie réalisées pour cette exposition sur les thèmes du voile, de l'apparent et du caché, des fleurs qui prient, de la Sainte Face et de l'Enfant Jésus...



Père, Mère et Enfants peintures de Saskia Weyts
Saskia suit son coeur et se donne dans tout ce qu'elle fait : peindre, enseigner le dessin, vivre. Elle a choisi pour cette exposition trois tableaux récents montrant des Mères, des Pères et des enfants.
Elle les a placés en regard du Christ crucifié, de Thérèse et de Saint Pierre.




Histoire printanière d'une petite fleur blanche, un film de Denis Vasse et Michel Farin. Denis Vasse est psychanalyste, jésuite et médecin. Il travaillait sur les écrits de Thérèse quand Michel Farin, jésuite et cinéaste, lui a proposé de faire une émission sur ce travail. En 1998, les éditions du Seuil lui ont proposé de l'éditer sous le titre : La souffrance sans jouissance ou le martyre de l'amour. Ce film documentaire a été diffusé dans l'émission Le Jour du Seigneur en 1997. Il s'intitule Histoire printanière d'une petite fleur blanche, reprenant ainsi le titre du manuscrit écrit par Thérèse et dédié à sa Révérende Mère Agnès de Jésus. Ce film documentaire est projeté dans la petite chapelle latérale.

Grâce

Exposition gratuite, ouverte tous les jours de 10h à 13h du 21 juin au 20 septembre 2009

À suivre également les Concerts quotidiens du festival MIDIS MINIMES jusqu'au 28 août à l'Église des Minimes et au Conservatoire de Musique tout proche. Informations : 00 32 (0)2 512 30 79 & www.midis-minimes.be

Informations sur tous les événements de l'été à l'Église des Minimes : http://paroissiensdesminimes.blogspot.com/

jeudi 18 juin 2009

Vivre d'Amour. Notre exposition d'été.

L'exposition d'été du groupe Grâce est consacrée à Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face, elle aura lieu à l'Église des Minimes à Bruxelles du 21 juin au 21 septembre ; on y verra des oeuvres d'Alain Cavalier, Michel Farin & Denis Vasse, Louis Georges, Saskia Weyts, Luigi Guerra, Robert Empain...





Vivre d'Amour est le titre d'un poème de Thérèse dans lequel elle exprime et confirme sa vocation de carmélite : "ma vocation c'est l'amour ! " avait-elle dit lors de sa prise du voile (texte ci dessous).
Vivre d'Amour c'est le titre qui s'est imposé à moi pour l'exposition d'été de notre petit groupe d'artistes - Grâce - consacrée à Sainte Thérèse à l'Église des Minimes à Bruxelles. Pour mémoire, Grâce est un groupe informel d'artistes, plasticiens, cinéastes, musiciens, écrivains..., qui depuis 2002 s'exposent librement et gracieusement autour de thèmes spirituels que je leur propose et qui cherchent ainsi à propager un peu de grâce, d'amitié et de sens dans un monde de plus en plus lourdement frappé par la disgrâce, le rejet et l'absurdité.




Un départ joyeux et lumineux de cette exposition sera donné le 21 juin vers 19 h par une pluie de roses que nous ferons tomber, Luiigi Guerra et moi, du haut de la coupole dans le coeur de l'Église et ensuite à 20h30 h où nous vivrons, si le soleil y est disposé, le fugace moment durant lequel un rayon traverse à l'horizontale l'Église des Minimes d'ouest en est pour illuminer le Nom Christus inscrit en haut du coeur. Ce moment sera accompagné d'un petit récital d'orgues par Louis Georges.




L'exposition se développera ensuite du 22 juin au 20 septembre et présentera le film Thérèse de Alain Cavalier, le film Histoire printanière d'une petite fleur blanche de Michel Farin et Denis Vasse, des petites peintures de Saskia Weyts, des oeuvres, installations et vidéos, de Robert Empain. Il se peut encore que d'autres artistes apporteront leur contribution en cours de route...

Pour l'exposition d'automne quelques artistes auront je l'espère abouti leur travail d'été inspiré par Thérèse et l'Amour de la Vie et pourront se joindre à nous pour une suite...
Durant tout l'été des dizaines de concerts sont donnés dans l'Église des Minimes ; le programme complet et les horaires de tous ces événements sont publiés sur le blog de l'Église des Minimes - lien sur ce blog.
Je publierai ici tout l'été des textes, oeuvres, photos et commentaires en relation avec cette exposition.



Voici le poème de Thérèse
Vivre d'Amour

Au soir d’Amour, parlant sans parabole

Jésus disait : "Si quelqu’un veut m’aimer

Toute sa vie qu’il garde ma Parole

Mon Père et moi viendrons le visiter.

Et de son coeur faisant notre demeure

Venant à lui, nous l’aimerons toujours !…

Rempli de paix, nous voulons qu’il demeure 

En notre Amour !…"

Vivre d’Amour, c’est te garder Toi-Même 

Verbe incréé, Parole de mon Dieu, 

Ah ! tu le sais, Divin Jésus, je t’aime

L’Esprit d’Amour m’embrase de son feu

C’est en t’aimant que j’attire le Père

Mon faible coeur le garde sans retour.

O Trinité ! vous êtes Prisonnière 

De mon Amour !…

Vivre d’Amour, c’est vivre de ta vie, 

Roi glorieux, délice des élus. 

Tu vis pour moi, caché dans une hostie

Je veux pour toi me cacher, ô Jésus !

A des amants, il faut la solitude 

Un coeur à coeur qui dure nuit et jour

Ton seul regard fait ma béatitude

Je vis d’Amour !…

Vivre d’Amour, ce n’est pas sur la terre 

Fixer sa tente au sommet du Thabor. 

Avec Jésus, c’est gravir le Calvaire, 

C’est regarder la Croix comme un trésor !…

Au Ciel je dois vivre de jouissance 

Alors l’épreuve aura fui pour toujours 

Mais exilée je veux dans la souffrance 

Vivre d’Amour.

Vivre d’Amour, c’est donner sans mesure 

Sans réclamer de salaire ici-bas

Ah ! sans compter je donne étant bien sûre

Que lorsqu’on aime, on ne calcule pas !… 

Au Coeur Divin, débordant de tendresse 

J’ai tout donné… légèrement je cours

Je n’ai plus rien que ma seule richesse

Vivre d’Amour.

Vivre d’Amour, c’est bannir toute crainte 

Tout souvenir des fautes du passé. 

De mes péchés je ne vois nulle empreinte,

En un instant l’amour a tout brûlé….. 

Flamme divine, ô très douce Fournaise !

En ton foyer je fixe mon séjour 

C’est en tes feux que je chante à mon aise : 

« Je vis d’Amour !… »

Vivre d’Amour, c’est garder en soi-même

Un grand trésor en un vase mortel 

Mon Bien-Aimé, ma faiblesse est extrême 

Ah je suis loin d’être un ange du ciel !…

Mais si je tombe à chaque heure qui passe 

Me relevant tu viens à mon secours,

A chaque instant tu me donnes ta grâce

Je vis d’Amour.

Vivre d’Amour, c’est naviguer sans cesse

Semant la paix, la joie dans tous les coeurs 

Pilote Aimé, la Charité me presse 

Car je te vois dans les âmes mes soeurs 

La Charité voilà ma seule étoile

A sa clarté je vogue sans détour 

J’ai ma devise écrite sur ma voile :

« Vivre d’Amour. »

Vivre d’Amour, lorsque Jésus sommeille 

C’est le repos sur les flots orageux

Oh ! ne crains pas, Seigneur, que je t’éveille 

J’attends en paix le rivage des cieux… 

La Foi bientôt déchirera son voile 

Mon Espérance est de te voir un jour 

La Charité enfle et pousse ma voile

Je vis d’Amour !…

Vivre d’Amour, c’est, ô mon Divin
Maître 
Te supplier de répandre tes Feux 

En l’âme sainte et sacrée de ton Prêtre

Qu’il soit plus pur qu’un séraphin des cieux !…

Ah ! glorifie ton Eglise Immortelle 

A mes soupirs, Jésus ne sois pas sourd 

Moi son enfant, je m’immole pour elle

Je vis d’Amour.

Vivre d’Amour, c’est essuyer ta Face 

C’est obtenir des pécheurs le pardon

O Dieu d’Amour ! qu’ils rentrent dans ta grâce

Et qu’à jamais ils bénissent ton Nom….

Jusqu’à mon coeur retentit le blasphème 

Pour l’effacer, je veux chanter toujours :

"Ton Nom Sacré, je l’adore et je l’Aime

Je vis d’Amour !…"

Vivre d’Amour, c’est imiter Marie,

Baignant de pleurs, de parfums précieux,

Tes pieds divins, qu’elle baise ravie 

Les essuyant avec ses longs cheveux… 

Puis se levant, elle brise le vase 

Ton Doux Visage elle embaume à son tour.

Moi, le parfum dont j’embaume ta Face

C’est mon Amour !…

« Vivre d’Amour, quelle étrange folie ! »

Me dit le monde, " Ah ! cessez de chanter, 

Ne perdez pas vos parfums, votre vie,

Utilement sachez les employer !…
" 
T’aimer, Jésus, quelle perte féconde !…

Tous mes parfums sont à toi sans retour,

Je veux chanter en sortant de ce monde :

« Je meurs d’Amour ! »

Mourir d’Amour, c’est un bien doux martyre 

Et c’est celui que je voudrais souffrir. 

O Chérubins ! accordez votre lyre, 

Car je le sens, mon exil va finir !… 

Flamme d’Amour, consume-moi sans trêve 

Vie d’un instant, ton fardeau m’es bien lourd ! 

Divin Jésus, réalise mon rêve : 
Mourir d’Amour !…
Mourir d’Amour, voilà mon espérance 

Quand je verrai se briser mes liens 

Mon Dieu sera ma Grande Récompense

Je ne veux point posséder d’autres biens. 

De son Amour je veux être embrasée

Je veux Le voir, m’unir à Lui toujours 

Voilà mon Ciel… voilà ma destinée :

Vivre d’Amour !!!…

Illustrations de cet article : Affiche de l'exposition, merci de la télécharger et de la diffuser ; image du film Thérèse, photo 1 : coeur de l'Église des Minimes, photo 2 :Statue de Sainte Thérèse effleurée par ma main, mai 2009

vendredi 12 juin 2009

L'Esprit de joie d'Olivier Messiaen

Parmi les Vingt Regards sur l'Enfant Jésus que donna Olivier Messiaen, voici le X°, intitulé " Regard de l'Esprit de joie".
Que le regard s'écoute, que la Parole se regarde, que les sons se voient en couleurs, cela n'étonnait pas Olivier Messiaen, qui avait reçu ses dons de Jésus en personne, comme nous tous d'ailleurs, car nous sommes nous aussi des enfants de l'Esprit de joie, c'est de l'avoir oublié que tant d'hommes sont si tristes.



Les autres Regards peuvent être écoutés sur YouTube...
Pour écouter les entretiens d'Olivier Messiaen cliquez sur le titre de cette note.

jeudi 11 juin 2009

Annick de Souzenelle, le Verbe divin parle à celui qui écoute



Annick de Souzenelle  Séminaire "Les anges"  

Dimanche 4 octobre 2009, de 10 à 18h, à Bruxelles


Mathématicienne, jungienne et chrétienne orthodoxe, Annick de Souzenelle a consacré sa vie à traduire et à pénétrer les textes hébreux de la Bible, en particulier celui la Genèse, à la lumière des spiritualités juives et chrétienne. Elle a libéré ce texte fondateur de l'humanité des erreurs des traductions historiques, ignorantes et incompréhensibles sur bien des points, qui ont égarés les hommes et les femmes pendant deux mille ans dans une suite consternante de méprises et de contresens sur Dieu, la Création du monde, le Projet divin pour l'Homme, le péché, la mort et la résurrection, la relation et le rôle de l'homme et la femme, le sexe, la culpabilité, la Loi, le Déluge, la continuité entre Ancien et Nouveau Testaments, le rôle des mythes etc. 

Elle fait entendre de nouveau à l'homme qui veut bien écouter le Verbe vivant et aimant de YHWH - JE SUIS - qui appelle chacun de nous a accomplir sa filiation divine...   


      




"Les anges sont les hiérophantes de Dieu, écrit-elle, 

à l'image des Energies divines incréées, ils sont créés et s'expriment à notre niveau dans les mondes minéral, végétal et animal. Ils habitent le monde "imaginal", non imaginaire, ce que la Bible appelle les "cieux" et les physiciens d'aujourd'hui le "Réel voilé", c'est-à-dire l'autre "côté" de nous, à l'intérieur de nous, et de toute chose à l'extérieur.  Ils ne cessent de chanter la Gloire de Dieu et de porter jusqu'à nous la lumière divine et les messages que nous avons à entendre. Ils incarnent les lois qui jalonnent la dynamique du chemin de l'Homme vers Dieu, mais sont aussi porteurs, avec cette rigueur, de l'infinie tendresse divine."

Séminaire organisé par l'association "Initiations", information et réservation sur leur site en lien avec le titre de cette note.

En illustration "Ange" une aquarelle de 1994

Voir aussi le lien sur ce blog avec le site de Annick de Souzenelle où l'on trouvera une présentation de ses nombreux livres.

mercredi 3 juin 2009

Grâce 30052009 -Petite pluie de roses à Mérigny



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Ode à la vie, ode à l'amitié, une prière pour Alain Bashung





Alain Bashung venait de mourir et tu étais venu, Patrick, voir tes amis en Belgique, je t'ai logé quelques jours et un soir nous avons parlé de lui. J'ai du te dire cette Parole du Christ : Laissez les morts enterrer les morts et nous avons évoqué sa mémoire, sa maladie, son envolée et ce livre que tu as fait de tes longs entretiens avec lui. Nous l'avons pleuré à la façon des mécréants de ce temps, en errant sur la toile des spectres virtuels pour lui arracher des lambeaux de ses chants dispersés dans la nuit. C'est ainsi pourtant que Bashung a repris vie en nous : sa voix, ses mots, ses questions, ses images, ses climats, ses troubles, ses appels étreignaient à nouveau nos vies pour n'en faire qu'une, par empathie, car il n' y a qu'une seule vie l'ami, celle que nous croyons perdue et que nous cherchons là au dehors, là où elle ne paraît jamais sinon en vestiges évanescents et en appels désespérés : " je n'étais qu'une ébauche au pied de la falaise... j'ai fait le mort t'étais pas née... t'accaparer seulement t'accaparer...". Et ainsi nous reviennent notre exil et les bribes du paradis nié : "entre tes doigts l'argile prend forme... ou subsiste encore ton écho... des fois je prie des fois j'me fois réfugie...". Et des contritions remontent des paroles qui guérissent : " je t'ai manqué! pourquoi tu me visais!... mon ange je t'ai trahi... mon coeur a cessé de vivre de me donner la vie si loin de moi... ". Et puis, au fond de l'âme vaincue, des lueurs revenues : " toutes ces choses guidées par une étoile... première à éclairer la nuit... sommes nous le souvenir? " Oui, et dès que nous le sommes, nous rendons grâce : "ode à la vie, ode à la poésie, ode à la parole... " .
Laissons les morts enterrer les morts et le néant s'anéantir tout seul, laissons la Vie nous étreindre à nouveau, vivons nous les vivants, aimons nous les aimés!
La mort n'atteint que nos corps provisoires, non pas nos âmes éternelles, ni notre chair spirituelle, qui s'en libèrent... Souvenons nous de Rimbaud s'adressant à l'Aimée pour lui dire, soumis et sauvé : "mon âme éternelle observe ton voeu!".
Je sais, nombre d'âmes exilées préféreront les labyrinthes obscurs, l'errance et les lamentations, ne sachant plus ce qu'elles cherchent, perdant jusqu'au souvenir du voeu qui les veut en vie, elles demanderont la mort. C'est pour elles, et contre elles souvent, que nous chanterons la vie, que nous ferons des tableaux et des livres, et que nous détraquerons à plaisir les automates qui gouvernent le monde.
Car nous savons que là où Bashung et ses semblables reprennent vie, tout au fond de nous, dans la Vie de Celui qui nous veut, là seulement est le passage, là est l'amour vrai et la vraie vie des hommes, là sont ceux qui prient et qui rient avec Elle. Amen ! R.E. Mérigny Pâques 2009


Illustration : Deux visages en un. Une collage de 2009.
Accéder au site en cliquant sur le titre de cet article.

mardi 12 mai 2009

Grâce à Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face





 JE LANCE AUX ARTISTES UN NOUVEL APPEL À S'EXPOSER CET ÉTÉ AVEC NOUS


"Tout est grâce" dit Sainte Thérèse de Lisieux. La petite Thérèse est une Étoile à suivre dans notre nuit obscure. Une enfant élevée par Jean-Paul II au rang de Docteur de l'Église car cette enfance n'a rien de naïf ni de mièvre puisqu'elle est l'enfance de la seconde naissance, celle de la naissance spirituelle dans la vraie Vie, comme dit son contemporain Arthur Rimbaud, une naissance dans l'Amour sans laquelle il n'y a pas de connaissance véritable. 
C'est pourquoi Thérèse, pour ceux qui voudraient s'en approcher, est l'antidote à notre époque mourant de sa cupidité, de ses vains savoirs et de sa négation. Nos docteurs économistes, appelés au secours de la crise récente, oseront-ils dire la Vérité et préconiser la seule loi économique qui sauverait le monde et dont Thérèse a fait sa devise de carmélite : "L'Amour ne se paie que par l'amour" ou reconduiront-ils la loi du monde, qui est son exact contraire : la haine ne se paie que par la haine, la mort ne se paie que par la mort ?



Thérèse offre tout ce qu'elle a au Christ Jésus: sa jeunesse, sa vie, son amour. Jésus son Époux n'est pas n'importe qui, il est en vérité le Premier Venu, le Premier Venu dans la Vie, il est la source de toute vie et de tout amour. Son Nom a pour racine YHWH, le Tétragramme qui signifie en hébreux, JE SUIS - JE VIS. 
Thérèse rejoint son Bien Aimé en 1897 à l'âge de 24 ans. Par grâce, Il lui épargna de vivre en ce XX° siècle du monde qui allait payer sa vaine puissance par des centaines de millions de morts inutiles. Peu de temps avant son départ, elle dit "je ne meurs pas, j'entre dans la vie" et "ma seule arme est de jeter des fleurs". Elle promet : "je veux passer mon ciel à faire du bien sur la terre et après ma mort, je ferai tomber une pluie de roses..."




La prochaine exposition à l'église des Minimes à Bruxelles de notre petit groupe informel d'artistes, intervenant sous la bannière de Grâce, commencera le 21 juin. Elle se veut une prière à Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face pour que vienne l'Amour en ce monde, pour que changent les coeurs des hommes. J'invite une nouvelle fois les artistes qui se sentiraient concernés par un tel souhait à participer à cette exposition et à prendre contact avec moi. Je sais, aux Noms de Sainte Thérèse, de Jésus et d'Amour, ils verront se hausser les épaules, ils entendront ricaner les branchés, ils sentiront le mépris, voire la haine autour d'eux. Ils reconnaîtront ainsi leurs vrais amis des imposteurs et ils feront ainsi un pas vers eux-mêmes, vers la Vérité et la Vie qui les veut non pour haïr mais pour aimer. Qu'ils méditent cette phrase de Thérèse qui à elle seule suffit à retourner le monde, ses oeuvres et ses stars :"J'ai compris que sans l'amour toutes les oeuvres ne sont que néant, même les plus éclatantes, comme de ressusciter les morts ou convertir les peuples." 




Thérèse nous offre de nombreux thèmes pour cette exposition, l'Amour, l'enfance, la Sainte Face, le voile, les fleurs... Voici ce qu'elle écrit du Livre de la nature :

" Jésus, écrit-elle, a daigné m'instruire de ce mystère. Il m'a mis devant les yeux le livre de la nature et j'ai compris que toutes les fleurs qu'il a créés sont belles, que l'éclat de la rose et la blancheur du lys n'enlèvent pas le parfum de la petite violette ou la simplicité ravissante de la pâquerette... J'ai compris que si toutes les petites fleurs voulaient être des roses, la nature perdrait sa parure printanière, les champs ne seraient plus émaillés de fleurettes...
Ainsi en est-il dans le monde des âmes qui est le jardin de Jésus. Il a voulu créer les grands saints qui peuvent être comparés aux lys et aux roses, mais il en a aussi créés de plus petits et ceux-ci doivent se contenter d'être des pâquerettes ou des violettes destinées à réjouir les regards du bon Dieu lorsqu'il les abaisse à ses pieds. La perfection consiste à faire sa volonté, à être ce qu'il veut que nous soyons...
J'ai compris que l'amour de Notre Seigneur se révèle aussi bien dans l'âme la plus simple qui ne résiste en rien à sa grâce que dans l'âme la plus sublime. En effet le propre de l'amour étant de s'abaisser, si toutes les âmes ressemblaient à celles des Saints Docteurs qui ont illuminés l'Église par la clarté de leur doctrine, il semble que le bon Dieu ne descendrait pas assez bas en venant jusqu'à leur coeur, mais il a créé l'enfant qui ne sait rien et ne fait entendre que de faibles cris. Il a créé le pauvre sauvage n'ayant pour se conduire que la loi naturelle et c'est jusqu'à leur coeur qu'il daigne s'abaisser, ce sont là les fleurs des champs dont la simplicité le ravit...
En descendant ainsi, le bon Dieu montre sa grandeur infinie. De même que le soleil éclaire en même temps les cèdres et chaque petite fleur comme si elle était seule sur terre, de même Notre Seigneur s'occupe aussi particulièrement de chaque âme que si elle n'avait pas de semblables et comme dans la nature toutes les saisons sont arrangées de manière à faire éclore au jour marqué la plus humble pâquerette, de même tout correspond au lieu de chaque âme. " 
Extrait d'une lettre de Sainte Thérèse de Lisieux à la Révérende Mère Agnès

Illustrations de cette note : photographie de Thérèse - des mots écrits de sa main - images de Roses et de Cosmos de mon jardin l'été dernier

dimanche 10 mai 2009

Une étoile constante et vermeille


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Dimanche 26 avril 2009. Retour de la lumière. Je suis parti seul par les bois et les brandes à Saint-Pierre-les-Églises, un hameau sur la Vienne près Chauvigny. Je trouve là une petite église romane ornée de fresques effacées et un cimetière du IX° siècle entouré d'une nécropole plus ancienne encore transformée aujourd'hui en champs de fleurs. Ici reposent entremêlés des milliers de corps mélangés à la terre, aux pierres et aux racines des arbres et des plantes : cyprès, tilleuls, roses, colzas et blés.
La plupart des noms gravés sur les pierres tombales sont aussi effacés. Parcourant les allées, je prononce à voix basse les noms que je peux lire ici et là et je prie Dieu de rappeler chacun dans sa Lumière vivante par le Nom caché qu'Il lui a donné.



Je m'arrête devant une pierre tombale de forme curieusement arrondie et creusée d'une niche vitrée dont le fond est peint en bleu ciel et dans laquelle brille un petit soleil de dentelles et une couronne de palmes encadrant un portrait brûlé par le soleil et poli comme un miroir. Je m'y penche et vois mon propre visage à la place du visage disparu. Une épitaphe est gravée: À JÉSUS - ÉTERNELLE AURORE DES CIEUX LUIS DANS LA JOYEUSE PAIX MARIE-CONSTANCE-ÉMILIE ETOILE CONSTANTE ET VERMEILLE DOUCE VIERGE DE 20 ANS 7 MOIS ET 26 JOURS - 3 FÉVRIER 1867. Je songe à Thérèse de Lisieux morte à vingt quatre ans en 1897 et qui m'accompagne ici depuis trois semaines et je vois luire ensemble dans les Cieux de l'Aimé ces deux Étoiles vermeilles entourées d'âmes presque pareilles, celles de Marie Baudoux, de Mariette François, de Louis Gaillard et de Omer Empain, mes grands parents, celles de Marcelle Gaillard et de Robert Empain, mes parents, celle de Michel mon frère bien aimé mort lui aussi dans ses vingt ans, et celles de tous ceux que j'ai connus et qui sont passés dans la lumière de l'Amour ! Seigneur assemble tes enfants dans ta joie, retire nous de l'exil, prends dans tes bras toute ta famille égarée dans la poussière de l'oubli.

Dans l'église, les fresques du X° siècle apparaissent en disparaissant, on devine quelques silhouettes humaines noyées dans des taches ocres et rouges et à gauche une crucifixion aux couleurs de miel. Quelques lignes dessinent encore le corps du crucifié, un soldat lui tend l'éponge imbibée de vinaigre alors qu'Il avait dit j'ai soif ! Un autre soldat lui transperce le côté de sa lance alors qu'Il avait dit Père pardonne leur car ils ne savent pas ce qu'ils font et aussi Tout est accompli et enfin Père, en tes mains, je remets mon esprit. Au dessus de la croix, un soleil et une lune habités par deux anges fantomatiques émergent encore du mur.
Tout ici s'efface, se retire. C'est seulement ainsi pourtant que tout s'accomplit.

samedi 9 mai 2009

Retisser les fils de la toile


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Je suis de retour à Bruxelles pour deux semaines pour m'occuper de la prochaine exposition d'été à l'église des Minimes consacrée à Sainte Thérèse de Lisieux...
Je vous donnerai bientôt quelques nouvelles de ma retraite d'avril et quelques textes sur sainte Thérèse...

Il y a deux semaines ma boite aux lettres électronique est tombée en panne et ma boite postale était transformée, comme chaque année, en logis par une famille d'araignées et de fourmis (à suivre ci dessus) ; j'ai reçu peu de lettres et mes courriers électroniques se sont apparemment perdus. Si vous avez cherché à me joindre, je vous prie de le faire à nouveau à l'adresse suivante : robertempain@skynet.be

jeudi 2 avril 2009

Je m'en vais voir le printemps




Je pars un mois pour mon atelier de Mérigny. Là je n'ai ni adsl ni wifi mais il y a le renouveau du printemps et la résurrection de Pâques. Pour ressusciter dans la Vie il faut mourir au monde. Retour du blog en mai...

Grâce


 Image : Chemin faisant  - huile sur toile 2005


vendredi 27 mars 2009

D'où je vis

Encouragé par quelques lecteurs de ce blog, 
 je publierai des extraits de mes carnets 2007-2008, 
à mesure de leurs retranscriptions, sur mon site "D'où je vis". 


D’où je vis tu vis il vit nous vivons vous vivez ils vivent car où je vis est la Vie. 

D’où je vis j’aime tu aimes il aime nous aimons vous aimez ils aiment car où j’aime est l’Amour

D’où je vis j’écoute tu écoutes il écoute nous écoutons vous écoutez ils écoutent car où j’écoute est l’Ouïe

D’où je vis je vois tu vois il voit nous voyons vous voyez ils voient car où je vois est la Vue 

D’où je vis je sens tu sens il sent nous sentons vous sentez ils sentent car où je sens est l’Odorat

D’où je vis je touche tu touches il touche nous touchons vous touchez ils touchent car où je touche est le Toucher

D’où je vis je goûte tu goûtes il goûte nous goûtons vous goûtez ils goûtent car où je goûte est le Goût

D’où je vis je parle tu parles il parle nous parlons vous parlez ils parlent car où je parle est la Parole


Pour voir D'où je vis, cliquez sur le titre de cet article.


Image extraite de Grâce 15092008-Visage du Christ à la fenêtre de mon atelier 

à suivre ci dessous



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mercredi 25 mars 2009

Aujourd'hui, fête de l'Annonciation perpétuelle


 Un texte sur L'Annonciation de Robert Campin 
extrait de mon carnet de 1985 et publié dans L'oeil joyau. 


  

Le Musée Royal d’art ancien de Bruxelles est gratuit (1). J'y vais donc voir et revoir des tableaux, et parfois même un  tableau, aussi souvent et longtemps que je le souhaite. Aujourd'hui, je m’invite une heure chez Robert Campin alias Le Maître de la Flémalle.


Voir et revoir son Annonciation longtemps. Entrer dans le tableau, dans ce qui s’annonce là dans le temps peint : le tableau comme Ange, le tableau comme L'Annonciation même ! 

L’œil de Campin s’est démultiplié, les miens s’écarquillent. 

L’Ange Gabriel et la Vierge sont dans la même pièce, pourtant l’Ange semble être ailleurs, vraiment il apparaît. Les objets de la chambre - fenêtres, porte, table, cheminée, livre ouvert etc, - et les deux personnages, sont peints à la perfection, mais chacun d’un point de vue différent. Ils se donnent à voir de leurs points de vues propres, comme surgissant en eux-mêmes, de leurs corps. La lumière émanant de chacun, la précision de chaque détail, confèrent aux choses et aux corps une présence parfaitement surnaturelle, car la table est parfaitement table, le livre est parfaitement livre et ainsi de suite pour tout. Chaque chose est révélée selon sa vérité pure et paraît être présente en personne dans une simplicité majestueuse. Il s’agit de nous ravir, de nous ravir à l’espace perceptif familier, et de  nous conduire corps et âme, par le regard, hors du temps et de l’espace du monde humain, dans le temps de la Parole fécondante, engendrant la chair, le temps hors temps de l’Eternel, rencontrant ici notre maintenant, le temps divin, de la Vie, de la joie, de l'éternel présent. L’humour participant de la grâce, tout s’amuse, tout joue, tout jouit dans cette chambre où a lieu en ce moment la scène d’amour la plus incroyable de tous les temps !


Je songe une seconde au ridicule du mot cubisme qui viendrait marquer un progrès de la peinture, de la modernité en peinture. C'est un exemple de contagion du vocabulaire de la technique et de de l'idéologie moderniste dans l'art selon laquelle l'art progresserait en se géométrisant ! Nous voyons partout les conséquences fatales  de la stupidité moderniste dans les arts et les arts appliqués : laideur de l'architecture, des meubles, des objets, des outils etc,. Le modernisme technique a poussé les créateurs de formes à délaisser leur vision sensible, dont la source est spirituelle, pour se contenter de répéter machinalement et sans vue d'ensemble harmonieuse, les mêmes formes géométriques de base. Ils ont ainsi répandu partout l'uniformité, l'ennui et le dégoût de vivre en produisant industriellement des lieux et des objets sans vie, sans âme, des lieux et des objets inhumains, morts.  

Et la formule de Rimbaud « il faut être absolument moderne», mal comprise a eu des effets désastreux...


Mais je reviens à l'ami Robert Campin. 

Je m’attarde sur les plissés des robes et manteaux de l’Ange et de la Vierge. Les étoffes se plissent, s'effleurent et plissent la surface lisse et tissée du tableau. Elles s'aiment. Tout s'ouvre sans cesse dans cette peinture, tout s'annonce en tout, comme une fleur, un lys ou une rose, qui s’ouvrirait perpétuellement. Ces vêtements sont des capes. Le mot cape vient du latin cappa, d’où vient le mot chapelle en français, il signifie ce qui enveloppe, ce qui revêt. Ces vêtements, ces capes, se plissant et s’effleurant figurent alors ce qui nous enveloppe, ce qui nous voile : le voile de notre chair mortelle dans laquelle ici, à l’instant, une autre chair s’annonce : une chair de résurrection qui s’anime et jouit par la puissance d'une Parole qui dit « Ave Maria Gracia Pleina ». La Rédemption commence à l’instant de l'Annonciation, qui est celui de l’Incarnation du Verbe dans la chair humaine et l'Annonciation et l'Incarnation recommencent à chaque instant. L'art chrétien se charge de nous le rappeler. Le miracle de cet art, qui prétend nous révéler la résurrection de la chair est qu’il le fait effectivement en ressuscitant notre chair à la pure jouissance charnelle, visuelle. Car c’est notre chair spirituelle, qui est l'étoffe même de notre âme, qui ressuscite ici et se réjouit par la vision sans cesse reconduite à sa source... Grâce. 

Pour l’ouïe, Bach et Mozart prendront la relève…


L'Annonciation est un thème fréquent dans mon travail de peintre, j'ai rassemblé quelques uns de mes travaux sur ce thème
sur une page de mon site,  reliée au titre de cet article. 

(1) ce n'est plus le cas aujourd'hui.

vendredi 20 mars 2009

Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas

Marc 13,31


Paroles du Christ 


Une  exposition de mes photographies mises en relation avec la Parole du Christ à l'Église des Minimes et à la Chapelle de Lorette à Bruxelles, du 21 mars au 21 juin 2009






Tout homme porte en lui une force, une force qui le porte simultanément, et qui le pousse aussi, non pas seulement à courir le monde pour y gagner sa vie ou y conquérir une place au soleil, mais à croître intérieurement, à connaître celui qu'il est vraiment, à devenir celui qu'il sera, à s'accomplir alors en tant que la Personne humaine unique et irremplaçable qu'il est et qu'il devient sans cesse. 


Cette force invisible est la vie. Et la vie aucun vivant ne peut se la donner à lui même. La vie s'éprouve en nous et seulement en nous et pas au dehors de nous, car il n'y a aucune vie dans le monde - qui désigne tout ce qui est hors de nous : la terre, le ciel, les choses, tout ce qui là devant paraît dans l'extériorité et qui n'est pas vivant. Car les vivants s'éprouvent en vie et se connaissent  par la vie elle même alors que le monde et ses objets n'éprouvent rien de tel.  


Toute la condition humaine est dite dans la dualité vie monde, dedans dehors, invisible visible et dans la distinction faite par le Christ, et transmise par Jean, entre la vie, qui est la lumière des hommes, et les ténèbres, qui sont le monde extérieur, là où jamais la lumière invisible de la vie ne paraît. Sauf par Jésus Christ qui est la Vie qui s'est manifestée dans les ténèbres du monde pour sauver tous les hommes qui s'imaginent vivre dans l'extériorité du monde. 





En lui est la Vie et la Vie est la lumière des hommes. Jean 


Le drame paradoxal de la condition humaine est dit dans le Prologue de Jean : l'homme ne cesse de se tourner vers le monde visible et ses représentations, qui paradoxalement sont les ténèbres, il se détourne ainsi de la lumière intérieure invisible qui est celle de la vie. Ébloui et trompé par la lumière extérieure du monde, et par son Prince, c'est-à-dire son principe mensonger, l'homme se rend aveugle à sa propre lumière intérieure et, se jetant de plus en plus hors de lui-même, il se cherche désespérément là où jamais il ne pourra se trouver, là où il erre dans la nuit, dans l'ignorance et dans l'oubli, là où il éprouve sa vie comme la douleur d'exister, la perte de son identité véritable et l'exil de lui-même. 


Revenir vers lui-même, voilà pour l'homme la seule destination. 

Ce voyage de retour vers la Vérité et la Vie perdue ne peut emprunter qu'un seul chemin : celui de l'intériorité, celui du Soi vivant et unique que chacun est et  peut devenir. 


Ce Chemin vers Soi est pour le chrétien, et en vérité pour tout homme, le  Christ qui est la Vie même sans lequel nous ne pouvons rien faire et par lequel nous pouvons revenir dans la lumière de la vie : ressusciter ! 


Mais non sans opérer un douloureux arrachement à notre terre d'esclavage, à notre Égypte intérieure, non sans oser une longue pérégrination dans nos profondeurs inconnues, un long pèlerinage dans lequel nous aurons à éprouver de nombreux abandons et à connaître de multiples morts au monde. 



Par grâce, sur ce chemin vers nous-mêmes, dans le combat du moi et du Soi, nous recevons pour nous guider de nombreux signes et d'appels du dehors comme du dedans. Ces signes sont pour le pèlerin autant d'aides et de passages vers la Vie, autant de Pâques...


Sur mon chemin de vie, j'ai reçu très tôt, pour m'aider à passer, la beauté des oeuvres d'art, et en particulier celle de tableaux prodigieux comme l'Agneau Mystique. J'ai cherché à connaître ce que voulait me dire cette beauté fulgurante et j'ai compris, confusément d'abord, tant par ma pratique de peintre que par mes rencontres nombreuses avec les oeuvres, la dualité du visible et de l'invisible dont je viens de parler. Je compris que si les tableaux apparaissent bien dans le monde, les oeuvres d'art ont lieu en moi, en nous - car c'est en nous qu'elles deviennent vivantes. Ainsi, plus les oeuvres oeuvrent en nous et nous en elles, plus elles nous troublent, plus elles contestent et retournent le monde et nos représentations fausses, figées et stériles, plus elles peuvent nous faire nous retourner vers nous-même et plus elles ouvrent le chemin vers l'inconnu que nous sommes à nous-mêmes, plus elles nous guident en notre intériorité, vers les profondeurs ténébreuses de notre âme, là où nous avons à affronter et à vaincre nos peurs, nos doutes, nos passions et nos désirs désorientés. 


Ainsi, et c'est une grâce et une joie perpétuelle, plus  notre âme se connaît et s'éclaire, plus elle se dégage de ses passions, de son égarement et de ses méprises, mieux elle se connaît vivante et plus le monde, lui aussi, se révèle et se transfigure sous nos yeux. Les apparences du monde cessent alors de nous tromper pour au contraire abonder de signes, d'appels, de beauté, d'amour et de grâces. 


Parmi ces signes innombrables, les plus humbles et les plus méprisés par le monde, m'ont toujours touchés plus que les autres. 




C'est ce dont témoignent les photographies que j'expose à l'Église des Minimes à Bruxelles.

Une Église qui est, comme son nom l'indique, l'Église des humbles. Pour la plupart, ces photographies ont été prises dans le quartier pauvre de la Paroisse, les Marolles, dans ses rues et au Marché aux Puces - qui est une sorte de purgatoire des objets rejetés par les vivants et les morts. Elles montrent des choses usées, des images sales, des miroirs brisés, des images pieuses et des visages inconnus d'hommes, de femmes et d'enfants, aimés autrefois, jetés ici sur les pavés, dont les yeux se tournent vers le ciel... 

Ces choses, ces visages inconnus nous touchent parce qu'ils nous crient la vie. Car si nous oublions la vie, si nous la voilons de nos désirs ténébreux, la vie elle ne nous oublie jamais ; c'est par elle que nous éprouvons tout ce que nous éprouvons, c'est par elle que nous sommes capables d'être touchés, c'est elle qui vibre et qui résonne en nous, c'est la vie qui nous unit dans notre condition pathétique de vivants, la tienne comme la mienne, aussi bien nos vie terrestres, finies, nos souffrances, nos pertes, que nos espérances, nos joies et notre foi. Nous criant la vie qui nous rassemble tous en elle, ces signes font résonner en nous les Paroles de la Vie elle-même, des Paroles du Christ, comme celles ci  :


"Ce que vous faites à l'un de ces petits, qui est mon frère, c'est à moi que vous le faites." 


"Mais vous n'appartenez pas au monde, puisque je vous ai choisis en vous prenant dans le monde ; voilà pourquoi le monde a de la haine contre vous."


"Ils m'ont haï sans raison"


"Père pardonne leur car ils ne savent pas ce qu'ils font"



Ainsi, sur le chemin de la beauté invisible, de la beauté cachée dans les ténèbres intérieures et les apparences du monde, nous pouvons atteindre la beauté inouïe, l'écoute, la voix du coeur. 


Mais ce n'est que dans notre âme retournée vers elle, pacifiée, aimée, connue, épousée, que peut se lever la lumière de la Vie.  Ce n'est que dans notre coeur épris, donné et rendu tout entier à la Vie que peut s'entendre la Parole vivante du Christ à qui nous devons de vivre. 


Sa Parole alors agit en nous et nous travaille, nous sculpte, nous transforme, prépare et opère notre accomplissement, notre seconde naissance dans la Vie, dans la joie du Présent perpétuel. 

Une naissance qui est connaissance de l'Amour et de la miséricorde infinie du Père pour nous ses fils en devenir. 


Écoutons ce que la Parole dit d'elle-même :  

 

Elle est vivante, la parole de Dieu, énergique et plus coupante qu'une épée à deux tranchants ; elle pénètre au plus profond de l'âme, jusqu'aux jointures et jusqu'aux moelles ; elle juge des intentions et des pensées du coeur. Pas une créature n'échappe à ses yeux, tout est nu devant elle, dominé par son regard ; nous aurons à lui rendre des comptes.  

Lettre aux Hébreux 4,12-20



L'Église des Minimes se trouve à la rue des Minimes 

qui commence en bas de la Place du Sablon, 

elle est ouverte tous les jours de 10 à 13 h.

jeudi 19 mars 2009

Ce que Benoît XVI a vraiment dit et ce que les media lui ont fait dire...ici

L'amour qui tue et l'amour qui guérit...



Le pape et le préservatif. 

Rendre la lumière réellement accessible.


Il est normal que le monde ne comprenne pas la logique d’un saint. Dans la logique d’un saint, le préservatif est un mensonge, un écran entre la vérité et la vérité, un instrument pour ne pas assumer ses actes.

Il est dommage qu’un pasteur en charge de millions d’âmes ne comprenne pas la logique d’un homme vivant dans le monde. Dans la logique d’un homme vivant dans le monde, d’un homme ordinaire, le préservatif est un rempart contre le défaut de compassion, un instrument pour assumer ses actes en refusant qu’ils risquent de donner la mort. Dans la logique d’un homme ordinaire, il est humainement urgent d’éviter la mort de millions d’enfants, de femmes et d’hommes. Car l’abstinence sexuelle n’est pas dans la logique de la vie d’un homme ordinaire  (...) ; par Alina Reyes. Pour lire la suite veuillez cliquer sur le titre de cet article.

La parole d'amour est rare, la parole de haine est partout.


Illustration de cette note : Images pieuses jaunies par la lumière à une fenêtre en Flandres - 2006

mercredi 18 mars 2009

Tu as en toi une lumière plus rayonnante que le soleil...


 

...mais elle est voilée par l'épaisseur de tes doutes, la noirceur de tes peurs, la pesanteur de tes leurres...



Une page extraite d'un petit livre de douze dessins de Saskia Weyts 
sur des textes de moi que nous a refusé une galerie parce que nous y parlions de Dieu et d'Amour. Pour plaire aujourd'hui au petit monde grotesque de l'art contemporain il vaut mieux parler de diables, de monstres et de mort... Nous cherchons un autre éditeur...
Un salut au passage à notre ami Philippe Pavageau 
poète, photographe, apiculteur,  dessiné ici par Saskia.

mardi 17 mars 2009

Vous disiez la vie ?



  À une amie biologiste et artiste


Le scientifique ne trouvera dans le monde que ce qu'il cherche : un monde d'objets qu'il a fabriqué avec sa science objective. Ainsi, la biologiste que tu es pourrait bien chercher la vie dans le monde jusqu'à la fin des temps, elle ne trouvera jamais que ses manifestations extérieures : des corps, des formes, des traces matérielles qui seront étiquetées dans les bocaux et les vitrines de ces cimetières très savants et poétiques que l'on appelle Musées de zoologie.  La vie n'est pas un objet de science, ni même un objet de pensée, parce que la vie n'est pas un objet du tout.  Nos objets, mes dessins, mes tableaux, mes photos ou tes bocaux remplis de formol et de cadavres ont beau être faits d'atomes en mouvement ils sont indubitablement morts. D'ailleurs la vie, la vraie, intéresse-t-elle vraiment la biologie ? 

Tu ne te réduis pas à un amas d'atomes, ni à des séries de processus physicochimiques, non, car tu es vivante et tu sens, tu sais que tu l'es.  


Mais comment sens-tu et sais-tu que tu es vivante ?  C'est la vie qui te donne ce pouvoir unique et véritablement miraculeux de t'éprouver vivante et ce pouvoir est fait d'autres pouvoirs, celui de sentir, de voir, d'entendre, de savoir, d'observer, de penser et d'aimer. La vie est une force qui s'éprouve vivante en nous, qui se connaît elle-même et d'elle-même et qui désire croître et qui croît d'ailleurs selon l'intensité dont nous voulons l'éprouver, la connaître, c'est-à-dire l'aimer! 

Tu auras remarqué que de nos jours la majorité des vivants, se pensant comme des objets du monde, des objets de sciences ou des objets de désir par exemple, ont sombré, non pas dans le bocal définitif de la mort, mais dans une forme intermédiaire, spectrale, entre vie et mort, nulle part en vérité, dans que l'on peut appeler la mort vivante... 


Mais toi, toi qui es aussi une artiste, tu ne peux avoir oublié la vie ! Car l'artiste cherche à connaître le mystère, le miracle vivant qu'il est à lui-même.  Etre un artiste c'est pour moi avant tout aimer la vie, se souvenir que la vie est un don renouvelé à chaque instant, un don que personne ne peut se donner à lui-même ni à un autre. Car c'est la vie qui nous donne à nous-mêmes, et avant de venir au monde nous sommes déjà venu dans la vie. La vie est un don totalement gratuit, une grâce invisible et introuvable dans le monde des objets. Elle ne s'éprouve que dans le Soi vivant de chaque Soi vivant que la Vie génère sans cesse en elle. Les anciens, avec la Genèse, ont appelé cela l'âme, l'âme vivante...(1)


Que je me sente vivant voilà la seule certitude que je puisse avoir disait un certain René Descartes. Quant au monde, chacun le sait avec le même René, il est douteux. 

Cette certitude que Je suis vivant s'écrit en hébreux YHWH. 

C'est sous ce Saint Nom de JE SUIS que la Vie - plus connue sous le nom grec de Dieu - s'est révélée à Moïse et qu'elle peut se révéler à chaque vivant, pour autant qu'il cesse de se penser comme un objet qui se réfléchit dans le miroir du monde, ou comme un sujet barré, ce qui revient au même.


Grâce


Le 8 octobre 2008


(1) Sur ces questions, lire l'oeuvre capitale de Michel Henry ; voir lien sur ce blog avec le site de ce philosophe.


En illustration, une  photo prise au Musée de zoologie de l'Université Libre de Bruxelles


Pieta


Je suis venu au monde un 15 septembre, en un jour consacré par le calendrier à Notre Dame des sept douleurs. Mes parents m'ont raconté un peu plus tard le sens que cela avait pour eux et ainsi pour moi  - et ma mère me l'a écrit dans une lettre peu avant sa mort,  j'y reviendrai plus tard...

J'ai aimé Notre Dame à travers toutes les femmes. Ma mère et mes grand-mères avant toute autre. Ma grand-mère maternelle, lorsqu'elle voyait un petit bout de ciel bleu apparaître dans les nuages, me disait : regarde voilà un bout du manteau de la Vierge Marie qui apparaît.

Elle se prénommait elle aussi Marie.

Je te salue Marie Mère de Dieu tu es bénie entre toutes les femmes... dit le Je vous salue Marie chrétien - en les bénissant toutes !

Femmes vous êtes belles à pleurer. Vivants sont les mortels qui ont connu l'Amour dont vous êtes capables car il est plus lumineux que le soleil et plus puissant que la mort. Un tel Amour peu d'hommes l'atteignent. Sauf ceux qui ont accédé à leur féminin intérieure, à la Dame de leur coeur, c'est-à-dire à leur âme vivante ! Les femmes y ont plus aisément accès que les hommes car l'âme est la chair vivante, la chair spirituelle qui reçoit et donne la vie, la chair qui peut souffrir, jouir et aimer, celle où peut croître l'Esprit. 






Prière

 

Je te salue mon Âme ! 

Ma Dame pleine de grâces

Ma Lumière inconnue

Voilée de noir par les vanités et les peurs du monde. 

Qui es-tu ? 

Tu es l'âme de Dieu.

Tu es Amour, Charité, Compassion

Et Intelligence du Coeur 

Tu es la Mère ignorée par ses fils. 

Pourtant tu les portes.  

Tu es enceinte de leur devenir.

Et tu espères qu'ils se retourneront vers Toi

Et tu souffres mille douleurs   

C'est de toi qu'il est dit  "Tu accouchera des fils dans la douleur"

Des fils de l'Homme.

Qui sont-ils ? 

Lui ton Fils, Fils du Père et un avec le Père avant tous les siècles

Premier Vivant et avec Lui nous, ses frères 

Moi et Toi ma bien aimée 

et tous les vivants 

Mère amante

Prends pitié de nous. 


Le 15 septembre 2008


vendredi 13 mars 2009

Quelques Prières, Avis et Avertissements pour nos Musées, à découvrir ici sur mon site









mardi 10 mars 2009

Grâce à Robert Campin


Ce texte est tiré des notes de mon carnet de voyage 

en Provence en hiver 1985



Sur le chemin du Musée Granet, où j’espère voir quelques Cézanne, je songe à ce qu'il disait :  « Il faut se dépêcher si l’on veut encore voir quelque chose car les choses sont en train de disparaître.» 

Où les choses allaient-elles disparaître ? 

Dans les ténèbres du monde : images, idoles, simulacres, écrans et de notre faculté de les voir apparaître.



                     Paul Cézanne devant les "Grandes baigneuses". 


Les gens d’Aix n'ont rien vu de son génie, la Ville ne lui a jamais rien acheté. Résultat : aucun tableau de Cézanne n’est exposé ici. Il y a tout juste quelques aquarelles de la Sainte Victoire mais qui sont prêtées au Musée !

Dans le témoignage des rares admirateurs qui lui rendirent visite ici à Aix on  lit que lorsqu’il sortait de son atelier des Lauves, pour aller sur le motif, les gamins de rue lui jetaient des cailloux comme au fou du village. Pour ses Baigneuses aucune femme d'Aix ne voulut poser nue, il ne trouva que le facteur pour le faire. Ce sont les fesses musclées et démultipliées de ce brave postier que Cézanne expédie à la postérité. Petite victoire posthume de la peinture et de l’humour sur la stupidité. 


Une maigre compensation, le Musée Granet, qu’il sera impossible à tout jamais d’appeler Musée Cézanne, offre à l'amateur de fesses nues de caresser celles de Thetis convenablement peintes par Ingres en 1811 dans une toile monumentale et mythologico-comique : Jupiter et Thetis.




Mais, grâce au ciel, voici La Vierge en gloire entre saint Augustin et saint Pierre vénérée par un donateur, un petit panneau de 1435, une miniature à soulever les montagnes, peinte par mon vénérable ami et ancêtre, le Maître de la Flémalle : Robert Campin. 

La vision de la Vierge en gloire se produit dans un  jardin clos, retiré du monde, de ses leurres et de ses trafics : le jardin de l'âme. L'âme entre dans ce tableau à l'instant même où le tableau entre dans l'âme. Pour le vivant, qu'il soit croyant ou non, la Parole de Dieu opère sans cesse sans lui demander son avis puisqu'elle lui donne la vie à chaque seconde. Le croyant est celui qui s'en souvient, l'incroyant est celui qui l'oublie et qui en vient à oublier l'avoir oublié ! Seulement, la Parole de Dieu, à la différence de la parole humaine, fait ce qu'elle dit et dit ce qu'elle fait et cela d'un seul mot, d'un seul verbe : sois !  Un Verbe qui inclut tous les verbes et les conjugue à tous les temps et hors du temps. 

Or voici un peintre mystique, Robert Campin, si pénétré de la Parole divine que ses oeuvres opèrent comme elle, sa peinture fait ce qu'elle peint et peint ce qu'elle fait,  elle peint une vision, une apparition, et elle ouvre l'âme à la vision intérieure. Le Maître, par souci de ceux qui ont l'âme aveuglée par les mirages du monde,  a parsemé cette opération spirituelle d'un trousseau de clefs symboliques...  Alors, pour t'évader de la nuit de ton oubli il n'y a qu'a suivre l'étoile Robert Campin. Regarde ! Dans son tableau il y a un trou, un trou dans le ciel. Ce trou ouvre le panneau, il troue le mur du monde, en même temps, il perce ton oeil. Il t'appelle. Il te dit approche, viens mon ami, c'est ouvert, c'est troué, viens voir une vision, une merveille, une naissance... 

Alors tu y vas. Tu entres. Tu deviens l'homme vêtu de noir agenouillé à l'avant du tableau : le  donateur.  Comme lui, tu t'es donné et tu vas recevoir. Comme lui, tu cherchais la vérité, tu t'es éloigné de la ville splendide, qui n'est que l'oeuvre du Malin, et tu as atteint un petit jardin clos et retiré. Et là, tu es entré en toi même, et en toi même tu es tombé à genoux, tu as ouvert les mains et tu as appelé et tu as imploré saint Pierre de te donner la clef du Paradis, la clef de la vie éternelle. 

Saint Augustin, que tu n'as jamais prié, ne t'a pas oublié pourtant, il est venu aussi dans ton âme pour te rappeler où se trouve la clef que tu cherches : il te dit la clef est dans ton coeur. Pour t'aider à comprendre il a serré ton coeur dans sa main. Alors tu as ouvert ton coeur et d'un coup le ciel s'est ouvert aussi. Et Saint Pierre te dit vois et tu as vu la vision promise. La Vierge Marie et l'Enfant Jésus t'apparaissent maintenant dans une lumière si éblouissante que tu perçois à peine le trône céleste sur lequel ils sont assis. Ce que tu vois c'est le regard de la Vierge Marie qui traverse les yeux de ton âme et te dit maternellement : 

- Mon enfant, tu as oublié que connaître veut dire aimer, aimer la Source vivante de toute connaissance, de tout amour et de toute vie ; connaître c'est  reconnaître le Vivant et par Lui renaître à la Vie. A ces mots, elle anime doucement pour toi la rose rouge qu'elle tient dans sa main droite et tu comprends que cette rose est ton propre coeur. L'enfant Jésus qui est assis sur le genoux de sa Mère a vu ton émoi et il éclate de rire comme ton petit frère. Si bien que toi aussi tu éclates de rire et que tu comprends que cet enfant Jésus, ce nouveau né, ce Fils de Dieu, ce frère, c'est toi ! Alors te montent aux yeux des larmes de joie !   

Pssitt ! 

Une main me tapote l'épaule et me ramène aux réalités temporelles d'Aix-en-Provence : c'est l'heure de fermeture du Musée me dit le gardien qui n'a rien d'un ange.


à suivre...


Rappel : l'image qui illustre cette note n'est qu'une image du tableau de Robert Campin et les tableaux de cette espèce ne sont pas des images  

lundi 2 mars 2009

Grâce à Joan Mirò


video



Si je regarde le monde comme un peintre et non comme un cinéaste, c'est avant tout grâce aux peintres espagnols, Picasso, Tapies et Joan Mirò, dont le nom signifie d'ailleurs  mirerregarder

Le tableau que nous offre le monde n'est plus à peindre mais à regarder. Re-garder cela veut dire prendre à nouveau sous sa garde. Filmer c'est voler, mais cela arrive, pour donner à regarder aux autres. Regarder par exemple que le tableau du monde n'est jamais fini, qu'il ne cesse de commencer, qu'il ne cesse de se peindre dans toutes les dimensions visibles et invisibles. Celui qui peint ce chef-d'oeuvre infini est le Maître absolu, le Dieu Créateur des formes, des lignes, des couleurs et des êtres vivants et des réjouissances continuelles entre elles et entre nous. Si mon oeil va là où le monde s'amuse à paraître, il va surtout là où la Vie du Maître aime à se dissimuler derrière le voile des apparences. C'est ainsi qu'Il nous conduit à le désirer et à l'aimer.  

Redisons le, l'apparition du monde est double : elle est donnée là devant nous, dans les phénomènes, dans  la lumière extérieure et elle se fait en nous, car c'est en nous que le monde est vu et non pas en lui-même, au dehors. Pour qui y prend garde, pour les peintres par exemple, l'apparition laisse apparaître sa duplicité, en se donnant le monde s'échappe, en apparaissant il semble disparaître, son surgissement est doublé d'un retrait, sa présence manifeste une absence etc. Ces formules paradoxales cherchent à dire ce que les grand peintres, tels Picasso, Kandisnky ou Mirò, non seulement voient mais savent exacerber dans leurs tableaux, qui sont habités par la dualité, la tension de l'apparaître. Par eux nous pouvons retrouver la vision perdue, entrevoir l'apparition du caché dans l'apparent, connaître la Puissance voilée du Créateur, connaître que le monde visible est ce qui à la fois montre et cache la Vie invisible. 



Or, nous n'avons pas la moindre chance de la trouver si nous persistons à penser, par exemple, que c'est notre oeil qui voit, ou que c'est notre corps, voire que nos caméras nous regardent, car seule l'âme voit, et vit, seule l'âme a le pouvoir de vivre, et sans ce pouvoir vivant notre oeil n'est qu'un organe mort, une bulle d'eau aveugle.  

Si il est vrai que l'Auteur du chef-d'oeuvre vivant, le Maître de tout, le Vivant en Personne, s'est retiré des apparences visibles de son oeuvre pour que nous le cherchions et le trouvions au delà, il n'a pas manqué de nous dire où est cet au-delà, où nous pourrions le chercher et le trouver. 

Non pas dans le monde objectivé du dehors, un monde que nous devrions creuser indéfiniment pour en trouver les secrets et les formules, car dans ce monde objectif nous ne trouverons jamais que des objets et jamais le Vivant, mais dans notre intériorité, dans le fond inconnu de nous-mêmes, dans notre âme vivante, dans notre coeur.    

 

L'âme désigne le principe vivant en nous : la vie, qui détient et nous donne le pouvoir de voir, de sentir, d'entendre et d'éprouver que nous sommes vivants. (Michel Henry a passé sa vie de philosophe à nous le monter). L'âme est un nom et un don de la vie qui s'éprouve elle-même en nous en nous donnant de nous éprouver nous-mêmes. Elle est celle dont nous vivons sans le savoir, celle que nous confondons avec notre moi, ou, pire encore, avec de la physique et de la chimie. L'âme est celle que nous ne connaissons pas encore, celle pourtant que nous avons à connaître faute de ne pas savoir qui nous sommes, sous peine d'errer dans la le labyrinthe des apparences, dans le carcan des idées, des mots et des images, de tourner en rond dans la nuit de l'ignorance et de l'oubli. L'âme est celle dont nous ne connaîtrons jamais le secret ultime, celle que nous ne cesserons de découvrir, car elle est toujours neuve, elle ne cesse de venir, de devenir, elle est la belle inconnue, l'aimée éternelle et encore niée, trahie, voilée, retirée, pleurée, perdue et promise en nous. Mais alors que nous les vivants nous oublions notre âme elle ne nous oublie jamais. Comment le pourrait-elle puisqu'elle elle est notre vie même, notre essence, puisqu'elle est en nous et que nous sommes en elle.

 


Peut-être me comprendra-t-on alors quand je dis que je filme contre les films, contre les images, contre la représentation, contre ce que la peinture a été à certaines époques, contre ce que le cinéma et la télévision sont devenus : des spectacles qui nous jettent hors de nous-mêmes, hors de notre âme, des divertissements de la vraie vie, des industries du mensonge et de l'aveuglement collectif, des instruments du pouvoir et de sa propagande, des valets du marketing et de la mort. 

Je n'ai pas le moindre espoir d'y changer quoi que ce soit. Pour un chrétien la révolution, le retournement est intérieur, invisible, il s'accomplit dans le coeur, là et là seulement où nous sommes et où nous pouvons en secret rencontrer celui qui nous veut en Lui.


J'ai vu et filmé ces éclats d'eau alors que je sortais tout réjoui d'une exposition de Joan Mirò à Seneffe en janvier 2002. Joan Mirò fait la révolution avec des éclats de rire, avec la vie donc, transformés en tableaux, il nous ramène à la joie pure de créer qui est celle du Créateur lui-même et il transfigure notre vision. Il écrit dans ses notes de 1940-41 * : " ...ce n'est pas tant une oeuvre qui compte, mais la trajectoire de l'esprit au cours de la totalité de la vie, non pas ce qu'on a fait au cours de celle-ci, mais ce que cela laisse entrevoir et permettra aux autres de faire, à une date plus ou moins éloignée..."  Grâce à toi Joan Mirò.


À suivre...




Les illustrations de cette note : 

vidéo - Grâce 10012002 -Ciel bleu et feuillages noirs sur l'Anglin ;

photographie de Joan Mirò dans son atelier ; 

Femme et oiseau 2 


* Joan Mirò. Écrits et entretiens - Daniel Lelong éditeur, page 187



 


   

mardi 24 février 2009

S'exposer aux oeuvres



Ce texte est tiré de mon carnet de voyage à Florence en 1981.



L’art (véritable) conspire contre le monde, contre les modes, il fait la guerre aux étalagistes, aux spéculateurs, aux marchands  de leurres et de vies faussées. 

Soyez tranquille, on y met bon ordre, on dresse les barricades, on tend le voile épais des commentaires, de la culture historique et l’écran de fumée hypnotique de la valeur marchande, des enchères à vous couper le souffle, à vous interdire d’y toucher, d’en approcher, d’y voir, d’en jouir sous peine d’alarme. 

Plus encore, on éborgne des générations de jeunes artistes au nom du progrès, au nom de la mode et du dédain du passé - très moderne le dédain déguisé en liberté - pour les mener où? Dans le n’importe quoi inoffensif ou le spectaculaire lucratif - ce qui revient au même !  Pour y parer une seule méthode : s’exposer aux oeuvres.


S'exposer aux oeuvres c'est se mettre à l’œuvre, aller vers celles qui appellent comme vers celles qui répugnent. Ensuite, seul surtout, face à face, laisser agir l'oeuvre, oublier tout ce que nous croyons en savoir, tout ce que l’on a dit à son sujet dans les livres d’histoire de l’art ou les magazines d'art, ouvrir nos sens, s’abandonner aux formes, aux couleurs, aux espaces, aux matières, aux gestes, aux signes, aux objets, aux lieux, aux détails, donner à l’œuvre le temps de nous ravir, la laisser nous guider, nous toucher, nous impressionner, s’emparer de nous, nous habiter, nous vaincre, nous troubler à sa façon. S'exposer aux oeuvres c'est tout simplement laisser l’œuvre faire son œuvre. Ainsi, vivre ses troubles, savourer ses joies, affiner ses plaisirs, nuancer ses ivresses, intensifier nos peurs. En un mot, en jouir ! S’exposer aux œuvres d’art et en jouir est un art en soi, un art érotique, un art amoureux, un art de vivre, un art gratuit, un art spirituel, un art perdu.


L’art de jouir de l’art est le contraire de ce que l’on nomme aujourd’hui la culture. Être cultivé de nos jours cela consiste à aller voir beaucoup d’expositions, à savoir les noms de beaucoup d'artistes, à savoir les styles, les écoles,  les influences, les dates, les tendances, la mode, le marché et les prix bien sûr ! Bref, cela consiste à accumuler des informations sur l’art.  L’art de jouir de l’art consiste au contraire à vivre les œuvres de l’intérieur, avec sa sensibilité, avec son cœur, avec son âme - en tenant pour négligeable tout savoir extérieur à leur sujet. 

Se cultiver c’est accumuler des savoirs sur l’art alors que jouir de l’art c’est accroître la connaissance de soi. 

Comme tout art véritable, l’art de jouir de l’art s’apprend et s’approfondit tout au long de la vie par la pratique, car il est la vie même.



Cet art la s’apprend sur le motif, comme disait Paul Cézanne, en rencontrant les œuvres en personne, comme disait Edmund Husserl à propos des choses... Jouir de l’art comme jouir de la vie cela ne s’apprend que par la jouissance, par une longue, subtile et quotidienne pratique du jouir ! En matière de jouissance on est d’abord novice, puis amateur, ensuite esthète, de là on peut devenir interprète et enfin virtuose.  Virtuose en joie de vivre voilà où peut conduire l’art de jouir des œuvres d’art.  


Tout ceci devient limpide si l’on compare la peinture à la musique. Sans virtuose pour la jouer il n’y a pas de musique ; de même, sans virtuose pour la jouer il n’y a pas de peinture, pas de sculpture, pas d’art. Sans interprète vivant en musique il n’y a que des partitions mortes, des scribouillis inutiles. Sans interprète en art il n’y a plus que des tableaux vains, éteints, stériles, des sculptures sans vie, des cadavres, des oeuvres désoeuvrées dans les musées et leurs fantômes imprimés dans les livres, des spectres négociés sur le marché. Sans un vivant pour les vivre il n’y a plus que des images d'oeuvres dans les magazines.



C’est pourquoi il est urgent et vital de s’exposer aux tableaux. Mais attention ! Ceux qui auront vraiment vu et vécu les tableaux, comme ceux qui auront vraiment lu les livres et entendu la musique, deviendront les artistes ; pas forcément des auteurs, des compositeurs mais des interprètes. Non pas des plasticiens cotés, des fabricants renommés de produits artistiques pour galeries et musées, mais de vrais artistes, des artistes de la vie ! 

Ceux là seulement se sauveront du pouvoir mortfère de l’image. Ils suivront le chemin de l’œil et du cœur à l’œuvre ; leur vision ne se fiant qu’à elle-même taillera dans la lumière et l’ombre l’œil joyau qui scintille sous leurs paupières. Cet œil jouissant, Georges Braque lui avait donné un nom mystique : l'œil blessure de lumière. C'est l’œil ébloui par un excès de jouissance, l'oeil contrit ressuscité par mille larmes de joie. 


À suivre...


Illustrations de cette note : oeuvres de Botticelli, Da Vinci, Tiziano

 visibles à Florence - ces images ne sont pas les tableaux et inversement...


lundi 16 février 2009

Où es-tu ?


En ce mois de février 2009, j'expose avec ma bien aimée Saskia Weyts à la Twilight zone gallery à Tournai. 

Cette exposition est intitulée Immémorial, j'y présente trois oeuvres : une installation, un objet et une vidéo. 

Je reprends ici les réponses aux questions qui me furent posées sur ces travaux lors du vernissage.





L'installation porte un titre assez long qui est une série de  questions et une réponse: Où es-tu ? dans le monde ? dans le temps ? ailleurs ? nulle part ? Pourtant, t'en souviens-tu ? je t'ai aimée avant la création du monde.

L'installation est en fait cette phrase même écrite sur divers objets usagés et accrochés - ici sur un mur de 14 mètres  - et étalés tout le long sur le sol. Elle est mise en face d'un autre mur où sont montrés les tableaux de Saskia. Elle s'adresse ainsi à elle et à ceux qui se trouvent dans cet espace entre les deux murs.


Cette phrase commence par la question Où es-tu ? qui est à mes yeux la question centrale que pose l'art à l'homme, plus particulièrement les arts plastiques qui posent la question du lieu de l'oeuvre, de son espace, du lieu de tout apparaître, du visible et de l'invisible et ainsi du lieu où nous sommes, du lieu où tu es, à savoir du monde où nous croyons être, où nous pensons être etc,. 



  

Cette question est aussi la première question posée par Dieu à l'Homme Adam - Genèse 3,9. Dieu dont le Nom est donné dans la Genèse sous la forme du Tétragramme YHWH qui signifie JE SUIS JE SUIS ou encore Je suis en devenir, ou Je suis la Vie. Quand il entend cet appel de YHWH l'Homme  Adam ne sait plus où il est, il se sent perdu et trompé par l'Adversaire, le Serpent, et il se cache de YHWH dont il a perdu l'écoute pour lui avoir préféré celle du Serpent qui lui a promis fallacieusement de devenir dieu sans Dieu, sans YHWH...


Je n'évoquerai ici que quelques points essentiels de cette récit fondateur que nous devons à la traduction éblouissante commentée de Annick de Souzennelle (1). Cette histoire ne se passe pas dans un passé historique révolu, elle est vécue maintenant en chaque homme au coeur même de sa vie. C'est ainsi qu'elle nous appelle pour nous dire que tout humain, homme ou femme, que l'Adam que je suis, que tu es, que nous sommes, s'est coupé intérieurement de lui-même pour se retrouver jeté hors de lui-même, hors du Jardin des Délices, hors donc de la jouissance, là où il s'est perdu, ne sachant plus qui il est, ni d'où il vient ni où il va. La question de YHWH où es-tu ?  s'adresse à l'homme au présent et lui demande : es-tu dans la Vie ou es-tu dans l'exil, dans l'oubli, dans un monde qui n'est autre que l'exil de toi même, celui de l'oubli de ta vérité profonde, là où tu ne cesses de perdre la jouissance divine de la Vie, là où tu as peur et t'obstines à chercher au dehors ce qui se trouve en toi-même ? 


C'est pourquoi la phrase murale se poursuit par des mots inouïs qui s'adresse à chacun aussi bien qu'à l'Humanité toute entière : Pourtant, t'en souviens-tu ? Je t'ai aimée avant la création de monde. Ces mots sont tirés  de l'ultime prière dite par le Christ avant sa passion : "Père, je veux que ceux que tu m'as donnés soient avec moi, où je suis, pour qu'ils voient cette gloire que tu m'as donnée, toi qui m'as aimé avant la création du monde." Jean 17, 24.  

Il faudrait méditer la profondeur abyssale de cette longue prière du Christ adressée à son Père alors que Lui, le Fils de Dieu est YHWH lui-même venu assumer la condition de l'Homme Adam pour le sauver de son exil dans le monde et dans le temps de la mort... 




Cette installation, cette phrase murale, espère faire entendre à quelques coeurs exilés, l'appel en écho lancé par ces deux paroles oubliées et cela à travers un dispositif  incongru d'objets eux mêmes dérisoires, oubliés et, tout comme nous dirait-on, perdus pour toujours... Ces paroles, pour ceux qui voudront les entendre ainsi, accompliront peut-être le retournement du temps et du monde qui accompagne tout véritable retournement intérieur, tout lent et périlleux retour vers Soi même.

La parole de Dieu ne peut se faire entendre qu'à celui qui l'écoute dans son coeur. Le coeur dont je parle n'est autre que le paradis, le jardin de la jouissance retrouvé. C'est dans le coeur, et en lui seulement, que peut croître l'Arbre de la Connaissance que chaque homme porte en germe pour le devenir lui-même et porter les fruits savoureux de la Connaissance véritable qui est celle de Dieu. C'est dans le coeur et dans le sang d'Adam que souffle la Parole vivante de YHWH. ( Adam signifiant, entre autres, Elohim dans le sang).  Un Dieu qui est plus proche de toi que ta veine jugulaire comme disent les soufis, un Dieu qui nous cherche, un Dieu Amour, Vie et jouissance.


 "Laissez les morts enterrer les morts"  2008 - Carton ondulé, papiers, 70x90 cm


En opposition à cet appel, entre deux portes, dans un coin, j'ai posé un carton par terre. À première vue on dirait une poubelle oubliée remplie de vieilles boites sales à jeter. Or, quand on y regarde de plus près on y voit un étrange Jugement dernier et on y lit cette parole : Laissez les morts enterrer les morts  (Luc 9, 57-62) -  on y voit encore des  corps nus jetés aux griffes des démons ou sombrant en torrent dans les flammes de l'enfer... J'ai découpé ces images dans une belle reproduction du Jugement Dernier de Hans Memling exposé au Musée Naradowe à Gdansk.  

Merci à lui ! 


La vidéo s'intitule : Grâce 17072008 - Le puits - Elle montre en boucle des milliers de gouttes d'eau tombant dans un puits profond, puis, par un retournement sur elle mêmes, elles en remontent. Elle est projetée sur le sol d'un jardin couvert fort sombre. Il me semble que les propos qui précèdent suffisent à éclairer un peu cette métaphore. 


Ces trois oeuvres forment une suite et nous appellent à nous souvenir d'un Immémorial  qui est si ancien qu'on l'a oublié et qui est la Vie elle-même... On pourra lire sur ce sujet d'autres articles de ce blog...


J'en dirai plus une autre fois, en particulier sur les tableaux de Saskia.

R.E 


1 : voir lien sur ce blog avec le site de Annick de Souzenelle

jeudi 12 février 2009

Mille grâces mille larmes de joies

Ci dessous le texte dit à Le Blanc en 2001 pour la première projection 
du film infini "Mille grâces, mille larmes de joie"



Qui suis-je ?


 Mesdames, messieurs, si je suis un étranger pour vous, sachez que je suis encore et largement un inconnu pour moi même. On me dit poète et peintre, mais je suis un voleur. Non pas un voleur de banques, de sacs à main ou de mobylettes, mais un voleur de petit chemin, un voleur de beauté, un voleur de feu. 

Un glaneur serait plus juste, selon le titre du beau film qu’AgnèsVarda présentait alors que je montais ce modeste film, mon premier film. Ce que vous allez voir est mon butin, la petite moisson de ce que j’ai glanée sur les chemins de votre pays de Brenne. 

Qu’ai-je glané pour vous ? 

La beauté et la lueur des visages croisés au hasard à Le Blanc, l’impudeur de quelques fleurs abandonnées au bord des routes de Mérigny, un étang minuscule dans le creux d’une pomme, les éclats du soleil dans des perles de rosée à Ingrandes, des arcs-en-ciel ciel produits par un arrosoir, des étoiles dans les plis de vos rivières, des arbres se diluant dans le courant, le regard d’une enfant fascinée par un serpent à la foire commerciale, des tortues prises au piège dans une boite en plastique et ainsi de suite... Mille grâces pour moi. Pourtant cette beauté la est sans valeur pour notre temps, elle appartient au monde du rien,  elle appartient ainsi à tout le monde et par la elle n’appartient à personne,  si ce n’est au poète, au voleur de feu. Elle est hors spectacle, hors marché, elle n’est pas cotée en bourse. En vérité elle est sans prix et donc hors de prix. Tout simplement, parce qu’elle relève de l’être et non de l’avoir, cette beauté la, comme toute beauté véritable, est gratuite. Gratuite cela signifie qu’elle provient de la grâce. De la grâce infinie et oubliée qui nous donne à tous d’être là dans une vie et dans un monde qui nous sont donnés à chaque seconde. 


J’ai pris le titre de ce film - Mille grâces mille larmes de joie - à une prière que Blaise Pascal avait cousue dans son manteau : Feu Joie Joie Joie, mille grâces, mille larmes de joie, pour chaque jour d’exercice sur la terre… J’aurais pu voler la belle formule dans laquelle Martin Heidegger concentre sa philosophie : Denken is danken - Penser c’est remercier -. 

Les images de ce film ne prétendent certes pas s’approprier la beauté du monde, elles espèrent juste lui dire merci, lui rendre grâce. Elles ne sont littéralement que des reflets fugaces des images crées en permanence par la lumière et elles existent depuis la création du monde, depuis qu’existent la lumière et les ténèbres. 

Rainer Maria Rilke disait de la beauté qu’elle  est le voile qui nous protège encore du Terrible. Je vous prie de regarder ces images comme des voiles tendues de l’Amour, comme mille voiles  à lever sur l’inconnu familier qui vous entoure, des images projetées ici sur un tissu de soie presque transparent pour mieux en montrer la nature cachée.  

Ces images espèrent encore inaugurer un autre regard sur la beauté du monde : un regard capable d’admirer son humilité.  Admirer ! Un verbe magnifique que nous a donné le poète belge Émile Verhaeren pour orienter la pensée et les rapports entre les hommes 

Un tel film, mes amis, ne saurait ainsi avoir un début, un milieu et une fin, il est infini car il pointe ce qui dans le monde ne cesse de commencer. C’est pourquoi un tel projet, une telle prière en vérité, ne peut être qu’inachevée car toujours en retrait de sa tâche infinie. 

Les images de visages de femmes et d’hommes que vous y verrez espèrent encore témoigner humblement de la Loi divine qui fonde notre Humanité et qui pourrait suffire à remplacer toutes nos lois humaines, celle qui rappelle que de tout homme est un enfant de Dieu et un miracle sur la Terre comme au Ciel ; cette Loi chaque visage humain la proclame en silence : « tu aimeras ton prochain comme toi-même ».


Je remercie les personnes qui ont bien voulu me confier l’image de leur visage et ainsi le visage de leur image véritable… Je vous invite maintenant à regarder ces images sur ce voile, regardez les comme des mensonges qui lèvent un peu le voile sur la vérité. N’est-ce pas cela qu’espère accomplir toute œuvre d’art ? J'en dirai plus une autre fois.                                                                       


Une image et une grâce extraites du film infini  Mille Grâces, mille larmes de joie illustrent cet article ; d'autres grâces (vidéos) sont visibles via ce blog sur Croire.com et MobileMe


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Le cinéma de Dieu


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à suivre une grâce parmi les mille milliards de grâces en cours...



Mille grâces, mille larmes de joie

 

J'étais depuis longtemps un adversaire des images lorsqu'en 2000 j'ai commencé à filmer. (Je dis adversaire des images car je connais leur pouvoir médusant et mensonger : si je suis peintre je fus aussi directeur artistique en agence de publicité, autant dire un fabricant d'images. Je m'explique la dessus dans mes carnets de 1980-1985 publiés sous le titre L'oeil joyau) En 2000 donc, la caméra-stylo, dont avaient rêvé bien des cinéastes dés les années cinquante, était enfin disponible avec l'arrivée de la mini caméra DV et elle pouvait peut-être devenir le prolongement de mon regard de peintre, de poète, de pèlerin, de croyant. 


D'emblée, je décidai de ne faire qu'un seul film dans ma vie : un film sans scénario, sans mise en scène, sans budget, sans producteur, sans acteur, sans distributeur, un film qui n'a rien à vendre, un film invendable, un film humble, un film sans début ni fin, un film interminable, un film infini, un film qui ne vaudrait rien pour lui même, dont je ne serais pas même l'auteur, qui serait un reflet mouvant des petits miracles en cours aux alentours, un film qui devrait tout au Réel et à son Créateur auquel il ne ferait que renvoyer.  


Pour exprimer tout cela en un titre, je me suis souvenu de la prière que Blaise Pascal avait cousue dans son manteau : Mille grâces, mille larmes de joie... pour chaque jour d'exercice sur la terre.


Un tel film aurait été inutile si nous n'avions pas perdu la vision, comme le disait Pasolini cent ans après l'ami Cézanne qui déplorait déjà en son temps que presque personne ne savait regarder les tableaux...


Un artiste est quelqu'un qui n'a pas complètement perdu la vision, quelqu'un qui s'étonne même d'en avoir une, qui s'étonne de pouvoir ouvrir les yeux et de voir quelque chose au dehors, qui s'étonne de pouvoir fermer les yeux et de voir quelque chose au dedans. Un artiste c'est quelqu'un qui désire partager son étonnement en donnant aux autres ce qu'il ne cesse de voir, de recevoir.

Ce qui n'a cessé de m'étonner depuis mon enfance c'est que je sois  en vie et qu'autour de moi il y ait un monde, un monde habité par de nombreux vivants qui ne s'étonnaient pas autant que moi d'être là, vivant ! Et cela m'étonne encore. 

La différence entre les éblouis et les éteints étant l'intensité de la joie de vivre, j'ai cherché à comprendre pourquoi certains étaient morts en ayant l'air d'être vivants ; c'est ainsi que je suis devenu artiste et que j'ai compris que l'art servait à la résurrection. 


La Vie dont je parle est celle qui a le pouvoir unique de se donner la vie à elle-même et de me la donner - ainsi qu'à toi et à nous tous. La Vie est une. Elle nous veut en vie et tous nous sommes en elle, pourtant elle nous veut libres.  La Vie est le mystère, le miracle absolu sans début ni fin, le phénomène premier d'où tous les autres viennent. La Vie est aussi l'Amour et elle nous aime au point de nous désirer en elle pour la Vie éternelle. Son Nom hébreux est YHWH - Je Suis - Je Vis - au présent. Son Nom grec est Dieu 


Mais qui veut connaître la Vie ? Qui aime Je Vis dans ce monde de morts vivants ? Toi ? Te souviens-tu qu'avant de venir au monde tu étais déjà venu dans la Vie ? Sais-tu que la Vie est avant le monde ? Sais-tu  que le monde qui t'apparaît là dehors vient de ton oubli de la Vie ? Crois-tu que seul l'amour de la Vie peut t'arracher à cet exil et à la mort ? 


Dans le principe est le Verbe. 

Et dans le Verbe est la Vie 

et la Vie est la lumière des hommes, 

la lumière luit dans les ténèbres, 

et les ténèbres ne l'ont pas trouvée.  

Ecrit l'apôtre Jean.


Ainsi, nous qui sommes incapables de donner la vie à une simple pâquerette, nous avons oublié ce qu'est la Vie, celle dont nous vivons à chaque seconde ! Et nous pensons très sérieusement que la vie a lieu dans le monde, qu'elle vient du hasard, de la rencontre fortuite de particules de passages, de processus chimiques etc. 

Or, Dieu soit loué, le monde n'est qu'un voile posé sur la Vie  : un voile qui a l'exacte épaisseur de notre doute.

Or, le visible n'est que le miroir de l'invisible : un miroir qui a l'exacte consistance de notre oubli.

Or, notre chair est dans une nuit où peut luire encore le soleil de la Vie ; et cette nuit a la noirceur exacte de notre aveuglement.

Mille grâces, mille larmes de joie.-


Mais j'entends murmurer : quel rapport ces choses ont-t-elles avec le cinéma ? 

Rien de moins qu'un rapport ontologique : celui des ténèbres et de la lumière, celui de la mort et la vie. Seulement ce rapport qui devrait se jouer dans notre intériorité, dans les ténèbres et la lumière de notre coeur, le cinéma, et son double pervers la télévision, ne cessent de le projeter dans l'extériorité, comme la pensée du reste, en oubliant sa source, en objectivant l'oubli, en épaississant les écrans entre les vivants et la Vie ; en rajoutant au monde et à sa transparence théophanique des voiles innombrables de simulacres, de leurres, de pièges.


Ferons nous un pas vers la lumière cachée dans nos ténèbres  intérieures pour balayer d'un rire les irréalités qui s'animent sur nos écrans fallacieux et plats ?


Ce que je filme ce ne sont que quelques phénomènes lumineux parmi les milliards de milliards de phénomènes que crée sans cesse la lumière sur les choses et les visages du monde : ceux qui se présentent à moi. 

La lumière, comme la Vie, est invisible, car on ne voit pas la lumière on ne voit que ses réceptacles. Je regarde donc ces réceptacles de la lumière solaire comme autant de grâces de la lumière divine, comme autant de théophanies. Pour le poète, le mystique les voiles du monde commencent à se lever, mais ils se lèvent sur d'autres voiles et ceux ci se lèvent à leur tour sur d'autres de plus en plus beaux, car la beauté grandit avec la levée des voiles de nos ténèbres. C'est  d'érotique, d'amour et de jouissance qu'il s'agit sur le chemin de vie vers le Bien Aimé, le Vivant éternel, Je suis en devenir...  

Je filme les voiles du divin qui se lèvent, je filme le film de Dieu.


Bien sûr, les sceptiques de service ricaneront et diront : tout cela fait de bien belles images mais enfin soyons sérieux, en supposant que certains phénomènes lumineux extraordinaires puissent être regardés comme des pseudo théophanies par quelques allumés, espérez-vous vraiment pouvoir les filmer ? Suffit-il d'ouvrir simultanément vos yeux de l'âme, à supposer qu'ils existent, et votre caméra stylo pour recueillir à la source les apparitions et les miracles que votre Dieu nous prodiguerait en continu ? Et en admettant même que ces absurdités soient possibles, espérez-vous que ceux qui ne perçoivent pas ces soit disant miracles dans le monde réel les perçoivent dans un film ?


L'artiste, le poète, le mystique n'offrent aucune garantie d'efficacité car il n'y a de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir...  L'artiste, comme je l'ai dit, cherche simplement à partager son étonnement, à exprimer au dehors ce qu'il éprouve au dedans et ce qu'il éprouve lui est prouvé à suffisance ; plus encore pour lui, et en parfait accord avec Descartes, c'est le monde qui est douteux ! L'artiste donne ce qu'il reçoit, c'est plus fort que lui, cela lui vient de la vie.  


Cela dit, si tous les phénomènes visibles sont filmables à priori je sais plus que d'autres qu'ils sont tous trahis par la caméra DV comme par toutes les caméras, comme par toute tentative de saisie mimétique et de reproductions techniques qui sont et seront toujours, malgré le haut niveau technique et, en vérité, en raison de ce niveau même, des copies fallacieuses, des simulacres plus ou moins grossiers des phénomènes originaux.  


En outre, une caméra ne voit rien, n'éprouve rien et n'espère rien. Seul l'homme vivant perçoit, espère et éprouve et avec tous ses sens à la fois et avec tout son corps et avec sa mémoire sensible car il vit ce qu'il perçoit, il vit sa perception en lui, dans son âme ! 

C'est-à-dire qu'éprouvant le monde il s'éprouve lui-même vivant, il éprouve la vie et se connaît vivant dans l'ipséité vivante qu'il est lui-même et par laquelle il entre en résonance et se sent relié par son intériorité au monde, aux êtres, à la nature et au cosmos tout entier et cela par la grâce de l'unité mystérieuse qui habite tous les êtres et les choses crées dont je viens de parler et qui se nomme la Vie ou l'Esprit. Une vie dont seront toujours dépourvu les objets et les outils aussi techniquement élaborés soient-ils ; une vie que nos machines ne font qu'imiter et singer comme Satan singe Dieu. Une vie pourtant que nous leur prêtons à mesure que nous oublions que nous seuls nous sommes les vivants dans la Vie ( et  non dans le monde ). 


Je le répète, en art, comme dans la vie, la vraie, la spirituelle, il s'agit de rencontre amoureuse. Il faut se donner aux oeuvres pour recevoir l'esprit vivifiant qu'elles gardent en elles et qu'elles ressuscitent alors en nous, pour recevoir l'amour qu'elles portent en leur beauté ou la souffrance et l'angoisse qu'elles portent en leur laideur et le mystère qu'elles portent en leurs apparaître... Chacun reçoit ce qu'il a osé donner de lui-même dans la rencontre. Chacun voit ce dont il se rend capable de voir. Ainsi, pour le créateur comme pour le regardeur il s'agit toujours d'une praxis : chacun ayant à refaire l'oeuvre d'art en lui comme le musicien recrée et revit en lui l'oeuvre qu'il joue. 


Ces limites clarifiées, je me suis aperçu que ma petite caméra numérique pouvait être utilisée comme un oeil dans la main ; qu'elle était sans égale pour filmer de près, sans même regarder dans l'objectif, pour caresser et butiner de l'oeil les petites choses inaperçues et non filmées qui nous entourent. Elle permet alors d'offrir au regard ces petites merveilles qui sont trop petites ou trop fugaces pour que l'on y prenne garde d'habitude. Regarder c'est prendre sous sa garde.  Et pour percevoir des miracles il faut commencer par casser nos habitudes de vision ; pour réapprendre à  voir avec le corps, avec la main, avec le coeur, il faut briser nos schémas représentatifs, laisser venir le caché sous l'apparent, en un mot vivre. Et cela peut aider de cadrer, de prendre une loupe ou de ralentir le défilement du temps.    

Je ne filme pas comme un cinéaste mais comme un peintre. C'est pourquoi ma préférence va aux images abstraites. Paradoxalement, on l'aura compris, je filme contre les films, contre les images, contre la représentation, contre ce que la peinture a été à certaines époques et contre ce que le cinéma et la télévision sont devenus : des divertissements de la vraie vie, des industries de l'aveuglement collectif, des instruments du pouvoir, de sa propagande, du marketing et de la mort, mais sans le moindre espoir d'y changer quoi que ce soit. 


Deux projections des premières grâces du film interminable Mille grâces, mille larmes de joie ont eu lieu, l'une en 2001 dans une église romane désaffectée à Le Blanc et l'autre en 2002 dans la Maison des abeilles. Le Blanc est une ville de la Brenne, un Parc régional naturel, dans le Berry, au centre de la France, où j'ai mon atelier depuis une douzaine d'années. C'est un petit pays de France où il y a des étangs, des sources, des ruisseaux et des rivières partout, et par conséquent, des millions de projections du film de Dieu sont données en tout lieu et à chaque instant. Gratuitement cela va sans dire !

Dans le haut du coeur de cette église vide j'ai tendu un grand voile de soie blanche qui bougeait au moindre courant d'air et j'y ai projeté le film du film que la lumière de Dieu projette dans les rivières, les arbres, les fleurs, les sources, la rosée des champs et dans ces petites flaques d'eau vivantes que sont les yeux des gens. C'était comme un vitrail en mouvement dans l'air, comme un chant, une célébration, une prière... -

Depuis lors,  j'ai continué doucement à me promener un peu partout avec cet oeil dans la main pour cueillir les grâces disponibles, sans jamais ni les chercher, ni les provoquer. J'ai ainsi accumulé quelques heures de rusches dont j'ai montré quelques passages en divers lieux et de diverses façons : sur le sol en terre d'une vielle forge, sur des murs de jardin et des plafonds, sur des draps, sur des mobiles en soie que j'ai confectionnés, sur des mains, sur des corps etc.


Quand, en 2008, j'ai découvert le jardin couvert et clos, planté de timides fougères, à l'arrière de la galerie Twilight zone à Tournai, j'ai suggéré à Réjean Dorval d'y planter des champignons et lui ai proposé de projeter sur la terre les images de mon vieux puits de pierre creusé à 27 mètres de profondeur dans mon jardin de Brenne.


J'ai beaucoup filmé l'eau dans ma Brenne. L'eau et la lumière sont les responsables principales du cinéma de Dieu sur la terre. En jouant avec l'attraction et les variations de la surface terrestre l'eau est à la fois mouvement, miroir, lentille et projecteur. Venue du ciel elle pénètre la Terre qu'elle sculpte comme personne tout en coulant vers la mer d'où elle s'échappe à nouveau en nous projetant ses opéras fabuleux de nuages et d'arcs en ciel... L'eau est source de toute vie terrestre et symbole de la Vie éternelle, et diffractant la lumière en arc en ciel, celui de l'Alliance de Dieu avec Noé après le Déluge. L'eau est une grâce majeure et le ciel, le soleil, les étoiles, la lune, les oiseaux, les animaux, les nuages, la pluie et les flocons de neige se mirent et s'inclinent dans la moindre flaque d'eau. 


Les puits quant à eux offrent au cosmos des miroirs d'eau peu ordinaires puisqu'ils les enfouissent au fond de trous profonds. Il suffit de s'y pencher pour éprouver une  peur étrange face à ce mystère où ce qui est en haut peut être précipité en bas, où le monde se retourne sur lui-même, où la lumière du ciel est plongée dans les ténèbres, où la vie peut rejaillir de sa source inconnue ou au contraire s'y perdre à jamais. Dans ce petit miroir mouvant, liquide et rond, tout au fond du trou, un oeil semble nous regarder. Cet oeil est le notre, celui de la Vie en nous, celui que nous avons oublié au fond de nous, dans la nuit de notre âme, dans la source inconnue sinon perdue au fond de nous-mêmes... 

 

L'été dernier j'ai filmé à nouveau mon puits alors qu'une forte pluie d'orage y tombait. J'ai gardé ces images étonnantes où l'on voit des milliers de gouttes d'eau ivres de lumières tomber lentement au fond des ténèbres où la lumière les appelle, comme des étoiles ou des âmes vivantes, à retourner à la source divine. J'ai ensuite inversé le mouvement  pour les faire remonter non moins ivres de lumière et de vie. Cela crée comme un inspir suivi d'un expir continuel, une respiration, un recevoir suivi d'un donner. On pourra y voir une simple métaphore naturelle ou une théophanie de la Vie, du Souffle de Dieu, ce sera à chacun d'en décider. 

J'en dirai plus une autre fois.



La Grâce 27082008 - Pluie dans mon puits à Mérigny est visible sur mon site vidéo MobielMe accessible via ce blog. 

mercredi 11 février 2009

Je t'ai aimée avant la création du monde



          Détail de l'installation Où-es tu ?...


Immémorial est le titre que Réjean Dorval° a donné, à juste titre, à l'exposition qui se déroule en février dans sa galerie de Tournai (Twilight zone gallery, voir article et liens sur ce blog) 

Immémorial cela signifie ce qui est si ancien que l'on ne s'en souvient plus, si ancien que l'on a oublié, au point même d'avoir oublié notre oubli. Ce titre suggère alors que cette exposition pourrait tenter de nous rappeler ce que nous avons oublié. 


A propos des tableaux de Saskia Réjan écrit : "pour un moment, au cœur de chaque tableau, le temps semble s’être assoupi, comme pour nous permettre de saisir les traces toujours vivaces - en nous - des êtres rencontrés…"

Au sujet de mon travail il écrit : "Robert rassemble dans une installation quantité de boîtes et de petits objets anodins, oubliés, abandonnés, fragments de vies repoussées à la marge, hors de la mémoire des hommes. Objets tombés hors du temps mais qui, soigneusement associés au creux de frêles boîtes, composent en quelque sorte des tableaux où les souvenirs semblent se réanimer et reprendre vie."

Les arts plastiques - dessins, tableau, sculpture, objet etc, sont des arts de l'espace, des arts du visible. Toute oeuvre d'art plastique pose essentiellement la question de l'espace, du lieu où elle a lieu, la question du voir,  du où est cela que je vois ?  C'est en posant cette question muette, invisible, que toute oeuvre d'art, à des intensités diverses, creuse la question de notre oubli. Car ce que nous oublions sans cesse c'est la duplicité de l'apparaître :  à la question où est cela que je vois ? nous répondons une évidence : "ce que je vois est là devant moi, dans ce lieu, dans l'extériorité, dans le monde ".  Or cette réponse est insuffisante, car ce que je vois c'est en moi que je le vois, je le vois à l'intérieur de moi-même, par le pouvoir que j'ai de voir, celui de la vision. L'intérieur de moi même n'est pas le monde inversé, l'intérieur n'est rien d'extérieur. L'intérieur c'est ce que je désigne quand je dis je ou  moi, moi m'éprouvant moi même, sans aucun dehors à moi-même, sans monde, c'est le sentiment de soi, celui de vivre qui s'accomplit comme une épreuve de soi, un pathos, l'intérieur c'est l'affectivité. Le sentiment de soi, le sentiment de vivre est ma seule certitude, et c'est de ce pouvoir vivre dont je jouis en le recevant sans cesse, car la vie je ne peux, ni moi ni aucun vivant, me la donner à moi-même.


Nous voilà alors au coeur de l'immémorial, au coeur même de notre oubli. Et ce que l'oeuvre d'art cherche à faire c'est à remettre en question nos représentations du monde et de nous mêmes en cherchant à nous affecter, à nous faire éprouver plus intensément la vie dont nous vivons, dont nous jouissons, dont nous souffrons aussi, mais en l'oubliant sans cesse.  L'art cherche à ressusciter en nous la vie oubliée, projetée hors d'elle même, dans le monde.


Immémoriale est donc en vérité la Vie qui est si ancienne que nous l'oublions - mais si ancienne cela ne veut pas dire appartenant à un passé révolu, cela veut dire antérieure, préalable à notre oubli. Car la vie est avant notre oubli, elle est sa condition car comment pourrions nous oublier si nous n'étions pas d'abord vivants ? La vie est encore la condition de notre souvenir d'elle, celle de notre retournement vers elle qui est aussitôt un retour à nous mêmes par lequel nous réanimons notre joie de vivre, en faisant croître la vie en nous.


C'est à nous rappeler à la vie et à l'amour de la vie que se consacrent les artistes, c'est du moins ce que je crois et ce que Saskia et moi essayons de faire. C'est pourquoi, Saskia, ma bien aimée, j'ai écrit sur le mur de cette galerie ces mots : T'en souviens-tu ? je t'ai aimée avant la création du monde. Ces mots ne sont pas signés, je les signe à présent du beau Nom de la Vie


À vivre...


R.E,  le 6 février 2009


° Réjean est artiste et directeur artistique de la galerie Twilight zone

Grâce à L'Agneau Mystique


Texte extrait de L'oeil joyau, mes Carnets de 1980-1985,
 publié en 1999 




Je revois le troupeau d’adolescents que nous formions s’introduire un matin de novembre 1964, tout tremblant de froid, dans la Cathédrale Saint Bavon à Gand. Je revois les vapeurs s’échapper des lèvres bleuies, j’entends les chuchotements réverbérés dans l’espace glacé du cœur serti de tombeaux, je vois la petite chapelle latérale et le vieux sacristain déployer les ailes du papillon géant piqué à la paroi du vaisseau de granit. 

Pourrais-je un jour revivre une telle apparition, un semblable ravissement, sinon le jour où s’ouvriront pour moi les portes du Paradis ? Au moins en aurais-je vécu le trouble annonciateur, à quinze ans, lorsque je vis L’Agneau Mystique pour la première fois. Ce fut pour moi le choc pictural fondateur, le baptême, la joyeuse entrée en pleurs dans la vie véritable. 

Je restai seul et émerveillé un long moment face à l’apparition peinte après que la petite troupe eût quitté la chapelle. Je m’approchai du panneau central, tout près de la surface peinte. 

Me voici dans l’herbe du Jardin des délices cueillant des yeux un semis de fleurs nettement irréelles. Noyé dans le vert dense, je détaille les brins d’herbes comme autant de traits de pinceau vivants. Voici la pourpre des manteaux, l’or piqué d’émeraudes des chasubles, voici mon visage mêlé au cortège des visages, des faces et des profils à la peau translucide, au torrent d’évêques rutilant, de crosses et de tiares, de fourrures et de chevelures, de diamants et de rubis. Il semble que ce magma d’adorateurs, encombrés de leurs ornements terrestres, se découpent sur le fond nimbé du jardin comme si ils n’étaient pas tout à fait là encore, dans le même lieu, dans le même temps paradisiaques. 

Ce qui me frappe ensuite c’est la frontalité du Jardin sur laquelle se distribuent en couronne autant de lieux qu’il y a de groupes et d’êtres. Tout flotte dans un espace courbe et modulé qui ondule, où tous les repères visuels sont saturés et subvertis en chaque point simultanément. Ma vue comblée s’épanche, déborde sur les autres sens, l’ouïe est touchée :  je perçois une musique, une chorale, ample, claire, circulaire, lumineuse. Le toucher, atteint lui aussi, ivre, s'éprend à toucher de l’œil étoffes, soies, plissés froissant l’espace en éclats, le tordant en coulées, ailes, chevelures, plumes, nuages, feuillages, broderies, pétales, joyaux, chairs nues, branches, roseraies, lys, bois sculptés, chevaux, étendards, armures, marbres, clochers, palmiers.

Le ravissement provient de la joie physique d’abandonner les lois de la gravitation et de la distance pour voler à la vitesse de l’œil, qui est celle de la lumière et de l'esprit, d’un point à une infinité d’autres points d’un espace incompréhensible, saturé, éclairé de partout, qui s’incarne en une apparition maintenue, comme émanant d’elle-même. Ces innombrables foyers d'adoration se rassemblant en une seule prière,  s’offrant partout à notre contemplation, nous attirent en eux et nous ravissent au Paradis. 

Au centre optique du tableau, sur l’Arche-autel, est l’Agneau. Le Fils de Dieu livré pour nous et pour la multitude assemblée. Au centre géométrique du polyptyque est un ŒIL, celui de l’Esprit Saint, celui qui voit dans le secret des cœurs, une petite tache blanche voletant dans la pupille luminescente du Père. Le polyptyque tout entier irradie et s’accélère en constellation, en ivresse, autour de cet ŒIL et de cet humble Agneau fontaine sacrificielle d'où jaillit perpétuellement un trait de sang rouge dans une coupe, la coupe désormais ouverte de mon œil, de mon cœur voyant. Chaque parcelle peinte par les frères Van Eyck se donne irisée en auréole, en joyeux vertige circulaire, en éruption, en cratère de la rédemption. Le mystère de l’incarnation est présent ici, visible dans la matérialité de ce tableau, transfiguré par le don, par la beauté,  par  l’amour, par le bruissement de l’Esprit Saint dans mon œil en larmes… 


Des questions me travaillent depuis ce ravissement inaugural : Pourquoi une surface peinte peut-elle me troubler jusqu’aux larmes ? Comment l'art peut-il nous ravir : nous transporter à la fois au delà de nous-même et en nous-même ? Les scintillements de la beauté, de l’espace, de la couleur, des formes d’où viennent-ils ? A quelle vision du monde et de la vie ouvre cette beauté phénoménale ? 


Aujourd’hui, L’Agneau Mystique est exhibé comme une curiosité de foire foraine. Les touristes viennent voir le tableau le plus cher du monde, bien à l’abri, à distance, dans un coffre-fort de verre blindé. 

À la sortie, caisses enregistreuses, gris-gris variés, cartes postales, objets, catalogues dutch, français, english, japonais...Souvenirs van Gent.


Une question s'ajoute alors aux précédentes : que s’est-il passé, pourquoi avons-nous perdu la vision ?



  

Exposition "Immémorial" avec Saskia Weyts


En février, la galerie Twilight zone à Tournai présente l’exposition « Immémorial » avec des peintures à l’huile récentes de Saskia Weyts et une installation de Robert Empain. 

Les peintures de Saskia Weyts apparaissent sous-tendues par quelque chose d’intemporel. Elles sont comme des fragments de mémoires qui s’efforcent de résister encore un peu à leur effacement par le temps.  Pour un moment, au cœur de chaque tableau, le temps semble s’être en effet assoupi, comme pour nous permettre de saisir les traces toujours vivaces - en nous - des êtres rencontrés…

Robert Empain pour sa part, rassemble dans une installation quantité de boîtes et de petits objets chinés sur les marchés ; objets anodins, oubliés, abandonnés, fragments de vies repoussées à la marge, hors de la mémoire des hommes. Objets tombés hors du temps mais qui, soigneusement associés au creux de frêles boîtes, composent en quelque sorte des tableaux où les souvenirs semblent se réanimer et reprendre vie.

Peut-être que l’acte créatif consiste aussi, comme en témoigne le travail de ce couple d’artistes bruxellois, à rassembler des fragments oubliés du monde, pensées, êtres ou objets, à les réinventer sans cesse, puis à les soumettre à notre regard afin de les réintroduire, comme revitalisés, dans la mémoire des hommes.

Galerie d'art et atelier Twilight zone 18 rue du Bourdon St-Jacques 7500 Tournai BelgiqueExpososition visible du vendredi au dimanche de 14h30 à 18h30 et sur rendez-vouswww.twilightzoneartgallery.be

UNE VIDÉO INÉDITE

A l’occasion du vernissage de l’exposition « Immémorial » le vendredi 06 février, la galerie Twilight zone a présenté une vidéo inédite de Robert Empain. Des reflets captés au creux d’un puit profond plonge le spectateur dans un temps d’avant le temps, un temps anté-humain, qui évoquent des choses si anciennes qu’elles semblent depuis longtemps sorties de la mémoire des hommes.  Une vidéo miroir du monde qui ouvre sur une cosmogonie - celle du début de l’univers - et se fait le reflet captivant du bouillonnement incessant et fécond du cosmos.

Cette vidéo est visible à la galerie en février. 

Réjean Dorval



Réponses à 40 questions sur l’art contemporain



Novembre 1997


Question n°1

Patrick Amine*  : Est-ce que les artistes d’aujourd’hui se sentent en adéquation avec les valeurs esthétiques prônées par le courant de l’époque ? Ou bien pensent-ils - tout au contraire - qu’ils ne répondent pas à la « situation » historique à laquelle on voudrait les inclure ou les intégrer ?

A ce stade-là, comment se définissent-ils face à cette pléthore de « situations » relatives à l’Art contemporain et appartiennent-ils à ces courants que l’on nomme depuis quelques décennies déjà : les Arts plastiques ?

Robert Empain : Je ne peux répondre pour tous les artistes. Je me situe à contre courant d’une époque qui paradoxalement exclut l’artiste et l’homme en l’intégrant au spectacle de sa disparition. L’art véritable est trans-historique. Vouloir entrer dans l’histoire de son vivant c’est entrer dans la mort de son vivant. Il est certain que la stratégie de l’époque est de nous attirer dans une histoire de l’art qui se ferait en direct et dont le principe consiste à annuler les oeuvres au fur et à mesure de leur défilement...

* critique d’art pour la revue Art Press et le journal Le Monde


Question n°2 et n°3

Etes-vous un artiste ou un plasticien ?

Est-ce que les galeristes ou les marchands d’art éprouvent le besoin de découvrir encore de nouveaux artistes même si le marché ne semble pas s’en soucier ? Ne favorise-t-on pas cette période hyper protectionniste ?

Vivre en artiste c’est vivre en homme, à savoir se référer à l’infini... Être plasticien c’est donner formes à son désir, habiter son corps. Pour cela jouer des langages multiples, peinture, littérature, musique, érotisme...

Les marchands sont les croque-morts, les faussaires en histoire. Ils spéculent sur la mort. Ils constituent un des rouages du système qui contrôle et évacue désormais toutes productions de l’esprit, de sens, de beauté, de plaisir en les réduisant en marchandises puis en déchets culturels ou l’inverse. C’est là le destin fatal de ce que produit l’époque, objets et sujets confondus.


Question n°4

Que reste-t-il des avant-garde du début du siècle ? Que reste-t-il des ruptures ?

L’impressionnisme s’est éteint dans le poster, le calendrier et le tourisme culturel. Le romantisme (devenu symbolisme, expressionnisme, surréalisme, trans-avant-gardisme) alimente en imageries toutes les régressions tyranniques pour échouer dans les faux rêves répandus par les systèmes (médiatiques, psychothérapeutiques) actuels de contrôle de l’imaginaire et du corps. Le futurisme est réalisé par les technologies de la vitesse, du design, des télécommunications, de l’urbanisme, etc. Le cubisme et l’art abstrait sont recyclés et déclinés au km en arts décoratifs inoffensifs. Le dadaïsme et les attitudes de dérision et de ruptures sont érigés en art officiel, s’intronisant l’un et l’autre dans la gestion et le contrôle de toutes les singularités et libertés authentiques. Ils se partagent les lieux et les fonds publics, moyen le plus sûr de diluer et d’anéantir les avancées de l’esprit et de l’humour dans l’abscons et le non avenu...


Question n°5

Est-ce que vous les artistes, vous sentez-vous appartenir à une  « tradition historique » ? Laquelle ?

Je pense qu’une œuvre d’art authentique, quelles que soient son époque et son origine, est contemporaine de la conscience humaine qui s’ouvre à elle et s’initie par elle au déploiement infini de la présence... Il y a création discontinue et infiniment variée en ce sens que plus une œuvre est singulière plus elle est universelle.

J’invite à un retour à l’œuvre elle-même ; à sa recréation par un face à face soutenu ; un corps à corps maintenu, pensé, joui...


Question n°6

Après Marcel Duchamp que reste-t-il ?

Après Picasso et Warhol que reste-t-il ?

Après Rauschenberg que reste-t-il des « Combine-paintings » ?

Tous les chefs d’œuvres sont ouverts. Ils ne se ferment que par fétichisation historique ou marchande.


Question n°7

Pensez-vous que l’art aujourd’hui doit être le reflet du « réel », doit-il être en osmose avec le « champ social » ? Ou doit-il être détaché d’un « certain réalisme » pour parvenir à donner au spectateur une « autre » vision esthétique ?

Je répète : tant d’oeuvres (bien que recouvertes par les systèmes d’occultation) sont offertes à une vision toujours neuve. La question est d’accéder, de souhaiter, de soutenir cette vision, à l’opposé de celle que nous propose l’époque. 


Question n°8

Nous sommes dans une époque où tout est possible. Tout est chamboulé, perturbé. Les artistes inventent des formes qui ne sont plus celles auxquelles nous sommes habitués. Ces formes, ces attitudes pour certains, sont-elles apparentées à ce qu’on a pu appeler, par le passé, Peinture ou Sculpture ?

L’époque est celle de la visibilité et non celle du regard. Le délire visuel qui voudrait tout montrer ne voit rien. Des formes « neuves » sont à voir partout, les artistes, les poètes n’ont cessé de nous les montrer. La recherche actuelle, éperdue, requise par le spectacle, de formes surprenantes, sensationnelles, ne produit bien souvent qu’une mise en scène insolite de formes pauvres, d’idées creuses et d’images chocs, conformes en cela à la boulimique visibilité du marché obnubilé par la fiction du progrès et par l’annulation du passé. De nos jours, le problème n’est pas tant celui des oeuvres que celui d’un oubli du rapport aux oeuvres c’est-à-dire au corps. Comment appelleriez-vous, par exemple, une chapelle romane peinte à fresque : architecture ?, sculpture ?, peinture ?, installation ?, performance ?, décor ?, concept ?, narration ? Ces catégories sont artificielles et n’ont jamais vraiment existé pour les artistes. Elles sont le produit de la petite histoire de l’art, de la critique et du besoin de niches marketing recherchées par le marché de l’art historico-moderniste dans lequel les « artistes » devenus des directeurs artistiques sont au service de marchands de produits artistiques ou de producteurs d’événements culturels, assistés par des journalistes chargés du support promotionnel, tous étant les opérateurs d’un art officiel dit « contemporain »


Question n°9

Sommes-nous dans une période où l’art doit-être consommé comme un produit, c’est-à-dire être égal à une marchandise de consommation courante - une denrée alimentaire - ?  Et donc dans une perspective d’être jetable - par extension - rapidement ?

L’art étant à mon sens de l’ordre de la grâce, c’est-à-dire de la gratuité absolue, il peut aider l’homme à échapper à sa destinée jetable programmée.


Question n°10

Les artistes se préoccupent-ils vraiment du goût du public ? Ou bien s’en moquent-ils ?

Ni l’un ni l’autre.

Le goût c’est l’art de déguster, l’art de jouer et jouir. Mais qui veut jouir d’une jouissance très supérieure aux petits plaisirs misérables de la consommation ? 


Question n°11

Est-ce qu’‘un objet « réel », aujourd’hui, assemblé avec un « autre objet » par un artiste est de l’art ? Le geste de Marcel Duchamp ne vous semble-t-il pas - par trop « répété », « spolié », « désubstancié », en cette fin du Xxes siècle ? 

Le réel est le mystère absolu. L’art le traduit en énigmes, le contourne, le cerne, le traverse, le parle, le charme, le déploie... à l’infini. Duchamp, voulant destituer l’idole l’a retournée en la déplaçant d’une case sur l’échiquier du culte de l’art. Ce geste simple, joueur, enfantin, peut renvoyer à ce qui nous regarde dans le réel lui-même et ressourcer l’origine et la vocation de l’art à savoir notre être au monde, au corps, à la parole, à l’imagination, au désir... Au lieu de cela, c’est le geste qui fut fétichisé et répété par des générations de perroquets. Plus grave est l’ouverture perverse offerte ainsi aux instances marchande et officielle qui, dès lors, pouvaient s’emparer de cette case blanche (la galerie, le musée contemporain) où tout et surtout n’importe quoi (par la logique du scandale récupéré), pouvaient prétendre à devenir idole dérisoire. Contre-sens pathétique de l’histoire, égarement et contrôle garantis de l’art au profit du néant, de la mort. Échec et Pat, Marcel. Tout bénéfice pour les pouvoirs en place.


Question n°12

Que pensez-vous du Pavillon français à la Biennale de Venise ? Vous fait-il pensez à une extension de la chaîne de TV française TF1 ou bien est-ce une vision Hi-Tech, futuriste d’un salon de coiffure mixé avec un cabinet dentaire ?

Je n’ai pas vu cette œuvre. Je vous renvoie à ma réponse précédente et j’ajoute qu’il s’agit d’une déclinaison prévisible, voire attendue, dans le système pervers actuel. Cela dit, la télévision peut diffuser des chef-d’œuvres de la télévision. Venise est une ville-chef-d’œuvre qui opère en tant que telle pour celui qui s’y donne de manière adéquate. Il s’agit ici, vraisemblablement, de ruiner sa fonction épiphanique et érotique en transformant le rapport poétique et l’ivresse physique avec elle en visibilité, en pseudo ubiquité.


Question n°12 bis

Que signifie pour vous d’avoir un regard « plastique », une « vision esthétique » ?  

S’ouvrir au temps de l’œuvre d’art, c’est renaître à son propre temps. La beauté est grâce, indice, vestige, naissance à l’amour, à l’esprit, elle est ouverture à ce qui maintient le monde et nous comme don fulgurant à chaque instant.


Question n°14

N’êtes-vous pas fatigués des « sempiternelles » citations que font les artistes dans leurs oeuvres ? Ne trouvez-vous pas tout cela stéréotypé ?

Les citations peuvent témoigner d’une nostalgie de ce qui s’est perdu dans l’art, d’une tentative de renouer avec l’esprit des oeuvres du passé. Les commentaires sont souvent des comment - taire et les citations de simples redites maniéristes dans lesquelles le souffle premier s’est éteint. C’est le souffle qu’il faut citer, inciter.


Question n°15

L’art a-t-il besoin de contraintes extérieures ?

L’art a surtout besoin de contraintes intérieures. Chaque époque a l’art qu’elle mérite. L’accès à l’art de toutes les époques est le fait majeur de notre temps. Il est, en ce sens, la contrainte extérieure la plus exigeante conjuguée avec la liberté conquise par les modernes.


Question n°16

Il est admis que cette fin du Xxes siècle a été une période de grande production artistique. Pensez-vous que cela a changé profondément le regard porté sur l’art ?

L’art concerne un nombre restreint d’individus (Cézanne). Il est souhaitable que ce nombre s’accroisse. La création personnelle et la « recréation » des oeuvres par des interprètes doués semblent s’accroître de nos jours. De plus, la production inflationniste d’objets artistiques déstabilise le marché jusqu’à un point d’implosion bienvenu. On peut y voir une ruse du génie humain et la voie d’un rapprochement de l’homme et de l’art qui passe toujours et étymologiquement par le faire.


Question n°17

Nous sommes dans une période post-narrative de l’art. Est-ce une 

bonne chose ou une mauvaise chose ? Vers quoi s’orientent les 

jeunes ?

Je vois beaucoup de jeunes artistes désorientés, dans le sens où ils ont perdu "l’orient de leur être". En outre ils s’en remettent souvent à la technologie et non à l’art, qui est tekhné du corps.


Question n 18

Quel sens apparaît dans toutes ces « reproductions » de « reproductions » de remake de remake ? La répétition ne vous paraît-elle pas épuisante ?

Les questions de la reproduction et du remake sont différentes. Si la reproduction ramène à l’œuvre originale, voire au remake, c’est-à-dire à une œuvre, elle fait son travail. La meilleure façon de regarder une œuvre est de tenter de la refaire soi-même. Se tenir longuement devant une sculpture, un tableau, un arbre, une femme, lui tourner autour, avec un bloc de papier et un crayon, est très différent d’en faire une vidéo souvenir... Savoir si cela fait naître une œuvre d’art n’est pas la question première, ce qui importe c’est de faire naître un être à son regard, ce qui en somme est une œuvre humaine préférable, tant il est vrai, qu’il y ait beaucoup de chefs d’œuvres et peu d’hommes pour les voir, les lire ou les jouer. Encore une fois, il ne s’agit pas de rentrer dans l’histoire, ni de produire un objet de valeur marchande, il s’agit de rentrer dans le monde en naissant à soi, et réciproquement, ce qui n’a pas de prix et qui, de ce fait, se trouve être hors marché. Je tiens, par ailleurs, le remarquable travail éditorial des livres d’art pour un fait artistique essentiel de cette fin de siècle. Au-delà des effets pervers déjà dénoncés, le livre restaure une intimité durable avec les oeuvres, il rend justice aux hommes qui ont maintenu à travers les âges un questionnement continuel, une prodigieuse quête de sens et de jouissance. Ce providentiel héritage, loin de conduire au découragement et à « l’a quoi bon », devrait susciter une reconquête de l’acte créateur personnel et de notre liberté d’homme singulier, héritier des oeuvres de l’esprit universel. Les arts plastiques atteignent par là l’accessibilité vertigineuse déjà conquise par la littérature et la musique.


Question n°19 et n°20

Ne pensez-vous pas que les Musées sont devenus des foires culturelles en tout genre ?

Les Foires, Salons d’Art contemporain ne s’apparentent-ils, selon vous, à de lointaines « expositions coloniales » ou à des « expositions universelles » du savoir faire des Nations ?

Le caractère sacré, « intime » de l’art ne s’en trouve-t-il pas vidé de son sens originel ?

Tout dépend de l’usage qu’on en fait. Il est sûr que la culture (de masse) recouvre ce qu’il en est de l’œuvre d’art, comme le tourisme par exemple, occulte ce qu’il en est du voyage, du pèlerinage, du paysage. Ainsi le Louvre, tout comme le musée imaginaire réalisé par l’édition d’art, est évidemment devenu un super marché de l’art où la consommation a remplacé la délectation, voire la contemplation. Un aéroport de prestige et d’intimidation où, par peur de rater le prochain vol, on ne décolle jamais... Qui ne ressent le curieux vertige, littéralement l’égarement programmé, qui s’empare du visiteur et lui interdit la rencontre avec une œuvre une seule ? Cette accumulation monstrueuse d’œuvres le condamne à l’hébétude et à l’hypnose, le piège dans son ignorance, l’opprime et l’exclut en définitive d’une expérience intérieure décisive... Diabolique appareillage de pouvoir, qui, ici encore, en montrant tout interdit tout, qui prétendant démocratiser exclut chacun de ce qui pourtant lui appartient : son temps à l’œuvre... Une seule solution : y aller seul voir quelques oeuvres, une ou deux, regarder longuement, aussi les gens, les chevelures, les postures, les visages, puis revenir au tableau, dessiner, écrire, vivre avec l’œuvre en personne...


Question n°21

Les Foules immenses qui font des queues interminables pour voir, par exemple, la rétrospective de Van Gogh, constituent-elles des marques positives pour appréhender la création contemporaine ?  Mettons des années 1960 à aujourd’hui ?

La réponse est non. Considérant l’étalage spectaculaire foireux des oeuvres. Je signale que les oeuvres de Van Gogh étaient et sont encore visibles en toute tranquillité dans de nombreux musées d’Europe. J’ai envie de retourner la question : Combien d’artistes, de critiques actuels ont pris le temps non d’appréhender, comme vous dites, de telles oeuvres mais de s’exposer à elles totalement et sans préjugés historiques ?


Question n°22 et n°23

Va-t-on vers une nouvelle transformation du rapport Art, artistes, 

institutions (État) et public ?

Que reste-t-il des galeries de peinture ? Ont-elles le même rôle qu’autrefois ?

Ne pensez-vous que les artistes d’aujourd’hui ont besoin d’une autre scène pour s’exprimer, de montrer leur travail autrement, dans de nouveaux lieux, de nouvelles structures imaginées aussi par eux-mêmes et par ceux qui les représentent ? 

Je ne vois rien en ce sens malheureusement. Je vois les artistes paralysés, sous contrôle, asservis puis jetés morts vivants, je vois le marché d’œuvres reliques, je vois leurs mises en coffres, je vois la gestion touristique du patrimoine, je vois l’exclusion paradoxale par la vitesse et l’immobilisme du marché, etc. une seule issue : l’art comme l’érotisme à usage privé, intime, hors système.


Question n°24

Les limites du monde de l’art ne rencontrent-elles pas les limites de la culture ambiante ? Les oeuvres ne sont-elles pas en rapport de « fascination » en quelque sorte inversée ?

Passer de la fascination aveuglante à la révélation déssillante, tout est là.


Question n°25

Avez-vous l’impression que nous sommes sortis de la Post modernité ?

Ces catégories « postisme », « néoisme », « préisme », « trucisme », empoissonnent l’art depuis trop longtemps. Je propose l’égoïsme altruisme, qu’en pensez-vous ?


Question n°26 et n°27

Est-ce la fin de l’ère Moderne, Post Moderne et fatalement de la dernière en date, puisqu’elle se nomme ainsi : de l’ère de l’Art contemporain ? Peut-être qui n’était, en fait, qu’une nouvelle illusion du progrès en art ?

Les artistes ont tendance à évoquer, dans leur travail, l’empire médiatique. Au point même qu’ils s’en font parfois les relais insoupçonnables et inextricables d’interprétations de la « chaîne informationnelle » ! Qu’en dites-vous ? Trouvez-vous cette démarche « sociologique » ou « réalistico-libérale » ou purement : « accidentelle », incidentielle », ou bien un simple effet de mode ?

Je considère que l’avancée du siècle est d’avoir découvert, sous l’impulsion des « modernes », l’art de tant de peuples et de tant d’époques.(Arts plastiques, littérature, musique). La recherche historique, mue par un appétit autant vénal que savant, aboutit à mon sens à l’explosion des catégories historiques fictives. Certes, on peut faire une classification historique et géographique des styles, des manières, des écoles, des décadences, des renaissances, mais, après les artistes « modernes », toute œuvre forte appartient, au-delà des contextes historiques, à l’art de l’humanité c’est-à-dire à l’esprit universel. Le fait capital est de voir que ces oeuvres partagent une qualité fondatrice ; celle de nous mettre en présence d’un mode d’apparaître dans le réel qui nous renvoie, interroge, informe notre propre mode d’apparaître.

Cette force de présence, de révélation, de notre être au monde et du monde de l’être, que recèlent les oeuvres d’art, d’où qu’elles viennent, et de façons infiniment variées, se découvre à nous dans sa constance à une époque dans laquelle tout est entrepris pour nous voiler leur puissance libératrice. L’accès à une jouissance autre ou encore l’héritage d’amour, de dignité, de légèreté, de gravité, de fraternité humaine, la capacité d’éveil et de questionnement qu’elles dispensent, par la grâce de leur déploiement dans le temps et hors du temps, tout cela est perçu par l’époque comme excessivement dangereux , contraire à ses fins de transformation de l’humanité en marché et de l’homme en marchandise, c’est-à-dire l’idolâtrie planétaire d’un corps à consommer, à consumer. Paradis ou enfer ? Révélation ou régression ? Voilà le choix toujours contemporain, le choix de chaque instant...


Question n°28

Quelle tradition, pensez-vous, faudrait-il maintenir ? Et quelle 

tradition faut-il sacrifier ?

Il s’agit moins d’exposer des oeuvres que de nous exposer à elles.


Question n°29

Arthur Danto dit que le but essentiel de ce qu’il intitule la Transfiguration du banal (la roue de bicyclette, la boîte Brillo, etc.) est de définir l’essence de l’art et d’en déterminer sa spécificité par rapport aux autres paramètres non artistiques. Êtes-vous d’accord avec sa théorie ?

L’art pose sans cesse la question de l’idole et de l’icône. C’est faute d’avoir pensé ou repensé cette question que l’art sombre avec l’époque dans la confusion symbolique et la soumission volontaire à toutes les idoles actuelles. Cet égarement est d’autant plus durable que l’idéologie techno scientifique prétend nous protéger de l’irrationnel idolâtre alors que masqué il règne en maître absolu.

Alors ! Transfigurer une roue de bicyclette ou une boîte de lessive relève de cette confusion et d’ailleurs, mon cher Marcel, la Pub s’en change depuis longtemps.


Question n°30

Comment peut-on percevoir l’intentionnalité de l’artiste et comment la définit-on ?

Jouis-sens et méthode phénoménologique.


Question n°31

Ces dernières semaines, j’ai eu le plaisir de rencontrer Pierre Cabanne, à plusieurs reprises, pour parler d’art en général et aussi dans le but d’un dialogue libre autour des agitations « discursives » de l’époque contemporaine. Incidemment, par ricochet, de Marcel Duchamp. Vous savez qu’il a réalisé le premier livre d’entretiens avec Duchamp, en 1967. Un an avant 1968. Je les relis assez souvent parce qu’ils respirent la liberté de penser tout simplement. On pourrait tout citer. Mais il y a cette phrase qui serait très « incorrecte » de nos jours. Duchamp dit : « On fait de la peinture parce qu’on veut soi-disant être libre. On ne veut pas aller au bureau tous les matins. ». Êtes-vous vraiment libres ? Vous, les artistes, les galeristes, les intellectuels ? Votre liberté produit-elle de l’art ? Votre art gêne-t-il la société ?

Duchamp est un joueur d’échec, entendez un jouisseur d’échecs. Était-il libre et de quoi ?

L’intelligence, le talent, le génie libèrent de certaines contraintes mais en créent d’autres...

Devenir celui que l’on est voilà la question que pose la liberté. Si les artistes l’oublient moins que les autres ils sont des hommes véritables, mais ils gênent si peu la société.


Question n°32

Dites librement ce que vous aimez ?

Lascaux une trace sur la terre la peinture égyptienne les bas-reliefs peints la voix humaine les ombrages le vent la brume Picasso les femmes Ucello les formes les bleus les rouges les blancs les verts les noirs les voyelles les hiéroglyphes Venise la peinture chrétienne la musique des peuples Vélasquez Titien Mozart Fragonard Manet Scarlatti Baudelaire l’océan la forêt la pluie la lumière Matisse la peinture chinoise l’art roman la peinture persanne la sculpture papou Gluck Rimbaud Klee Proust Gauguin les fruits la bonté Fra Angelico De la Pasture De Kooning Bacon le jazz le zwing le souffle les parfums les vins les rêves la parole l’amitié le silence demain la beauté encore la vie la grâce


Question n°33

Pensez-vous que « l’expérience du nouveau » est une expérience du passé ?

Le passé, tout comme le monde, est sans cesse nouveau : ta resurrection a lieu à chaque seconde.


Question n°34

Accordez-vous encore de l’importance à ces termes : originalité, 

vision esthétique, univers singulier, nouveau ? Etc.

Je m’en sers.


Question n°35 et n°36

Est-ce dogmatique de « penser la modernité en art » ? Est-ce une illusion historique ?

Les oeuvres d’art ne doivent-elles pas, sans cesse, poser des questions aux hommes, à travers le temps ? 

Qu’en pensez-vous ?

Les oeuvres d’art sont des trous dans le temps.

Penser, créer, poursuivre la création, la recréation du monde pour 

échapper à la mort de son vivant.


Question n°37

Il y a encore une phrase de Duchamp que je voudrais vous citer 

parce qu’elle me semble toujours d’actualité. Il disait :

« L’histoire de l’art est une chose très différente de l’esthétique. Pour moi l’histoire de l’art, c’est ce qui reste d’une époque dans un musée, mais ce n’est pas forcément ce qu’il y a de mieux dans cette époque, et au fond, c’est même l’expression de la médiocrité de l’époque car les belles choses ont disparu, le public ne voulant pas les garder. Mais cela c’est de la philosophie... »

Tant de « belles choses » ont disparu et disparaissent encore. Les entasser dans des musées est une autre façon de les faire disparaître.

Il est certain que l’homme craint et évite l’expérience de vérité et de liberté que tente de vivre les artistes et les poètes. Le spectacle planétaire répond à l’angoisse existentielle en entretenant l’illusion de vivre. Le marché gère le manque à être.


Question n°38

« Tout grand tableau est peint contre la peinture. Plus encore, il 

détruit toute la peinture. » Qu’en dites-vous ?

Encore une fois, l’art ne procède pas comme la techno-science par découvertes progressives abolissant les savoirs précédents. C’est là l’illusion moderniste que dénoncent les artistes de ce siècle scandaleusement assimilés à cette fiction progressiste. J’affirme en outre que tous les grands peintres de tous les temps témoignent par leurs oeuvres de leur connaissance supérieure de l’essence de la peinture et de l’art qu’aurait, seul, dégagée le XX ième siècle au terme d’une évolution linéaire. Tout au contraire, l’exploration, disons méthodique, par les artistes du XX ième siècle des éléments de l’œuvre (formes, couleurs, matières, formats, support, rapport, décor, etc.) a bien souvent appauvri l’art pour aboutir à l’impasse minimaliste ou conceptuelle dans laquelle il s’évapore totalement. Ces recherches n’ont donné des oeuvres fortes que dans la mesure où elles étaient conduites par des artistes au génie personnel unique et universel. Elles ont surtout le mérite de nous montrer à quels points les maîtres de tous les âges maîtrisaient tous ces éléments qui, considérés isolément dans leurs oeuvres nous paraissent surpasser bien des explorations contemporaines dont ils sont pourtant l’unique propos.

Chaque tableau, en déconstruisant la peinture, nous conduit à reconstruire notre vision des oeuvres et du monde, à jouir à l’infini des richesses ainsi redécouvertes.

Question n°39

Vous pouvez poser des questions si vous désirez ?

À quelle fin ?


Question n°40

Je suis tout à fait d’accord, mais...« La jeunesse est une ivresse continuelle : c’est la fièvre de la raison. »

Ainsi, je termine par cette note subsidiaire :« L’art ne peut être chaste, ou alors ce n’est pas de l’art ».

C’est de Picasso. Qu’en dites-vous ?

L’époque prépare et annonce régulièrement d’ailleurs la mort de l’art c’est-à-dire la disparition de l’homme.

Picasso brise les oeillères d’un art d’époque pour rouvrir l’époque de l’art c’est-à-dire l’ouverture au temps propre de l’œuvre d’art... C’est cela l’ivresse continuelle de la jeunesse, celle qui n’a pas d’âge, celle qui ne meurt pas... 


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